Et ça saignera encore…

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Suite et fin du billet du 10 avril sur le même film...

 

J’assistais jeudi soir à la New York University à Paris au séminaire dirigé par Marc Cerisuelo « Pourquoi pas l’adaptation ? ». L’invité Jean Loup Bourget, professeur d’études cinématographiques américaines à l’Ecole normale supérieure, nous parlerait d’une adaptation récente… « There will be blood », tiré du roman Oil ! de Upton Sinclair par Paul Thomas Anderson. Bien que l’intervenant ne prit pas de ferme position contre le film, naturellement il avait lu le livre dont il était tiré, et son analyse des deux œuvres mises en rapport, accentua mon regard sur le film. Elle me donna même envie de lire le roman. En réalité c’était encore pire que ce que je m’étais imaginé : P.T. Anderson avait eu « l’occasion » de faire un bon film. Le livre était un roman politique de 1927. Sans doute pas « Les raisins de la colère » mais un roman honnête et engagé. Il comptait plus de cinq cents pages dont Anderson n’usait que des cent premières. Soit, me direz-vous, c’est le propre de l’adaptation que de soustraire, comprimer, étoffer, modifier, bref ré-interpréter. Ce qui désole en revanche c’est le manque de finesse. Chaque épisode tiré par les cheveux, plus souvent par le ton que par le fond j’en conviens, serait en réalité un rajout du cinéaste. Prenons un élément dramatique fort : le fils qui devient sourd. Cet épisode absolument inefficace et sans lien de causalité avec les autres éléments du film n’appartient qu’à l’imaginaire de P.T. Anderson. Autre chose : dans le livre, Daniel Plainview a un antagoniste, un capitaliste pur et dur, bien plus que lui… Dans le film, il semblerait que Anderson compacte les deux personnages du roman. Ce qui rend le personnage plat et sans nuance. Non sans psychologie mais doté d’une psychologie pauvre et lisse. Enfin, dans le roman, il a une femme. Peut-être l’équilibre-t-elle un peu. Dans le roman, il n’y a pas de faux demi-frère biblique. Merci la symbolique. Mais il y a à la fin du roman également une mare de sang. En même temps il nous avait prévenu…

 

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