que se passe-t-il au 104 : à quoi servent les espaces d'art contemporain ?

 Parmi les différents projets de la Mairie de Paris, et de l'empreinte de la mandature de M. Delanoé, outre la réalisation de " paris-plage ", ainsi que de " la nuit blanche ", le projet de rénovation du 104, rue d'aubervilliers représente à mon sens l'expression d'une volonté politique des plus concrêtes, des plus novatrices et des plus engagées qu'il soit en matière d'action politique.

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Parmi les différents projets de la Mairie de Paris, et de l'empreinte de la mandature de M. Delanoé, outre la réalisation de " paris-plage ", ainsi que de " la nuit blanche ", le projet de rénovation du 104, rue d'aubervilliers représente à mon sens l'expression d'une volonté politique des plus concrêtes, des plus novatrices et des plus engagées qu'il soit en matière d'action politique.

 

J'ai souhaité rédiger ce texte afin de reconnaitre l'intérêt et l'aspect positif de cette action politique, au sein d'un contexte soumis à la crise et à la morosité, j'aimerais à la fois soulever le fait qu'il existe des initiatives qui semblent aller dans le bon sens, témoigner d'une modernisation et d'une volonté de progrès social, tout en souhaitant à la fois émettre des critiques sur ma perception de la création contemporaine.

 

 

L'initiative que représente le 104 me plait, et correspond à ce que j'aimerais voir se créer dans différents quartiers de paris : un lieu pluri-disciplinaire, de création et d'exposition, de rencontre des cultures, de mélange entre professionnels et amateurs. Un lieu également ouvert au public et souhaitant favoriser dans son ensemble l'intérêt pour les différentes pratiques qui y sont représentées. Ainsi donc, le 104 pourra acceuillir de la peinture, de la sculpture, de l'art vidéo, de la danse, ect ...

 

 

Hé bien, c'est formidable, c'est formidable que enfin à Paris de façon peut-être un peu trop discrête, on puisse prétendre à ce que un espace permette ainsi à des artistes français ou étrangers de travailler ensemble et d'acceuillir via des tructures des projets associatifs, et d'en permettre la rencontre avec le public.

 

Soit, mais quel résultat au regard de l'investissement que représente ces différentes structures, d'aprés la façon dont se construit la création contemporaine. que se passe-t-il concrêtement dans ces établissement, qu'il sagisse du palais de tokyo, du couvent des récollets, du point éphémère ou même beaubourg, qui représentent des structures officielles financées par l'état ? Quelle image nous renvoient-elles de la création contemporaine et de son intérêt pour chacun d'entre nous ?

 

 

Que les choses soient claires, j'adore la culture, sous toutes ses formes, la littérature, le cinéma, le théatre, la danse, et encore davantage les arts plastiques, la peinture, la sculpture et également je suis fan de musique, nouvelles ou non, de musiques électroniques ou de musiques classiques, de toutes les façons dont l'homme utilisent des moyens divers pour s'exprimer. Force est de constater qu'à une époque encore pas si lointaine, il y avait davantage de création, davantage d'artistes et que l'engouement pour la création et la possibilité, l'ambition d'en construire un idéal représentait encore une utopie raisonnable, dans notre histoire récente, les années 70 ont par exemple connues l'essor de nombreux créateurs, en design, en art plastique, en mode, en musique, qui façonnaient l'image d'une époque, et en construisaient sa joie de vivre, son élan philosophique et politique. il n'est pas insensé de considérer l'engouement que suscite différentes manifestations comme l'exposition Picasso, l'intérêt pour l'oeuvre de Warhol, ou encore le public de la Fiac. Globalement l'art contemporain, il faut le dire et le clamer haut et fort, l'art contemporain intéresse beaucoup de gens et leur procure joie et distraction, mais il faut le dire également ils s'intéressent dabord et surtout à l'art contemporain de qualité.

 

 

Soit l'on considère que la pratique de divers arts plastiques représente un simple divertissement, pourquoi pas, ou encore on s'interroge sur la possibilité que la pratique et l'expression artistique puissent représenter l'état d'une société et éventuellement le moyen par lequel grace à la culture cette société ne puisse s'émanciper.

 

 

Revenons à la question première de cet article, en ce qui concerne le 104, qui est un lieu de production, que se passe-t-il concrêtement qui soit susceptible de dynamiser notre époque ? c'est bien joli de dire on soutient et promeut la culture, mais quelle est cette culture contemporaine que l'on finance et défend ?

 

http://www.104.fr/#fr/

 

 

Pour faire bref, relativement exhaustif et concis, je n'y vois malheureusement rien qui me parle, les choix artistiques de notre modernité reflètent la volonté d'un minimalisme, d'une dégradation de l'approche de l'art conceptuel, de l'art facile, d'une confusion entre art plastique et expérience sociologique, j'ai globalement l'impression d'y voir le vide. Le 104 parait d'autant plus vide que le palais de tokyo par exemple, que l'espace est vaste et que peut-on découvrir ou observer comme démarche plastique ? quelques vidéos, des vagues photos de palissades montées par un japonais, des dessins au stylo bille d'un scandinave, la résidence dans son studio d'enregistrement de zoxéa, quelques oeuvres originales de plasticiens en lien avec l'urbanisme, bref on a rapidement fait le tour, on traverse facilement le 104 sans rien apercevoir de révolutionnaire et davantage éventuellement la beauté de ce lieu rénové qui semble tristement vide.

 

 

Pour autant, j'apprécie de parcourir le musée beaubourg, la diversité des oeuvres ainsi que leur différente organisation dans le temps, le panorama qu'offre ce panel de la création contemporaine dont chaque oeuvre constitue un enrichissement pour la connaissance et l'accession à un patrimoine de la création tout à fait singulier et diversifié. Je ne rencontre jamais cette même satisfaction à la visite des expositions du palais de tokyo, ou éventuellement du 104. Pourquoi ces lieux de production et d'exposition de la création contemporaine ne parviennent à représenter l'image d'une création contemporaine décompléxée, enthousiasmante et prolixe ?

 

C'est formidable et tout à fait respectale de construire des espaces pour la création, mais à quoi servent ces espaces si la création qui y est entretenue et financée manque d'une ligne directrice, d'une colonne vertébrale qui donne un sens commun à l'ensemble de cette création et ne lui permette de construire une dynamique artistique synonyme d'un renouveau ou de l'enthousiasme d'un élan politique.

 

 

La question que pose cette politique culturelle est éminemmt politique et appelle à une réflexion sur notre modernité. en quoi la création artistique deviendrait source de plus de liberté lors que l'ensemble du message que véhicule cette approche de la création ne se résume qu'à être de bons exécutants, éventuellement de bons techniciens des différents outils de notre modernité, en rebachant sans cesse un discours sur le désanchantement politique et morale de notre époque. presque plus aucun des plasticiens, qu'il sagisse du 104 ou éventuellement des beaux arts ne sait aujourd'hui dessiner sans l'usage d'un ordinateur, n'est capable de produire avec un pinceau, un crayon ou un fusain un portrait ou un paysage, n'est capable de transformer un morceau de marbre ou de platre en une représentation digne d'un corps humain ou d'une forme qui ne soit pas indiscernable par delà les oripeaux de l'abstraction et de la modernité. c'est pauvre, je ne peux le dire autrement, l'ambition artistique des uns et des autres est pauvre et timide, manque d'excentricité ou de décontraction, les mêmes schémas se reproduisent indéfiniment sans jamais l'outrecuidance d'une forme qui ne sorte du lot sans pour autant se complaire dans la caricature ou la satire.

 

 

 

Pourquoi ne souhaite-t-on pas dans la même volonté que celle de créer des espaces dédiés à la création et à la liberté artistique, permettre d'inventer et de soutenir l'ambition et l'affirmation d'une vision artistique différente, non plus basée sur l'appauvrissement des techniques mais au contraire le prolongement d'une vision née d'un artiste ou d'un ensemble de créateurs. La volonté de donner une place à la culture et à la création contemporaine ne devient-elle pas contreproductive lorsqu'il ne sagit que de créer un cadre à l'expression d'un vide philosophico-politique et usuelle de la création. Pourquoi alors que la plupart d'entre nous s'intéressent à la création, et que cette même création est reconnue comme un moyen de dynamisme et de valorisation de notre économie, les investissement pour permettre l'expression artistique de se développer ne donnent lieu qu'au témoignage d'un vide, ou d'une pauvreté de l'ambition artistique, et manque d'audace ou d'enthousiasme ?

 

Je ne pense pas que la volonté des diverses personnalités politiques qui décident de la création d'espaces dédiés à l'art soit d'en fabriquer des boites vides, ou peut-être alors de profiter de la popularité pour cet intérêt pour ce qui semble être apprécié par les uns et les autres. Mais la question demeure, pourquoi notre époque n'est elle pas capable d'inventer un modèle pédagogique qui permette de rentabiliser l'ensemble de ces institutions et d'en justifier tout leur sens ? Ne pourrait-on aller davantage plus avant encore dans cette philosophie et politique de soutien à la création artistique par la promotion de pratiques artistiques plus ambitieuses et visionnaires, se basant sur des modèles pédagogiques liés à l'idée du travail d'atelier, mélant des apprentis sous l'égide d'artistes reconnus, en charge de mener des projets tel que jeff koons par exemple fait travailler pour sa production des dizaines d'assistants dans un projet plus globale d'émancipation de l'art au sein de l'ensemble de notre société.

 

 

La création d'espaces dédiés à la culture représente un atout pour notre organisation sociale et nos modes de vies, ne serait-il pas souhaitable d'en concevoir une politique culturelle qui ne se contente pas d'en faire des lieux d'expression d'un désenchantement de la marchandisation du monde, et d'en faire des espaces de création plus ouverts et généreux à une philosophie et une politique artistique qui englobent une volonté plus affirmée de donner une place plus conséquente à l'imagination, à la capacité de créer, de rêver et de transformer le monde.

 

 

J'espère que ce constat sur la situation de l'usage des différentes structures officielles qui représentent la vision politique liée à la création contemporaine puisse appeler vos réactions, vos impressions sur la gestion globale de notre politique culturelle, ainsi que de notre perception d'ensemble de la création contemporaine.

 

 

 

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