Lettre ouverte à Veil et Rocard

Cette lettre était initialement un message privé à Mme Simone Veil et Mr Michel Rocard. Comme je n'ai pas réussi à leur faire transmettre, je la publie dans Médiapart.Vous faites partie des hommes et des femmes politiques que j'ai souvent appréciés, par exemple dans votre capacité à parvenir aux accords d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie pour Michel Rocard, ou de réussir la libéraliser l'avortement pour Simone Veil. Je vous apprécie pour votre hauteur de vues et votre l'éthique politique.

Cette lettre était initialement un message privé à Mme Simone Veil et Mr Michel Rocard. Comme je n'ai pas réussi à leur faire transmettre, je la publie dans Médiapart.

Vous faites partie des hommes et des femmes politiques que j'ai souvent appréciés, par exemple dans votre capacité à parvenir aux accords d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie pour Michel Rocard, ou de réussir la libéraliser l'avortement pour Simone Veil. Je vous apprécie pour votre hauteur de vues et votre l'éthique politique.

Votre appel à un « cessez-le-feu » dans les critiques portées contre Mr Eric Woerth et diverses autres personnalités politiques, me surprend, me scandalise même.

S'agissant de d'Eric Woerth, les conflits d'intérêt sont évidents, c'est le moins qu'on puisse dire. A commencer par être ministre du budget et trésorier de son parti, de voir sa femme devenir conseiller d'un des plus importants contribuable français, décorer de la légion d'honneur son employeur, recueillir les dons au parti de cet important contribuable ou les dons à l'association qui travaille à sa réélection locale. Peut être tout cela est-il légal, mais pour beaucoup de gens c'est pour le moins, moralement condamnable.

Je viens de lire aussi comment les choses s'étaient passées en 1992, lorsque le conseil général de l'Oise a subventionné l'organisme unique de développement du département, qui a salarié Eric Woerth. Tout cela était peut-être légal, mais en réalité, c'était assurer la promotion électorale d'un homme politique. Une de ces élections a été invalidée semble-t-il, tandis que la Cour des Comptes critiquait sévèrement le rôle de cette association et les rétributions versées au futur ministre.

Il y a manifestement d'un côté une morale de seigneurs, où pour certains tout est permis, même ce qui apparaît malhonnête au commun des mortels, et de l'autre, la morale commune (même si le commun des mortels la transgresse aussi), une « morale traditionnelle » penseront certains. En défendant vos pairs, vous vous placez du côté de ces seigneurs, des élus qui gagnent tellement d'argent et jouissent de tellement d'avantages (voir la loi Debré que les élus ont adopté sans broncher, même à gauche), que vous n'êtes plus « des gens comme les autres » et que ces « autres », vous en êtes tellement loin que vous ne les comprenez plus, que vous ne savez pas quels sont leurs problèmes et ce qu'ils souhaitent lorsqu'ils votent pour vous.

Vous nous conduisez à penser, qu'il y a d'un côté les seigneurs, dans les entreprises pour construire une économie prospère et créer des emplois, au gouvernement pour régler les problèmes du pays et veiller à un minimum de justice dans le partage des revenus. Et nous de l'autre, finalement peu politisés, juste bons à souquer, lorsque nous avons un emploi. Mais ces seigneurs font-ils au moins leur boulot ? L'économie française continue à perdre sa compétitivité, nous ne créons pas les emplois pour ceux qui en cherchent, le plus souvent par absolue nécessité matérielle, quant au gouvernement, il ne comprend rien et ne résout rien, qu'il soit de gauche ou de droite.

Vous demandez un « cessez-le-feu », alors qu'une certaine conscience politique s'élabore. Lisez les commentaires des internautes, vous serez frappés du changement de ton. De la caricature certes, comme le plus souvent, mais aussi des points de vue mesurés et éclairés pour exprimer un ras-le-bol assez radical.

En dépit de la déception que m'inspire la classe politique, je veux bien penser qu'il y a à droite comme à gauche, des gens honnêtes capables de nous sortir de l'ornière. Mais quand même, la reproduction sociale que nous connaissons est devenue fortement consanguine. Elle nous prive des talents de ceux qui sont en dehors de ces « élites », trop sûres de leur excellence et usées dans leur créativité et leur sensibilité aux « autres ».

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