où Allons nous, l'Archipel Français Jérome Fourquet

En quelques décennie tout a changé! La France à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien avoir avec cette nation soudée par l'attachement de tous aux valeurs d'une République une et indivisible. A la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique. Un chapitre de cet ouvrage Du "gros rouge au pétard" m'a fait réagir,

L'Archipel Français

Jérôme Fourquet

  • Seuil

  • Où allons nous ?

 

En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation soudée par l'attachement de tous aux valeurs d'une République une et indivisible. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur. C'est que le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est . 
complètement disloquée

Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de certaines pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme et la vogue des théories antispécistes en donnent la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet " d'archipelisation " de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes. 
A la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalition larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait... Cette exploration inédite de la France nouvelle est fondée sur la combinaison originale de différents outils (sondages, analyse des prénoms, géographie électorale, enquête-monographie de terrain), méthode permettant de demeurer au plus près de l'expérience de celles et de ceux qui composent la société française d'aujourd'hui.

J'ai lu cet ouvrage, dès sa parution, et je suis très intéressé par sa description de la société française, fracturée , divisée, aux oppositions multiples.

Je retiens pour le moment 2 faits argumentés, dont l'un me concerne particulièrement, Il rappelle la mutation de la viticulture languedocienne, dont il retient, la disparition d'une grande partie des caves coopératives. Elles étaient 550 dans les années 1970 ,370 en 1996, 200 en 2012. Elles étaient, à l'origine bien plus qu'une unité économique. Elles étaient une institution locale, jouant un rôle-clé, dans chaque commune, via la diffusion de nouvelles normes viticoles, la médiation avec l'Administration, le relais de l'action syndicale, permettant d'obtenir les subventions de l'Etat et plus tard de l'Europe. il en souligne la fonction économique et sociale ancienne de nombreux villages languedociens dans les Pyrénées Orientales, l'Aude, l'Hérault et le Gard. Ce bouleversement a concerné le Parti Socialiste qui avait principalement initié la création de ces Caves Coopératives . Cette disparition a été provoquée par la réduction très importante de la consommation quotidienne nationale de vin ordinaire dit alimentaire qui accompagnait les 2 repas de la population ouvrière et paysanne, La diminution des ouvriers des mines de charbon et de fer et de la sidérurgie a précipité la réduction de la consommation de vin qui aidait à soutenir les conditions de travail très difficiles..

Dès des années 1970 de grandes campagnes anti alcooliques annuelles initiées par les ligues antialcoolique et financées par le ministère de la santé ont provoqué l'accélération de la réduction de consommation. La disparition de ce marché national a entraîné des manifestations de viticulteurs. Le 4 mars 1976, au lieu dit «  Le Pont de Montredon » ou la voie ferrée Bordeaux Marseille, et la RN113 se croisent, est le lieu habituel de manifestations des viticulteurs audois . Je suis né à Montredon mes parents paternels et maternels et nos ancêtres étaient tous vignerons à Montredon Les Corbières, à 8 km au nord de Narbonne

Les viticulteurs arrivés à la mi-journée , venant principalement des Corbières, ont dans un premier temps mis en place un barrage de pneus enflammés sur la route nationale et arraché les rails de la voie ferrée. À 13h30, un premier passage de la CRS 26, venant de Carcassonne et se dirigeant sur Narbonne traverse le groupe de manifestants : le dernier car du convoi, ainsi que l'hélicoptère de la gendarmerie qui survolait le terrain, essuient plusieurs coups de feu.

  Il y a déjà des blessés parmi les CRS.

 L’ordre a été donné par le ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski, à deux unités de CRS de « dégager le pont de Montredon par une action brève et violente ».

  L’ordre est répercuté par le préfet de région, car le préfet de l’Aude, jugé trop indulgent avec les viticulteurs, est tenu à l’écart de l’opération.

 À 14h30 arrive un train de marchandises venant de Narbonne. Les cheminots diront plus tard qu’on les a obligés à faire partir le train alors qu’ordinairement en cas de barrages , le cas s’est produit de nombreuses fois depuis deux ans , la SNCF fait stopper les convois.

  Les viticulteurs arrêtent la locomotive qui devient la proie des flammes.

 À 14h45 un convoi de CRS arrive de Narbonne.

  À 15h les viticulteurs lancent les premières fusées anti-grêles – fusées munies d’une charge explosive, armes d’un type nouveau apparues en 1975 dans les actions viticoles, suivies par des tirs d’armes de chasse. 

A 15h15 le commandant Le Goff est tué par une balle de fusil à ailettes utilisée  ordinairement pour la chasse au sanglier : embusqué sur les hauteurs, un  manifestant a tiré d'une distance inférieure à cent mètres pour atteindre sa cible.
Le commandant du convoi, 
Toussaint Siméoni, grièvement blessé au ventre,  témoigne : «Maintenir l’ordre dans la République ce n’est ni se faire tuer, ni tuer les gens qui ont des problèmes. J’ai interdit à l’armurier de déverrouiller les fusils mitrailleurs. Cela aurait tourné au massacre ».

 À 15h20 un viticulteur, manifestant plus spectateur qu’actif, est tué

d’une balle en plein front à 400 m du lieu de l’affrontement. À l’annonce de sa mort les fusils s’arrêtent : détresse et abattement submergent les viticulteurs.

 À 15h30, l’échange de coups de feu a cessé. Deux morts, une trentaine de blessés graves, c’est une véritable action de guerre civile qui s’est déroulée pendant près d’une demi-heure.

Plusieurs responsables professionnels de la viticulture régionale se concertent, après ces évènements, à Montpellier dont Jean-Claude Bousquet . Ils en concluent qu'il leur faut prendre des initiatives en vue d'initier une nouvelle politique régionale viticole dont l'objectif serait de favoriser l'amélioration qualitative des vins de façon à ce qu'ils soient plus adaptés aux nouvelles attentes des consommateurs français et européens, qui boivent moins en quantité quotidienne et sont plus exigeants en ce qui concerne la qualité.

Je suis ,à ce moment, responsable d'une organisation chargée , dans le cadre de la Chambre d'Agriculture de l'Hérault, d'appliquer une politique européenne aidant, par divers moyens financiers et techniques, l'évolution des structures agricoles . On me demande de prendre l'initiative de cette nouvelle politique viticole en utilisant un syndicat agricole créé par Philippe Lamour et le professeur Jules Mihau pour développer les VDQS ,vins délimités de qualité supérieure, nouvellement admis dans l'INAO « Institut national des appellations d'origine » née des bouleversements politiques et administratifs de la Libération.

J'accepte cette difficile fonction, a condition d'avoir les moyens de la réussite !!

 L'auteur de « l'archipel Français », a utilisé une comparaison étonnante entre les problèmes viticole de la région Occitanie, avec sa diminution importante de la production et consommation et du nombre de viticulteurs des vins de table et celle du développement de la consommation de cannabis en France, ce chapitre provoquant , s'appelle : « du Gros rouge au Pétard »

La consommation de cannabis, en France s'est fortement accrue, ces 20 dernières années . Alors qu'on ne dénombrait que 4% de consommateurs réguliers de cannabis dans la population du pays , au début des années 1990, la proportion à grimpé à 8% en 2000 pour atteindre 11 % en 2014. En l'espace de 20 ans, une génération, la proportion de consommateurs réguliers de cannabis à triplé.

Cette pratique est aujourd'hui est totalement banalisée comme en témoigne le chiffres concernant les jeunes. Alors qu'au début des années 1990, seul un jeune de 17 ans sur 5 avait fait au moins une fois l'expérience du cannabis, c'est aujourd'hui le cas d'un jeune sur 2. L'INPES parle à ce propos de normalisation culturelle, les juristes et pénalistes nomment cela « un contentieux de masse ». Les chiffres le démontrent, notre pays compterait 4,6 millions de personnes ayant consommé du cannabis dans l'année, et il y aurait 1,4 million de consommateurs réguliers (consommant au moins 10 fois dans le mois)

L'interprofession du Chichon : un des premiers employeurs de France !!

Pour répondre à une demande croissante, toute une économie souterraine du deal s'est mise en place sur le territoire. Bien que la vente de produits stupéfiant demeure illégale, la loi du marché a abouti à la structuration d'une véritable filière professionnelle. D'après les experts, ce qu'on pourrait appeler « l'interprofession du chichon » emploierait aujourd'hui pas moins de 200 000 personnes, (110 000 détaillants et vendeurs de rue, 80 000 semi grossistes, 8000 grossistes, et 1000 têtes de réseau qui organisent l'approvisionnement et la logistique du transport venant du Maroc, ce qui est considérable et classe ce secteur d'activité parmi les tout premiers employeurs français, au même rang que la SNCF (200 000 salariés) !! Sur cette base, on peut estimer à plusieurs milliers le nombre de réseaux et de points de vente locaux qui fournissent chaque jour des centaine de milliers de consommateurs. En fonction de sa taille et de la qualité de son emplacement, chaque « four » (point de deal) emploie un nombre plus ou moins important de « chouf » (guetteurs ) de rabateurs, de « charbonneurs » (vendeurs), mais aussi de « nourrices » (personne dans l'appartement des quelles les trafiquants entreposent une partie de leurs stocks a proximité immédiate du point de vente. Dans les territoires qui sont plus ou moins concernés par ce trafic, cette activité illégale occupe et fait vivre une part significative de la population locale.

Dans les cités les plus touchées par le phénomène, l'incrustation de cette économie criminelle gangrène littéralement un tissus social local déjà fragilisé. Les trafiquants contrôlent les allées et venues des habitants, confisquent à leur profit les parties communes et n'hésitent pas à user de violences vis a vis des récalcitrants . Par les sommes générées par ce trafic, toute une partie de la jeunesse est achetée et détournée de l'école, pour occuper les fonctions de petits soldats de la « bicrave » (vente de drogue)

Ce que viens de décrire n'est qu'une faible partie du contenu de l'ouvrage de Jérôme Fourquet, il y a aussi une description des nombreux problèmes de

l 'Éducation Nationale et des conséquences sur les déséquilibres de la société française et bien d'autres aspects aussi importants. Il faut lire avec attention cet important ouvrage.

 

Jean Clavel Avril 2018

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.