Ci-gît la Ve

Nous assistons, tels des spectateurs atones, au craquellement quotidien de nos institutions. Jour après jour, les chaînes d’information nous déversent en continu leur flot de « scandales d’Etat » : affaire Karachi, conflits d’intérêts dans la construction du barrage de Sivens et mort d’un jeune opposant, retour politique d’un ancien Président dont on ne devait plus entendre parler (…) ou encore, dernièrement, l’affaire Jouyet – Fillon, incroyable vaudeville.

Nous vivons un basculement historique et ce qui naît sous nos yeux n’a pas encore de nom, mais nous pouvons déjà en percevoir les contours.

Je me garderai ici de toute description qui serait obligatoirement ramenée au rang de bavardage.

Si elle correspondait au rapport de forces de la période où elle fût instituée, la Ve est aujourd’hui à bout de souffle. Les vainqueurs de ce rapport, le Président de la République et ses élus, sont désormais remis en question par les perdants de l’époque, le pouvoir législatif et les citoyens. Ils s’accrochent à leur légitimité démocratique issue du suffrage universel qui s’érode au fil de la verticalité des décisions politiques, au fil des projets inutiles…

Les citoyens ne supportent plus leur non-implication dans l’espace public à l’heure des nouveaux médias qui accélèrent les échanges, les enrichissent, horizontalisent la prise de décision par le travail collaboratif.

Leurs représentants ne sont plus que l’image d’eux-mêmes, de bons vieux mâles blanc bourgeois candidats à leur propre succession ad vitam aeternam.

Face aux discours de « la crise », outil politique essentiel pour maintenir les populations dans la peur du chaos ; protester, manifester et pétitionner ne font qu’admettre implicitement que des arrangements sont possibles.

Plus que d’arrangements, nous devons donner une bonne fois pour toute congé à cette Ve. Tant que le seul but des partis existants sera de gagner les prochaines élections, nous ne sortirons pas du marasme actuel.

Cet informe naissant pourrait aussi bien engendrer des monstres si notre apathie politique se transformait en une léthargie citoyenne de masse.

Tirons un trait sur la Présidence de la République et donc sur 2017, car là n’est plus l’enjeu.

Nous devons inverser le rapport de forces pour faire émerger une démocratie nouvelle en nous rencontrant, en discutant, en amendant et formant le meilleur.

Engageons-nous pour celles et ceux qui exhortent le nouveau plutôt que l’ancien. « En 1789, nous n’étions pas dix républicains » disait quelques années plus tard Camille Desmoulins. En 2014, nous sommes une poignée à vouloir reprendre la main, mais, ensemble, nous la reprendrons. 

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