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Billet de blog 19 juillet 2021

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Lettre ouverte à Olivier Véran

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mon très cher Olivier,

Une semaine s'est maintenant écoulée depuis l'allocution de notre bien-aimé Emmanuel Ier, roi des Francs. M. le Roy, a tenu à s'adresser à nous autres ses sujets, afin de nous détailler les mesures qu'il serait contraint de prendre si d'aventure nous n'étions pas coopératifs afin de faire progresser la campagne de vaccination qu'il a lancée, dans le but de lutter contre la propagation de la COVID-19. Messire a fait appel à notre sens du civisme, c'est du moins comme ça qu'il l'a appelé.

Je ne vais pas revenir en détail sur ce qu'il a annoncé, je pense que personne, pas même toi mon cher Olivier n'a pu passer à côté. Je t'avoue que j'ai pour ma part été quelque peu décontenancé par les annonces qu'a faites notre souverain. Autant te dire mon très cher Olivier que j'ai passé une sale semaine. Parce que vois-tu, je fais partie de cette catégorie de la population, qu'on qualifie tantôt d'irresponsable, tantôt de complotiste, et donc dernièrement tu l'auras observé d'incivique. Je me dois de te révéler un très lourd secret. Je ne suis pas vacciné. Voilà c'est dit !

Vois-tu mon très cher Olivier, je suis passé depuis une semaine, par un panel d'émotions aussi diversifié que les retournements de veste de Manuel Valls. Autant te dire que ça ne va pas pour le mieux. J'ai d'abord été en colère, comment diable notre vénérable seigneur pouvait-il ainsi nous priver de nos libertés les plus élémentaires. J'ai ensuite été attristé à l'idée que j'allais très probablement devoir renoncer à bon nombres de mes activités de loisirs qu'elles soient sportives ou culturelles. Enfin, une fois le trop plein d'émotions évacué, est venu le temps de la réflexion. Tu vois mon très cher Olivier, j'ai ressenti le besoin de comprendre ce qui se passait. Comment - et ce malgré votre grande clairvoyance, et la bienveillance dont vous avez fait preuve vis-à-vis de nous depuis le début de la crise sanitaire – avez-vous pu en arriver à vous résoudre à créer deux catégories de Français ? Je me suis longtemps remis en question tu sais Olivier. Jusqu'à me demander si finalement ça n'était pas moi qui était dans l'erreur. Après tout pourquoi n'irais-je pas me faire vacciner ? C'est la seule solution pour retrouver une vie normale, ils l'ont dit à la télé.

Mais bon mon très cher Olivier j'ai un gros défaut, c'est ma femme qui me le dit, la tienne te dit peut-être pareil d'ailleurs, mais bon je dévie du sujet. Donc je disais, j'ai un gros défaut, c'est que je suis très têtu. Je suis donc allé chercher par moi-même ce qui avait bien pu vous conduire à prendre des décisions aussi radicales. Il se trouve qu'en cherchant un peu, je suis tombé sur une étude de l'institut Pasteur datée du 29 juin 2021 nommée : « Epidémiologie de SARS-Cov-2 dans une population partiellement vaccinée et implications pour le contrôle d'un rebond automnal ». Tu sais ce qu'ils disent dans cette étude Olivier ? Je te mets un tout petit extrait juste en dessous :

« Les mesures non-pharmaceutiques ont un impact similaire si elles sont appliquées à l’ensemble de la population ou aux personnes non-vaccinées uniquement. Le fait que les personnes vaccinées adhèrent à ces mesures présente peu de bénéfices supplémentaires. Cela suggère que, dans une population partiellement vaccinée, des mesures de contrôle qui ne seraient appliquées qu’aux personnes non-vaccinées pourraient maximiser le contrôle de l’épidémie tout en minimisant l’impact sociétal. Cela soulève néanmoins des questions sociales et éthiques importantes qui doivent être discutées. »

Je te dis ce que j'en comprends, mais n'hésite pas à me dire si je me trompe. Je comprends donc que les mesures dites « non-pharmaceutiques », celles que vous avez prises donc Manu et toi, ont strictement le même impact qu'elles soient appliquées à tout le monde ou aux seuls inciviques que nous sommes. Pourquoi donc faire le choix de diviser la population ?

Bon tu me diras qu'ils disent aussi que si les mesures de contrôle s'appliquent aux seuls non-vaccinés, cela permettrait de maximiser le contrôle de l'épidémie en minimisant l'impact sociétal, en ne faisant reposer cet impact sociétal que sur les irresponsables que nous sommes. En soit je dois bien t'avouer mon cher Olivier, que le raisonnement pourrait presque se tenir.

Cependant, il me semble que Manu et toi vous avez omis la dernière partie de l'argumentation de l'institut Pasteur. Tu sais Olivier, celle où ils parlent de « questions sociales et éthiques » importantes. Bon je sais que l'éthique c'est pas votre fort à Manu et toi, du coup forcément je comprends votre omission. Mais figure toi mon cher Olivier que d'autres avant toi se sont penchés sur le sujet.

Le Comité Consultatif National d'Ethique a par exemple publié un rapport le 18 décembre 2020, suite à une saisine qui venait tiens-toi bien Olivier de M. Olivier Véran lui-même. Tu sais ce qu'ils disent dans ce rapport que t'as demandé Olivier ? Bon je vais pas te mettre tout le rapport, je pense (j'espère), que tu l'as déjà lu. Je cite :

« Un cadre éthique, complexe à définir, mais fondamental à discuter. Cette réflexion, qui doit déboucher sur une stratégie vaccinale, doit respecter les principes qui fondent l’éthique médicale et les droits fondamentaux de toute personne (notamment : égalité, équité, respect des principes d’autonomie et de consentement, de bienveillance/non-nuisance, rapport entre bénéfice collectif et risque individuel, justice pour déterminer les conditions d’accès). Ces principes doivent s’appliquer en dépit du caractère exceptionnel de la pandémie, car il faut absolument écarter l’idée qu’une « éthique d’exception » pourrait guider la réflexion. Le respect de l’autonomie de la personne se décline notamment par le recueil de son consentement au moment de la vaccination, c’est-à-dire son adhésion délivrée à la suite d’un processus d’information qui lui permette de prendre une décision. Ce processus d’information et de recueil de la volonté de la personne pourra nécessiter des modalités adaptées.

En ce qu’elle porte atteinte à la liberté individuelle, l’obligation vaccinale interroge sur les circonstances qui pourraient la justifier. Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, elle ne peut se concevoir que comme un dernier recours, face à une situation de très grave danger créé par une pandémie non contrôlée, avec une offre de vaccins à l’efficacité et à l’innocuité parfaitement connues et éprouvées avec le recul nécessaire. »

Je ne vais pas revenir sur l'éthique médicale, on m'a dit que t'avais été médecin Olivier, j'imagine donc que ça doit être acquis pour toi. Ce qui est plus intéressant par contre c'est ce qui est dit juste après, tu sais sur le fait qu'une « éthique d'exception » ne peut pas exister. Relis-le bien Olivier, ce point là est très important. T'as vu par quoi ils finissent Olivier ? « Une offre de vaccins à l'efficacité et à l'innocuité parfaitement connues et éprouvées avec le recul nécessaire. » Je te laisse m'expliquer ce que tu en comprends, parce que je pense quand même qu'on a vraiment pas compris la même chose de ce passage.

Bon passons sur le CCNE, tu sais d'autres se sont aussi penchés sur le problème éthique que pose la vaccination obligatoire ou du moins contrainte. Le Conseil de l'Europe a publié une résolution en date du 27 janvier 2021 nommée « Vaccins contre la Covid-19 : considérations éthiques, juridiques et pratiques ». Je te laisse aller le consulter si ça t'intéresse. Je te partage juste un article qui a particulièrement retenu mon attention :

« 7.3 : L'Assemblée demande donc instamment aux États membres et à l'Union européenne, pour ce qui est de garantir un niveau élevé d'acceptation des vaccins :

7.3.1 : de s'assurer que les citoyens et les citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement ;

7.3.2 : de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner ; »

Tu vois Olivier, il y a déjà au moins deux instances qui te disent que ce que vous faîtes c'est n'importe quoi, et je pourrais continuer longtemps mais j'ai peur que tout le monde ne lise pas jusqu'au bout si je suis trop redondant. Pourquoi tu n'écoutes personne Olivier ? Tu as du mal quand les avis divergent du tien ? Je dois bien t'avouer que malgré ce que dis ma femme, dans le genre têtu tu me bats.

Bon j'imagine que tu vas me rétorquer ce que tu dis sur tous les plateaux télé, que la pandémie est très grave, que des sacrifices seront nécessaires, et qu'il est acceptable de sacrifier la partie déraisonnable de la population au profit de la partie responsable et civique.

J'aimerais pour ma part remettre un peu en perspective ce dont nous parlons. Comme nous avons vu précédemment l'obligation vaccinale ne peut-être éthiquement justifiée que par « une situation de très grave danger créé par une pandémie non contrôlée » (cf. CCNE plus haut). Il se trouve que depuis le début de l'épidémie en France (chiffres arrêtés au 7 juillet, source : Santé Publique France) nous comptabilisons 5 794 665 cas pour 111 262 décès, soit un taux de létalité de 1,92%. Ce taux ne tient bien évidemment pas compte du fait que bon nombre de cas n'ont probablement pas été détectés car asymptomatiques. Figure toi Olivier que Santé Publique France a tenu à évaluer le nombre de personnes séropositives au SARS-COV-2. Ainsi elle a publié fin 2020 une étude nommée : « études pour suivre la part de la population infectée par le SARS-COV-2 en France ». Tu sais ce qu'il disent dans cette étude ? Ils disent que fin 2020, on peut estimer à 8 832 000 le nombre de français qui ont été infectés par le virus. Puis tu sais pas quoi Olivier, vu qu'au 29 décembre 2020, toujours d'après Santé Publique France nous avions 64 078 décès (ce qui est déjà beaucoup trop je te l'accorde, probablement notre seul point d'accord d'ailleurs), cela ramènerait le taux de létalité à 0,73%.

Trois quarts de 1%, Olivier ! Alors ça correspond peut-être à ta définition de «très grave danger », et de « pandémie non contrôlée » Olivier, mais ça ne correspond pas à la mienne. Et tu sais quoi Olivier, vu qu'on est en démocratie, ton opinion vaut autant que la mienne, ni plus, ni moins.

Bon je vais m'arrêter là Olivier. Mais avant de te laisser, j'aurais quand même une petite question à t'adresser :

Ton Haut Commissaire au Plan, celui qu'on ne présente plus, le bien-nommé François Bayrou... Tiens ça en est où son procès pour complicité de détournement de fonds publics d'ailleurs ? Euh pardon c'était pas ça ma question. Donc François Bayrou a dit le 11 juillet, que tout soignant refusant la vaccination devrait être suspendu. Ainsi me vient la question suivante. Dans l'hypothèse où un nombre significatifs de soignants – disons 30% (complètement aléatoire, on peut dire 20 ou 40 si tu préfères) – refuserait la vaccination, quel est le plan pour gérer l'afflux très important de patients prévus à l'automne ?

J'espère que tu auras pris plaisir à me lire très cher Olivier, et que tu vas remettre en question certaines de tes manières de fonctionner (palres-en à Manu aussi stp, je sais bien qu'il n'y a pas que toi). Enfin bref, tout ça pour te dire que ça serait bien de remettre un peu de démocratie et d'éthique dans les prises de décisions. Comme disait un grand homme (en vrai je sais pas qui mais il paraît que ça fait bien de finir par une citation) : « Tout ce qui est fait pour nous, mais sans nous, est fait contre nous. »

Bon vent à toi très cher Olivier.

Jean-Luc NDASHIMYE

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