Il n'y a qu'un état d'urgence : sauver la planète !

C'était le sommet de la dernière chance pour voir un accord décisif sur le climat et les émissions de gaz à effet de serres, pour sauver l'humanité. Il est urgent de désobéir.

img-0505 © Joseph Boussion img-0505 © Joseph Boussion
Vous vous dites peut-être qu'il y a bien d'autres chats à fouetter dans cette période trouble. Attentats, front national, crise économique... Et pourtant, nous n'avons jamais été aussi proche d'une sortie de route démocratique et écologique irrémédiable.

Ce sommet international devait aboutir à un accord permettant de stabiliser le climat. Tout indique aujourd'hui qu'il n'en sera rien.

Les engagements actés de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ne garantissent pas le maintien du réchauffement climatique au-dessous du seuil de +2°C à l'horizon 2100, seuil sur lequel s'étaient engagés les États émetteurs. Au contraire, ils nous mènent vers un réchauffement de plus de 3°C, nous faisant franchir les limites incontrôlables d'emballement du climat et de déplacements massifs des populations.

Les chefs d'Etats sont en dessous de leurs responsabilités historiques, alors qu'il ne nous reste que quelques années pour agir.

Au lieu de permettre aux citoyen-ne-s de s'emparer de leur avenir, de s'appuyer sur notre créativité et notre intelligence collective, le gouvernement entame une sortie de route historique en installant l'état sécuritaire. C'est un renoncement inédit à notre pacte républicain, à notre contrat social.

Les élites sont effrayées par celles et ceux qui demandent de profondes mutations, celles qui ébranlent les murs fragiles d'une forteresse imaginaire dont ils ne maintiennent l'existence que par la peur et l'oppression. 

Les nombreuses perquisitions iniques, les dérapages qui se multiplient, sous couvert d'état d'urgence, démontrent la pitoyable stratégie politicienne qui voudrait "cacher la poussière sous le tapis" en réprimant aujourd'hui ceux qui disent haut et fort, comme ils le disaient déjà hier, "vous êtes des incapables, laissez-nous faire, car nous mettons chaque jour en oeuvre des solutions".

L’état d’urgence aurait été instauré et prolongé pour donner à la police une efficacité qu’elle n’aurait pas en temps normal. C'est faux ! L'arsenal sécuritaire, renforcé d'années en années par celles et ceux qui se succèdent au pouvoir, permet déjà tout cela. Plus que de nouvelles lois, c'est de moyens dont la justice a besoin pour lutter efficacement contre le terrorisme. Démanteler les réseaux internationaux, assécher les financements, stopper le bombardement des populations qui n'ont plus d'autres solutions que de fuir leurs pays pour survivre, voilà ce qu'il faut faire !

L'état d'urgence n'a qu'un objet : imposer l'obéissance civile. Soumettre la population par la peur, la guerre, la bêtise et la cruauté. Nous sommes sommés d'obéir quand les prisons sont pleines de petits délinquants alors que les grands truands gèrent le pays.

En quoi l'interdiction des manifestations écologistes, ou celles en faveur des migrants sert-elle la lutte contre le terrorisme ? Alors qu’on autorise les grandes manifestations commerciales qui génèrent tout autant, voire bien plus de monde dans les rues -hélas-.

Comment penser ensemble les problèmes du monde quand l'Etat ne garantit plus la liberté de nous réunir, l'égalité de chacun dans la société et la fraternité entre tous?

 Les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés ne se dissoudront pas dans les petites combines politiciennes d'une cinquième République, vermoulue, inefficace, et corrompue.

Il nous faut retrouver l'esprit de résistance de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Résister à l’autorité qui nous prive de notre liberté, de notre droit à la quête du bonheur. Il nous faut démontrer à ceux qui pensent qu’il n’y a plus rien à attendre qu’il existe une alternative faite de courage et d'espérance. Ensemble, nous sommes l’antidote à la résignation de tous ceux qui disent : « on ne peut pas faire autrement ! ». 

Parce qu'il est possible de changer nos vies, de partager les richesses et le travail, de respecter notre environnement, le seul écosystème qui nous permette de vivre, d'être  solidaires entre les peuples, d'être tolérants envers les différences.

Il n'y a qu'un seul état d'urgence : sauver la planète avant qu'il ne soit trop tard ! 

Il est urgent de désobéir, urgent qu'une mobilisation citoyenne d'ampleur occupe l'espace public sans haine, sans violence pour déclarer l'état d'urgence climatique et démocratique ! 

 

Isabelle Attard, députée du Calvados

 Joseph Boussion, co-animateur de la Vague Citoyenne

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