« Minos s’y tient, horriblement, et grogne :
il examine les fautes, à l’arrivée,
juge et bannit suivant les tours."
L'enfer - Dante -
Tableau des changes le 15 mars 2011 à Tokyo - Agencia EFE
Le dieu Marché ne connaît pas de pitié: exclusion même des meilleurs élèves!
Je ne crois pas qu'il y ait des individus parmi les populations adultes des pays occidentalisés qui puissent s'exonérer de participation active ou passive dans cette tragédie annoncée. Tragédie qui aurait pu ne pas s'annoncer ce jour de mars 2011 aux yeux du monde et planer encore longtemps comme un spectre au dessus de nos têtes; tragédie qui n'arrivera peut-être pas encore cette fois mais qu'un jour ou l'autre nous ou alors nos enfants regarderont en face. Puisse-je, qui ne connais rien à la physique nucléaire et si peu au reste, me tromper.
Mais il n'y a pas que nous qui soyons perturbés par cette situation, voyez l'esprit de rapacité des humains que nous sommes, cet autre spectre qui écume la planète et la met sens dessus dessous pour, le moment venu, tourner le dos même aux meilleurs de ses élèves. Le Marché, ce dieu tout puissant, ne connait pas la pitié, alors la solidarité...
Je me permets de copier/coller ici un texte que JJMU à mis dans un fil de billet. Texte que je ne connaissais pas et qui parle de "la marche lente des pauvres". C'est ce concept de lenteur de vie qui m'attire, pour la savourer ou la souffrir mais la sentir passer, la vie "On marchera lentement… Lentement… On mettra le monde entier à notre vitesse. À notre lente vitesse de pauvres"
que j'aimerais opposer à la marche folle des rapaces:
Utopie collective
Les « gueux » rentrent en scène. .
- Un jour, Jean Rigon, un émigré italien, un maçon, m’a raconté son histoire. Ça se passait en Italie, juste après la guerre de 14. Y’avait eu plein de morts à la guerre ? et pourtant y’avait du chômage !... Parce que les patrons, les propriétaires terriens, ils s’en foutaient, ils avaient des machines et, même s’ils produisaient moins, ils vendaient tout plus cher. Alors, les ouvriers agricoles sans travail se sont organisés. Ils ont pris les livres de compte d’avant la guerre et ils sont allés voir les propriétaires terriens. « Toi, avant la guerre, t’avais 50 ouvriers, aujourd’hui t’en as 23, tu vas en embaucher 17 de plus. Toi t’en avais 80 ? t’en prends 65. Toi 20 ? t’en prends 12… » Et, à la fin, tous les ouvriers agricoles étaient réembauchés. …
Silence de tous.
- Il faudrait qu’on fasse un grand mouvement des pauvres… – Et des précaires.
- On se réunirait dans les jardins publics, on ne demanderait pas de salles, pour ne dépendre de personne. …
- Dans chaque quartier, on se monterait en comité de lutte contre les expulsions et contre les coupures de courant. …
- On se donnerait des formations pour comprendre comment fonctionne le monde, ce qu’on a besoin de savoir pour être forts. …
- On ferait un réseau pour se tenir tous au courant de ce qui se passe, de toutes nos luttes. …
- Faudrait faire un journal. …
- On s’invitera à manger partout où ils font leurs cocktails. …
- Et dans tous leurs colloques où ils parlent de nous à notre place. …
- On sera partout. Ils ne pourront plus nous oublier, nous dénier. On sera là, tout le temps, on sera là, bien visibles, fiers et sans honte. On dira tous leurs mensonges, bien droit dans les yeux. La honte, elle sera pour eux. …
- On n’ira plus voir les services sociaux, Notre silence ne sera plus à vendre. Nous chanterons notre colère. …
- Et puis, un jour, un premier mai par exemple, on commencera à marcher, d’abord sur les trottoirs des petites rues, et puis on quittera les trottoirs et on descendra sur le pavé, sur le bitume réservé aux voitures des nantis. …
- Les groupes des petites rues se réuniront aux carrefours et là, on marchera sur les avenues.…
- Et on fera un détour par les beaux quartiers. Là, on visitera. On visitera leurs maisons, leurs jardins, leurs magasins... On regardera comment ils vivent, comme on regarde les animaux au zoo. …
- On leur prendra rien, et c’est ça qui leur fera peur. …
- Puis on arrivera sur les périphériques. Et alors, tranquillement, sans se presser, on marchera…
- On marchera lentement… Lentement… On mettra le monde entier à notre vitesse. À notre lente vitesse de pauvres.
(Fabienne Brugel, Jean-Paul Ramat : LA FORCE DES GUEUX, théâtre forum, par la compagnie NAJE - Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir - chez ABCéditions, Collection Les voies du dire, janvier 2011, ISBN 978-2-919539-02-4. Prix public : 10 € TTC)