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Billet de blog 2 août 2014

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Le dire d’expert, un délire ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« A dire d’expert » le temps nécessaire de séchage du mur fut fixé à 5 mois alors que les hommes de l’art certifient que le séchage ne fut effectif qu’au bout de plus de six mois1. Ce « dire d’expert », gardé secret, a toujours fait l’objet d’une fin de non recevoir aux demandes de communication du rapport d’expertise. Pourtant les faits, le réel qui n’est pas l’obligé des mots ou des incantations juridiques, témoignent que les pertes de loyers ne portent pas sur 5 mois, aux dires de l’expert, mais sur 6 mois et demi. Les artisans, hommes à l’œuvre, l’attestent en vain. Un de ses confères, tout aussi expert et capable du même « dire », conclut que l’affaire mérite deux mois supplémentaires. Il lui apparaissait que l’argument de la location d’un appareil renforçant le séchage en vue de minimiser le temps de séchage était un « prétexte » (sic), d’autant que, comme on le verra lors d’une deuxième expertise, 10 mois plus tard, ce même confrère conclut son rapport en précisant que « ce nouveau sinistre n’a pas permis la remise en état de l’appartement à la suite de celui du 31 octobre 2012 ».

      Le prétexte discutable est malgré tout moins fantaisiste que les justifications utilisées par l’assurance elle-même : son refus d’augmenter la perte de loyer se fondait sur la prise en charge des frais – et non les faits – d’assèchement et la repose du cumulus sur un trépied, comme si frais et trépied conditionnaient l’assèchement du mur. Si les frais l’emportent sur les faits, alors les faits en feront les frais.

      Il faut avoir une bonne dose d’arrogance pour maintenir, après cinq mois de recherche de fuite et d’usage d’appareil de séchage, qu’un mur est sec alors que l’on découvre, quinze jours plus tard, qu’une fuite d’eau poursuit tranquillement son  œuvre. Sans doute cette terroriste a-t-elle profité de se mettre au sec, à l’abri du mur, pour narguer l’assurance de l’expert qui s’y connaît, lui, en assurances.

      J’ai passé plus d’un an à me battre sur ce dossier pourtant simple et d’un enjeu financier relativement modeste (964,52 € représentant l’écart des pertes de loyers) pour évaluer la toute puissance des assurances et la prise en compte des doléances d’un plébéien ignorant. Démonter un à un les arguments avancés, faire plier les manœuvres dilatoires, se déplacer et collecter les preuves, rédiger des courriers courts et précis, tout cela réclame un temps considérable qu’un couple d’intérimaires avec enfants – les « gens » d’aujourd’hui – ne pourrait consacrer.

      Saisir la justice sur un tel sujet avec un tel montant est perdu d’avance : dans le meilleur des cas, les frais d’avocats engloutiraient à eux seuls l’indemnité réclamée.

      D’un autre côté, l’assureur du bien immobilier, s’il n’est évidemment pas tenu de rembourser les pertes de loyer hors la garantie optionnelle, doit toutefois garantir les dommages causés par un tiers. En bref, doivent être indemnisées les pertes de loyers subies par un propriétaire qui a la qualité de tiers lésé et son assurance est tenue d’apporter son concours au titre de la garantie recours.

      Dans un premier temps, mon assureur a joué à cache-cache, usant de propos sympathiques, d’appels sans réponses, d’envois de courriers que je n’ai jamais reçus jusqu’au jour où j’ai rappelé à la direction les engagements du contrat. Le dossier fut alors transmis à un service qui mérite son nom. Il a fort assurément accompagné mes démarches et pris même l’initiative de commander une nouvelle expertise, jusqu’au moment où il lui a fallu s’affronter au « dire d’expert ». Certes, un confrère, envoyé par l’assureur, on l’a évoqué, a contesté à mots feutrés ce « dire ». Il a beau dire et contredire, sans parvenir au dédire de son collègue. C’est tout dire ! Ne reste plus à l‘assureur qu’à monter en première ligne. Ce qu’il se garde bien de faire en conseillant à l’assuré d’accepter ce déni du réel, caractéristique du délire.

      Précisément, la crise financière ouverte dès 2007, nous avait appris que les assurances (garanties des risques subprimes, CDS et autres couvertures imaginées dans le monde financier) se savaient elles-mêmes protégées en dernier recours par les États. Il s’en est suivi une mise à contribution des citoyens sous la forme communicante d’« austérité », pour eux. Les assurances, elles, se trouvent remboursées de leurs dommages financiers, laissant à ceux qui sont chargés des conséquences concrètes, préjudices matériels et immatériels, le soin d’en faire leur affaire.

      A l’autre bout, microéconomique, se trouve le gueux qui, lui, ne peut compter sur le dernier recours.  Son assurance l’assure de ses meilleurs sentiments voire même de ses sentiments mutualistes sans, pour autant, réparer les dommages subis.

      Croire que la solidarité dont usent et abusent les assurances témoigne d’une implication dans la vie réelle est une resucée d’un concept usagé, fraîchement repeint aux couleurs marketing. Penser que la probité est une exigence de notre temps est une naïveté.

      Que reste-t-il à penser ? Que nous glissons vers la sauvagerie la plus rustique dans un monde ultramodernisé où la prédation est encouragée par tous moyens aux fins de répondre à l’ébriété financière. Le vrai pouvoir est quand même bien celui de se maintenir envers et contre tout, contre toutes les infirmations du réel.

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