Comment tout peut s'effondrer

Surconsommation et avenir de l’humanité ?

Surconsommation et avenir de l’humanité ?

Nous y voilà, nous y sommes ! Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis nous, « entendons »,  un quart de l’humanité, tandis que le reste est à la peine.

Nous avons construit une vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit 3 voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé les fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, , nous avons éclairé  les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié les pluies, créé des clones, franchement  on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radio-actif dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait pouvoir continuer, tant il va de soi, qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion, avec des tennis lumineuses, que de biner des pommes de terre ; Certes !

Mais nous y sommes !! à la 3° révolution. Qui, ceci de très différent des 2 premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie !! »on est obligé de la faire, la 3° Révolution ? » Demandent  quelques esprits chagrins !!  Oui .on n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis .La Mère Nature qui l’a décidée , après nous avoir laissé aimablement jouer avec elle depuis des décennies. La Mère  Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets, de pétrole de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié ; Sauvez moi, ou crevez avec moi !!        a l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse !!

L’ex-croissance , c’est la croissance économique qui dépasse l’empreinte écologique  soutenable dans les pays dit « développés», principalement Europe et Amérique  et bientôt la Chine ?  C’est dans les années 1970  que la question écologique au sein de l’économie a été clairement posée. De là découle l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde défini par ses limites.

L’espace disponible sur la Terre est limité, de plus  l’espace bio- productif  (tous usages ) n’est qu’une fraction du total soit 12 milliards d’ha sur 51.

Compte tenu de la population actuelle de la Terre, (7,5 milliards)  la surface disponible par personne est d’environ 1,6 ha. La WWF a calculé qu’en 2008 l’espace consommé par tête était de 2,6 ha. , dépassant largement la possibilité terrestre  !!!

Au commencement de l’agriculture, vers -8000 av. JC. Il y avait environ 5 millions d’habitants sur Terre. Aujourd’hui la croissance de la population terrestre est de 2,5 personnes par seconde (+ 75 000 000  par an, par différence entre naissances et DC)

Aujourd’hui, plus de 50% de la population mondiale est dépourvue de protection sociale ou médicale !!

Nous sommes en présence d’un énorme problème mondial de disparités : un citoyen des USA consomme en moyenne 9,6 ha, un canadien 7,2, un européen 4,5, un français,5,26, un italien 3,8, un péruvien 0,8 , un indien 0,8, un haïtien 0,5 .Bien entendu la disparité de revenus est du même ordre

Cette  analyse doit être complétée , ainsi pour que le système d’élevage intensif des animaux et volailles  de boucherie , puisse fonctionner en Europe, il faut qu’une surface équivalente à 7 fois celle de ce continent soit employée dans d’autres pays, pour produire l’alimentation nécessaire aux animaux élevés suivant ce mode semi-industriel . Le citoyen du Nord consomme en moyenne,3 fois plus de céréales, et d’eau potable,5 fois plus d’engrais, , 10 fois plus d’énergie,14 fois plus de papier, 19 fois plus d’aluminium qu’un citoyen du sud 

Nous savons que notre mode de vie actuel est sans avenir , que notre monde va finir, que les mers et les fleuves seront stériles, les terres  sans fertilité naturelles, l’air étouffant dans les villes, et la vie aisée un privilège des 10% les plus riches  .En empruntant résolument vers 1850 la voie « thermo industrielle » avec les moyens du charbon et de la vapeur, l’Occident  rêve de croissance infinie, qui se manifeste, avec la naissance du capitalisme et de l’économie politique. Toutefois, ce n’est  qu’’en 1950,  avec l’invention du marketing et de la société de consommation, qu’il peut libérer son potentiel, à la fois  créatif et destructeur, le rêve étant devenu ,vers 2020, cauchemar . L’avenir plus ou moins lointain pourrait être le terme de la société de croissance, enseigné  dans les grandes Ecoles et à l’ENA, marquant la fin de cet épisode de la vie terrestre !! Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques, ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur, apparaît bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100.   Personne ne peut connaître le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes  en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations actuelles.

            Telle est l’intuition, partagées avec nombre d’observateurs, qu’ils soient experts scientifiques ou activistes ; Il est gênant de le dire,  tant la posture  est  souvent ridiculisée, mais nous sommes devenus catastrophistes.

             Soyons clairs cela ne signifie nullement que nous souhaitons les catastrophes,  ni que nous renonçons à nous battre, ou en atténuer les effets , ou encore que nous sombrons dans un pessimisme irrévocable ? Au contraire !        Même si l’avenir est sombre, « nous devons nous battre, car il n’y aucune raison  de nous soumettre passivement aux faits  « Etre catastrophiste, c’est simplement éviter une posture de dénie et prendre acte  des catastrophes  qui sont en train d’avoir lieu ». Il faut apprendre à les voir, accepter leur existence, et faire le deuil, de tout ce dont ces évènements nous priveront. . Ce  n’est pas du pessimisme !!!

D’après : - L’Humanité en péril, virons de bord, toute !  Fred  VARGAS

                 - L’âge des limites   SERGE LATOUCHE

                  - Comment tout peut s’effondrer PABLO SERVIGNE RAPHAEL STEVENS

Jean CLAVEL octobre 2019

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.