GILETS JAUNES : LES LIMITES

Maintenant que la révolte reprend son souffle, il est bon d'en faire un bilan même provisoire.

Disons le tout de suite, ce mouvement a eu un très grand mérite. Pour la première fois, depuis longtemps, il a été possible d'ouvrir une brèche dans le monopole du discours libéral et austéritaire. Le dogme "il n'y a pas d'autre solution" a été contredit frontalement. Ce n'est pas rien.

Ceci dit, faut il se voiler la face devant toutes les limites qui apparaissent à l'oeil nu ?

A mes yeux, quitte à apparaître comme un horrible stalinien, elles découlent toutes du caractère spontané et non structuré de ce mouvement.

Il y a d'abord ce qui est apparu d'emblée : les dérives homophobes, anti-LGBT, anti-migrants, racistes et même antisémites. Bien entendu, le pouvoir s'en est servi pour faire semblant de croire qu'il caractérise l'ensemble du mouvement, ce qui n'est évidemment pas le cas. Mais il reste que ces dérives ont existé et existent encore. On ne peut que les condamner vigoureusement.

Mais, sur un plan plus politique, comment ignorer que pendant toute la période de visibilité du mouvement des GJ, le Rassemblement national n'a fait que gagner en influence, selon l'ensemble des sondages, pour atteindre les 24 % tandis qu'on observe un éclatement des forces de gauche et un reflux de la France insoumise de 19 % à la présidentielle à 11 % actuellement.

Qu'en est il des résultats atteints ? Sans entrer dans les détails, la seule mesure réellement positive est la suppression de l'augmentation de la CSG pour les retraités dont la pension est comprise entre 1200 et 2000 euros (mais le maintien pour les autres). Pour le reste il s'agit de faux semblants ou de mesures facultatives. Aucun retour sur le coeur de la politique fiscale et sociale ni en matière de CICE, ni d'ISF , ni de Flat-tax. C'est bien mince pour un mouvement qui avait au moins la sympathie de 80 % des français.

Quant au passage au plan politique, le referendum d'initiative citoyenne ne saurait être la panacée qui révolutionnerait le système social. La Suisse le pratique depuis longtemps et elle reste un paradis du capitalisme. Quant au pouvoir, quitte à y mettre certaines restrictions il a annoncé l'accepter ce qui n'est pas bon signe quant à son caractère progressiste. Rappelons que de nombreux pouvoirs autoritaires n'ont pas hésité à pratiquer le referendum. Il faudrait des mesures d'une toute autre ampleur pour restaurer et instaurer une démocratie réelle.

Un truc surnage, de plus, que l'on croyait réservé aux bobos gauchistes : pour mettre fin au régime représentatif, le tirage au sort des députés. Mais enfin, va-t-on tirer au sort l'avenir d'une nation ? Ne voit on pas qu'il serait facile à n'importe quel dictateur de manipuler une assemblée de tirés au sort sans expérience ni formation ? Et puis si tirage au sort il y a, plus d'élection, plus de campagne électorale, plus de discussion politique à l'occasion de celle-ci. Et l'on confie l'avenir à une assemblée de gens élus par personne donc responsables devant personne. Et on cherche à nous faire croire qu'il s'agit là du nec plus ultra de la démocratie !

Merci bien.

Bien entendu ces limites du mouvement des GJ n'indiquent rien sur l'avenir. Peut être ces scories disparaîtront elles d'elles mêmes. Pas sans que les militants traditionnels, si moqués aujourd'hui, n'interviennent sur le terrain.

Mais n'oublions pas que dans les mouvements spontanés non structurés, on trouve beaucoup d'idéologie dominante qui ne peut être que l'idéologie de la classe dominante.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.