Face à la peur nous choisissons l'espoir !

 

Lettre ouverte au Président de la République

 

Monsieur le Président,

En visant les lieux de vie, les lieux festifs, les lieux de culture à Paris, les terroristes ont ciblé notre mode de vie. En instaurant l'état d'urgence, Monsieur le Président de la République, vous nous muselez, vous muselez nos mouvements citoyens, notre engagement pour la démocratie, la solidarité, la transition.

En France, plus que partout ailleurs, étudiants de Mai 68, émeutiers de 2005 ou révoltés du CPE, nos générations se sont construites avec les révoltes et les manifestations. Et pour la première fois, aujourd'hui, on a le sentiment qu'une génération naît et meurt la même année. Notre engagement se fait hors du cadre institutionnel parce que ce cadre n'est pas le nôtre, ne nous laisse aucune place, ne nous offre aucun avenir. 

Pourtant nous sommes là chaque soir dans les rues, recueillis dans les chants, enlacés malgré l'état de psychose instauré. Nous sommes là comme nous avons toujours été là dans les grands moments de l'Histoire, conscients de notre place, de notre force, ivres d'espoir. Nous ne sommes pas repliés sur nous mêmes, désintéressés des affaires de la cité. Nous mettons nos vies en adéquation avec nos rêves dans notre quotidien et dans nos engagements collectifs.

 

Monsieur le Président, où est votre priorité ? 

Vous avez promis à la jeunesse une vie meilleure. Nous avons des emplois précaires, le chômage et aujourd'hui la guerre. L'état d'urgence, c'est la remise en cause du fondement même de notre modèle social, de notre faire ensemble. On vous crie plus de démocratie, plus d’ouverture, plus de participation, vous nous répondez en le prolongeant 3 mois !

Antonio Gramsci disait "l'ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, dans ce clair-obscur surgissent les monstres". Les monstres rodent et ils sont de plus en plus présents. Une caste politique, économique, financière et médiatique conduit notre pays vers le désastre. La crise est un chemin de crête, elle nous plongera dans l'ombre ou la lumière.

Nous ne pouvons pas répondre au terrorisme par la terreur. 

C'est votre impuissance à construire une société meilleure pour la jeunesse que nous dénonçons. Vous la contraignez à vivre dans la peur de son futur en misant sur la guerre et sur une politique sécuritaire. 

Nous regrettons de voir votre gouvernement persister avec acharnement, à répéter les mêmes recettes à bout de souffle depuis 40 ans. Nous avons cru en vous, nous avons entendu le chant des sirènes de votre discours du Bourget. Aujourd'hui nous sommes en droit de constater que ni vous ni vos prédécesseurs sont en capacité de créer un imaginaire collectif partagé. 

Monsieur le Président, nous ne vous laisserons pas amender un terreau déjà si fertile d’une jeunesse en déshérence, en quête de sens à coup de stratégies politiciennes. Notre présent devrait être celui de l'insouciance et de la confiance. Confiance dans l'autre, dans l’emploi, dans notre gouvernance, notre modèle social, dans votre promesse de nous laisser la place.

C’est le temps de l’audace. Le moment pour nous de construire une issue politique nouvelle et de nous donner les moyens de poursuivre notre vie, car notre avenir c’est maintenant !

 

Joseph Boussion.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.