JJames (avatar)

JJames

trop typé

Abonné·e de Mediapart

801 Billets

0 Édition

Billet de blog 18 octobre 2014

JJames (avatar)

JJames

trop typé

Abonné·e de Mediapart

nos amis du golfe devant qui l'occident et la France courbent l'échine

JJames (avatar)

JJames

trop typé

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pas d'immunité pour le fils à papa du Bahrein

Le prince bahreïni Nasser bin Hamad Al-Khalifa ne peut se prévaloir d'aucune immunité judiciaire au Royaume-Uni, a estimé mardi un juge britannique statuant sur la requête d'un plaignant disant avoir été torturé par le régime du Golfe persique. 

Cette décision des autorités britanniques pourrait signifier que les hauts responsables étrangers, notamment en Israël et en Egypte, seront poursuivis à la cour pour crime dans leur propre pays, quelque soit leur position, a rapporté jeudi The Times of Israel.

Mercredi, l'agence égyptienne de nouvelles Rassd a cité une source judiciaire britannique selon laquelle beaucoup de lobbyistes et des avocats britanniques estiment que l'immunité ne doit pas s'appliquer dans les cas portant sur de possibles crimes contre l'humanité. La source a déclaré que la décision de mardi a été "une réussite", selon le Times of Israel.

L'expert a déclaré que le jugement pourrait créer un précédent pour des cas similaires et "renforcer les chances" pour les victimes de la torture de poursuivre leur oppresseur, au Royaume-Uni ou ailleurs.

"Nous n'avons plus le moindre doute que les responsables de crimes contre l'humanité en Egypte, Israël, Émirats arabes unis et d'autres pays, seront traduits en justice", a révélé la source, ajoutant que les dirigeants de ces pays ne seraient plus protégé par le bouclier "honteux" de l'immunité.

Cette décision rendue mardi matin à Londres contredit celle en 2012 du ministère public britannique, selon laquelle le prince disposait d'une immunité au Royaume-Uni. La justice statuait sur la requête d'un plaignant affirmant avoir été torturé par le régime dans le cadre de la répression du mouvement de protestation lancé en février 2011 contre la dynastie sunnite des Al-Khalifa pour réclamer une monarchie constitutionnelle.

"C'est une victoire pour le peuple bahreïni", a réagi Sayed Al-Wadaei, directeur de l'Institut bahreïni pour les droits et la démocratie. "Maintenant, le Bahreïn va devoir rendre des comptes", a-t-il dit à l'AFP. A la suite de cette décision, Me Sue Willman, l'avocate de la victime, a indiqué s'attendre à une rencontre "dans les prochaines semaines" avec les autorités britanniques chargées d'enquêter sur les crimes de guerre.

Les défenseurs des droits de l'Homme souhaitent que la police britannique se penche sur des accusations selon lesquelles Nasser bin Hamad Al-Khalifa serait directement impliqué dans des cas de torture de prisonniers politiques. Le prince est régulièrement en visite au Royaume-Uni, qu'il considère comme sa "deuxième maison", a souligné M. Al-Wadaei, et la décision rendue mardi pourrait, le cas échéant, conduire à son arrestation.

Selon Me Willman, cette décision pourrait également avoir une "influence" sur d'autres juridictions européennes, et les pousser à enquêter sur les agissements de M. Al-Khalifa. Les autorités de Bahreïn ont été accusées de multiples violations des droits dans l'Homme à la suite de la répression du mouvement de protestation de 2011. Ce mouvement, mené par des chiites, majoritaires dans le royaume, se poursuit depuis avec des manifestations sporadiques, qui donnent régulièrement lieu à des heurts avec la police.

Un militant des droits de l'Homme jugé

Le militant des droits de l'Homme bahreïni, Nabil Rajab, sera jugé à partir du 19 octobre pour "atteinte aux institutions" et devrait rester en détention jusqu'à cette date, a annoncé jeudi le procureur général de ce petit royaume du Golfe.
M. Rajab, un chiite, sera jugé pour avoir porté atteinte aux ministères de l'Intérieur et de la Défense qui ont déposé une plainte contre lui, a précisé à la presse Hussein Albouali, un substitut du procureur général.
Le militant des droits de l'Homme avait été arrêté début octobre pour des tweets jugés offensants pour les forces de sécurité.
"De nombreux hommes de Bahreïn qui ont rejoint le terrorisme et l'EI (le groupe Etat islamique) viennent des institutions sécuritaires et ces institutions ont été le premier incubateur idéologique", avait-il écrit dans l'un de ses tweets.

(Avec AFP)

--------------------------------------------------------------------

Vanessa Ratignier, co-auteur d’une enquête sur la « lune de miel » entre Paris et Doha, qui a connu son apogée sous Nicolas Sarkozy.

Pourquoi avoir décidé de consacrer un livre aux relations avec le Qatar ?

Vanessa Ratignier : Lors de l’enquête à visée géopolitique que nous menions dans le cadre d’un documentaire pour France 5 (Qatar, 2 x 52 minutes réalisés par Christophe Bouquet et Clarisse Feletin, produits par Yami 2), nous avons entraperçu une singulière image de l’état de nos élites françaises. A examiner notre pays au prisme de l’émirat, à utiliser le Qatar comme un miroir, nous devinions une inquiétante réalité : celle d’une France sous influence.

Nicolas Sarkozy a-t-il contribué à la montée en puissance du Qatar ?

Pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, la France a joué le rôle de marchepied du Qatar, à la satisfaction de Doha. Installer son pays à la table des Grands : telle était en effet l’ambition de l’ancien émir Hamad Al Thani. Le Qatar est un petit émirat, coincé entre les deux mastodontes régionaux que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran. Sa sécurité est un enjeu crucial. Hamad voulait éviter que son pays ne subisse le même sort que le Koweït, envahi par Saddam Hussein en août 1990. De plus, Hamad a pris le pouvoir en 1995 en organisant un putsch contre son père ; il devait donc sécuriser son règne et ses frontières. Surtout, il rêvait de puissance. Les revenus tirés du gisement gazier du pays, qui représente la troisième réserve mondiale, lui ont donné les moyens de développer sa diplomatie du chéquier. Avec son cousin et diplomate en chef Hamad bin Jassem bin Jaber al-Thani, dit « HBJ », ils ont tissé un vaste réseau d’alliés à l’international dans lequel la France est en bonne place. Les liens avec Paris sont anciens, mais à compter de l’élection de Sarkozy à l’Elysée, la France a développé un réel tropisme pour l’émirat. Hamad a été le premier chef d’Etat arabe reçu par le nouveau président, le 30 mai 2007. Ensemble, ils ont signé la vente de 80 Airbus A 350 pour un montant de seize milliards de dollars. Dans la foulée, Hamad était l’invité d’honneur du 14 juillet. Et dix jours plus tard, Doha contribuait financièrement à la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus en Libye. Comme nous le racontons dans le livre, Nicolas Sarkozy a ensuite renoué avec Mouammar Kadhafi et Bachar al-Assad sous les bons auspices du Diwan [palais de l’émir à Doha, NDR]. On connaît la suite… 

"On ne peut pas dire que Doha soit en pointe dans la lutte contre le terrorisme" 

Outre Sarkozy, le Qatar peut-il s’appuyer sur des relais d’opinion influents ?

Le Qatar est parvenu à nouer des liens à tous les niveaux d’influence, aussi bien à droite qu’à gauche. Nicolas Sarkozy est très proche des Al-Thani, tout comme l’est son ancien rival Dominique de Villepin, qui entretient des relations personnelles avec la famille régnante. Les socialistes n’ont pas été négligés. L’émirat peut également compter, à l’Assemblée nationale, sur le groupe d’amitié parlementaire France-Qatar, qui recense près de soixante membres. Ces derniers sont des relais de premier ordre. Prenons l’exemple de la convention fiscale. Signée en 1990, elle organise l’imposition des biens du Qatar en France. En 2008-2009, alors que la crise financière s’abat sur nos économies mondialisées et que l’on recapitalise les banques en urgence, le Parlement vide de sa substance cette convention, permettant ainsi au Qatar d’investir dans tous les pans de l’économie sans avoir à se préoccuper d’une fiscalité excessive. Le besoin de liquidités ne justifie pas, me semble-t-il, qu’on malmène ainsi l’intérêt général. Depuis l’élection de François Hollande, les relations franco-qataries se sont certes normalisées mais le sujet reste très sensible. En témoigne le combat des ressortissants français, qui ont été bloqués pendant plusieurs années dans l’émirat pour avoir résisté à leur sponsor qatari. L’exfiltration en urgence, à moins de deux ans d’intervalle, des deux proviseurs des deux lycées français implantés à Doha, le premier pour « non-conformité des programmes avec la loi locale » – en creux, avec l’islam –, le second pour s’être prétendument rendu coupable d’une « atteinte à la religion musulmane », est également emblématique de la manière dont nos principes républicains sont rudoyés. En France, le Qatar peut se prévaloir d’un soutien infaillible de la plupart de nos élites. Face à Doha, Paris n’élève jamais la voix. 

Selon plusieurs experts la politique pro-Qatar de Sarkozy a œuvré contre les intérêts français dans le Golfe. Pour quelles raisons ?

La politique du « tout-Qatar » mise en œuvre par Paris entre 2007 et 2012 a quelque peu distendu les relations avec nos alliés dans la région, qui étaient profondément agacés par la quête d’influence effrénée de l’émirat.

On présente le nouvel émir Tamim comme un dirigeant plus prudent que son père sur le plan diplomatique. Pensez-vous que le Qatar pourra continuer à concilier un soutien sans faille aux forces islamistes dans la région tout en se posant en allié inconditionnel des Occidentaux ?

La diplomatie qatarie témoigne d’une certaine duplicité. Quand Tamim arrive au pouvoir en juin 2013, le Qatar est dans une position délicate. L’émirat essuie de nombreuses critiques concernant son soutien, pour ne pas dire son ingérence, dans les Printemps arabes. Doha s’est fait le principal sponsor des Frères musulmans. Ses agissements en Libye et en Syrie suscitent de profondes inquiétudes, à tel point que le Diwan a pu être qualifié d’apprenti-sorcier. Cela a provoqué de fortes tensions au sein du Conseil de Coopération du Golfe, tensions qui ont culminé en mars 2014 quand l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les EAU ont rappelé leur ambassadeur à Doha.

Les Etats-Unis ont eux aussi peu goûté les excès de la diplomatie qatarie. Or la Maison-Blanche, qui dispose d’une base militaire à Doha, est le garant de la sécurité du Diwan. Washington publie régulièrement des listes de personnes soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme, en Syrie ou en Irak entre-autre. Parmi elles, d’après les informations du Trésor américain, certaines vivent au Qatar ou y lèvent des fonds. Certes, il s’agit de donations privées, mais sur lesquelles l’Etat ferme les yeux. On ne peut pas dire que Doha, membre de la coalition contre Daech, soit en pointe dans la lutte contre le terrorisme malgré les dénégations de ses dirigeants.

http://www.actuj.com/2014-10/moyen-orient/la-france-a-joue-le-role-de-marchepied-du-qatar-sur-la-scene-internationale 

Vanessa Ratignier et Pierre Péan, Une France sous influence. Quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu, Fayard, 484 pages, 23 €.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.