L'affaire du Siècle

"Force les de bâtir une tour ensemble et tu les changeras en frères.  Mais si tu veux qu’ils se haïssent, jette leur du grain. Car une civilisation repose sur ce qui est exigé des hommes, non sur ce qui leur est fourni. " (Saint Exupéry – « Citadelle » )

 Le société de consommation c’est surtout le grain que l’on jette au plus grand nombre à force de publicité, de mondialisation, de rabais exceptionnels, de primes temporaires, d’exonérations , d’une aide ponctuelle pour tel groupe sur le point de mourir de faim, etc…

Mais quelle tour nous est-il proposé de bâtir ensemble ?

Aucune voix ne domine pour nommer quelle tour, quelle forme, quel lieu, quels matériaux…

Ce silence assourdissant ressemble à celui des hommes politiques incapables de parler d’écologie sans écouter les voix des industries qui les financent. Incapables d’imaginer un changement d’orientation face aux financiers qui ont investi dans le système qui pollue et tue le planète.

 Il serait temps que la Vérité sorte de sous ces langues de bois ou ces langues de vipère. La Vérité est qu’elle dépasse de loin les discours lénifiants des uns et les demandes de grain des autres.

Il nous faut désormais changer totalement nos vues, mais tout le monde a peur de perdre sa position ce faisant ; que ce soit un poste de président ou d’assisté, c’est la même immobilité.

Mais bon Dieu, osons le voir et le dire ! Les évolutions des 70 dernières années ont été telles, dans les domaines économiques, médiatiques, médicaux, technologiques, moraux, etc., que nous sommes face à une révolution que nous allons subir ou diriger.  C’est là le choix que nous devons faire : subir ou diriger. Et NOUS, c’est tout le monde , le politique comme le populaire.  

Nous sommes embarqués sur le même vaisseau terre qui est en train de souffrir et  s’abîmer. Combien de temps nous reste t’il avant que l’on soit vraiment dans la merde et que ceux qui l’auront fait ou cautionné seront en train de s’en laver les mains ou se réfugier là où personne ne peut les atteindre. Mais la solution n’est plus dans la dénonciation , ni dans les petites distributions de grain. C’est trop tard, la fissure est devenue fracture.

Les dirigeants courageux (d’où qu’ils viennent) doivent nommer la tour à construire autour de laquelle tout le monde est prêt à se rassembler et s’unir.

Il est désormais évident que le modèle économique dominé par la financiarisation de chaque acte et de chaque instant n’enthousiasme personne. Également, la mondialisation, nous le voyons bien, n’est qu’une double escroquerie voulue par les industriels qui préfèrent vendre leurs produits partout, plutôt que dans une seule région, et ce, en tuant toutes les diversités sur leur chemin. Et pire, en obligeant à transporter leur norme sur des milliers de kilomètres et polluer la terre de transports transcontinentaux qui ne profitent qu’à ceux qui orchestrent notre naufrage.

Les Gilets Jaunes comme les Bonnets Rouges ou les Nuits Debout sont avant tout le symptôme d’un raz-le-bol qui n’a pas encore tout dit. Certains les accusent même de ne rien dire, mais ce n’est pas juste.  Tous et chacun expriment l’angoisse face à une transformation du monde encore plus violente, profonde et rapide que celle que la diffusion de l’imprimerie provoqua au XVI° siècle. En comparaison, la numérisation du monde n'a que 30 ans !

Financiarisation, mondialisation, fracture numérique, pouvoir de l’intelligence artificielle, infobésité aliénante, biotechnologie et tout un monde qui change, créent un besoin légitime de réponses qui dépassent la fin du mois si facile à résoudre pour peu que l’on réponde à la question beaucoup plus vaste du cap que nos sociétés vont prendre pour construire un avenir plus sain , plus pérenne, plus équitable, plus pacifique et convivial que celui qui se profile et fait peur.

Alors quel est le dirigeant qui aura le courage de dire sa tour , au risque de se faire critiquer. Il est tellement plus facile et rassurant de se contenter de rafistoler et distribuer du grain. Et pourtant , sans attendre de nouveau Messie, nous pourrions au moins voir surgir des ambitions qui dépassent les égoïsmes individuels ou collectifs.

Il est désormais évident qu’il existe de nouveaux horizons de prospérité autres qu’au sein du capitalisme libéral.  Warren Buffet (je crois que c’est lui) disait : « la guerre des classes existe, c’est nous qui l’avons gagnée ». Il n’est plus question de refaire une guerre du passé, mais d’entamer un nouveau combat de notre temps. Il est tout aussi évident que de nouvelles règles ne conduisent pas fatalement à la paupérisation de tous. Il est urgent de répondre aux aspirations qui peinent à s’exprimer et s’imposer.

Si nous savons voir et regarder au delà des actes, nous retrouvons un profond désir de justice et d’équité. La répartition de la richesse dans le monde est carrément honteuse . Si nous savons lire entre les mots, il est évident que « mieux et meilleur » sont devenus plus importants que « toujours plus ».  La qualité de vie de chacun et de tous est devenu une exigence et même un droit à satisfaire.  Si nous savons entendre la terre qui gémit et ses habitants qui crient, il est évident que climat et écologie sont devenus LE défi planétaire. Il est étonnant que ce thème d’une écologie totale, universelle et planétaire ne fasse toujours pas partie des évidences dans le processus de toutes les décisions.  Une fois que les lobbies des industriels et pollueurs auront été mis derrière la porte où les décisions se prennent, il deviendra possible de définir la tour à construire.

Depuis que les masses le crient et le répètent, d’aucuns auraient pu imaginer que la réorientation des fonds publics (nos impôts ) vers la transition écologique est une opportunité de créer de nouveaux emplois qui ne sauraient être délocalisés. Que de privilégier le local sur le mondial finira par donner la priorité aux individus plutôt qu’aux entreprises.  Que réorienter un CICE (et autres manipulations financières) qui partent en dividendes, vers l’investissement écologique créera un monde de compétences, de savoirs et de comportements vertueux.

Une fois que les dirigeants auront eu le courage de nommer cette tour à taille humaine qui conduit à la prospérité, en même temps qu’au progrès et à l’enrichissement qui accompagne la confiance, nous aurons fédéré toutes les populations autour d’un objectif commun.  Et puisque la mondialisation existe aussi dans la communication, la France peut, sur ce sujet, être leader d’une pensée révolutionnaire et servir d’exemple au reste des nations jusqu’à ce que cette évidence s’impose à tous. Entre temps, nous aurons développé des industries et métiers liés à l’écologie.  Nous aurons acquis la maîtrise de savoirs et de compétences tournés vers un demain propre et divers.  Nous aurons réussi une éducation qui forme à des métiers et comportements d’avenir plutôt qu’au formatage de consommateurs boulimiques.

La plus belle tour que nous puissions construire est celle qui place l’humanité et la vie au centre de son projet.  C’est ce projet là que je veux.  C’est pour ce projet que je descend dans la rue, car c’est l’affaire du siècle !

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