La bonne odeur des croissants chauds

Qu'est-ce qui nous rend susceptible d'aider un inconnu ? Une disposition naturelle à secourir un individu en détresse, qu'on appelle ça compassion, solidarité ou que sais-je d'autre encore ; l'intérêt ou encore la concupiscence, selon le contexte ? Ou, pourquoi pas, le simple bon sens ?

Qu'est-ce qui nous rend susceptible d'aider un inconnu ? Une disposition naturelle à secourir un individu en détresse, qu'on appelle ça compassion, solidarité ou que sais-je d'autre encore ; l'intérêt ou encore la concupiscence, selon le contexte ? Ou, pourquoi pas, le simple bon sens ?

Figurez-vous que des philosophes, expérimentalistes de leur état, ont eu la curiosité de trouver une réponse empirique à cette sorte de question. Et que croyez-vous qu'ils obtinrent, par exemple, en observant l'attitude d'un "cobaye" qui, alors qu'il vient de téléphoner depuis une cabine publique (oui, l'expérience date un peu...), voit un passant faire tomber un dossier dont le contenu s'éparpille aux quatre vents ? 

Le plus intéressant dans le résultat n'est pas tant de savoir si l'on se montre secourable ou non que de constater que la situation est plus déterminante que le caractère ou la personnalité du cobaye : une femme est-elle plus secourable qu'un homme, un riche qu'un pauvre, un égoïste qu'un altruiste, etc., rien de concluant n'est apparu dans les multiples expérimentations sinon une tendance à aider davantage les membres de sa propre communauté.

Alors que, quand on pimente un rien la préparation, par exemple encore selon que le "cobaye" a trouvé, ou pas, une simple pièce d'un dollar (oui, ça se passe en Amérique...) bien en évidence dans le monnayeur de la cabine, on obtient des résultats d'une étonnante clarté. Ceux qui trouvent la pièce aident le passant, à 87,5% !, tandis que seulement 4% de ceux qui ne la trouvent pas aident le passant. Ainsi, la bonne humeur nous rend - enfin, nous rendrait, si l'on en croit le philosophe - bons, sinon meilleurs. L'expérience est également concluante lorsqu'elle se déroule devant une boulangerie diffusant une bonne odeur de croissant chaud ou dans un coin désert d'un centre commercial.

Ces exemples de "questions de philosophie morale et expérimentale" sont issus de l'ouvrage de Ruwen Ogien intitulé L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, édité chez Grasset, et j'en recommande la lecture, en particuiler, aux censeurs, penseurs, décideurs, guerroyeurs de tout poil car, ne l'oublions pas, "On est bien peu de choses...".

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite délibérée et indépendante de ma volonté.

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