Victoire paradoxale

Je l'avoue, je rêvais de la défaite de l'équipe de France au mondial de foot de cette année 2018

J'écris ce billet, "à chaud", tellement chaud, que les klaxons résonnent partout dans les rues de Brest, m'évoquant, au mieux quelque psychose collective, ou m'interrogeant sur les leviers qui peuvent amener à être aussi con, voire violent si de besoin.

Tûut-Tûut, Pouet, Pouet, au volant de ma voiture, j'existe, je suis, l'espace d'un instant. (Il faudrait que je relise Sartre).

Le comble est, tout de même qu'il y a quelques minutes, les cloches de l'église voisine sonnaient à la volée, pour fêter cette laïque victoire. Il me faut préciser qu'en mon quartier, point de mosquée, point de temple, point de synagogue.

Je souhaitais donc la défaite de la France (enfin, de son équipe de foot), face à la Croatie.

En y pensant bien, le nationalisme croate, ethniquement purifié m'est insupportable, et la victoire d'une équipe de France plus que métissée, devrait me réjouir.

Jamais, les merveilleux athlètes qui ont donné cette victoire au pays ne seront considérés comme étrangers, ou  migrants ou autres quelle que soit leur couleur de peau, et c'est à l'honneur de notre pays.

Il y a des décennies, les italiens étaient les "ritals", en proie aux pogroms et ratonnades à la sauce locale, les Polonais, les "Polacks", en proie aux mêmes capacités d'accueil de la France, patrie des droits de l'homme, qui sût réserver le meilleur sort aux arabes, algériens, ratons, bicots, melons, j'en passe et des pires.

Ce qui aujourd'hui me dérange c'est le succès personnel que va pouvoir s'arroger Notre Altesse Sérénissime Macron, qui mène une politique innommable  à l'endroit des migrants. Si l'enjeu était là, combien de champions de foot péris en méditerranée, combien d'espoirs anéantis, et ici combien de "riens" anéantis par sa politique anti sociale. Rassurons-nous tout de même, il paraît que chacun des joueurs de l'équipe gagnante va se péter une prime aux alentours de 300 000 €.

Klaxonnez, bonnes gens !

 

 

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