Chère Aurélie | LETTRE À MON EX

Chère Aurélie,je t'écoutais ce matin sur France Inter et j’ai été très surpris (ou plutôt agacé, hein!) par ta mémoire sélective. Depuis que tu l’as quitté tu dis que tu n'es pas d'accord avec les choix économiques et sociaux de ce gouvernement. Dont acte.Mais, à mon humble avis, ils ne sont pas aujourd’hui très différents de ce qui a été mis en œuvre depuis 2012. Tu t’en es rendu compte un peu tard, mais passons.

Chère Aurélie,

je t'écoutais ce matin sur France Inter et j’ai été très surpris (ou plutôt agacé, hein!) par ta mémoire sélective. Depuis que tu l’as quitté tu dis que tu n'es pas d'accord avec les choix économiques et sociaux de ce gouvernement. Dont acte.Mais, à mon humble avis, ils ne sont pas aujourd’hui très différents de ce qui a été mis en œuvre depuis 2012. Tu t’en es rendu compte un peu tard, mais passons.

Non, ce qui a du mal à passer ce matin, c’est la manière que tu as de t’attribuer le seul mérite d’avoir pu obtenir la modification et la neutralisation du différé d’indemnisation d’une part et de la sanctuarisation des crédits alloués à la création dans le spectacle vivant.

Excuse-moi, chère Aurélie, mais il m’avait semblé que c’est suite à un mouvement social, conduit par des artistes, des techniciens, des chômeurs et des précaires, un mouvement porté conjointement par des syndicats d’employés, un syndicat d’employeur et des différentes coordinations d’intermittents et de précaires.

Il m’avait semblé que c’est bien suite aux manifestations, aux occupations, aux actions, aux prises de paroles, au travail d’analyse, de décryptage et de propositions construit depuis plus de dix ans, ainsi qu’à la courageuse décision de très nombreuses équipes de faire grève durant le mois de juin, que le mouvement social avait réussi à bousculer assez les certitudes pour faire, un peu, bouger les choses.

Il m’avait semblé que c’est bien ce mouvement qui t’avait, chère Aurélie, obligé à bouger. Il m’avait semblé également que c’est bien sous la pression de ce mouvement social et la peur provoquée par le spectre de l’annulation de certains festivals, que le gouvernement avait « obtenu » des syndicats signataires qu’ils acceptent la compensation du différé et, sentant que cette seule mesure ne serait pas à la hauteur de notre colère accumulée et de notre détermination, avait mis en place une « concertation », ainsi que nous avait assuré d’une sanctuarisation des crédits.

Alors, chère Aurélie, désormais que tu te places dans l’opposition « socialiste » à ce gouvernement, désormais que tu ne votes pas le budget, que tu envisages une alternative à la politique que tu as menée pendant plus de deux ans, peut-être serait-il temps de considérer le mouvement social pour ce qu’il est : une des expressions les plus fortes et les plus légitimes d’un combat qui est, nécessairement, politique.

Ne te substitue pas, chère Aurélie, à l’expression collective, ne l’humilie pas avec tant de légèreté. C’est aussi de ça que la gauche dite « de gouvernement » crève, dans un aveuglement terrible pour ce qui devrait la constituer au premier chef.

Joachim Salinger,
Comédien, metteur en scène, militant approximativement actif ces derniers mois.

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