Pour comprendre le présent, il faut connaître le passé. Ou: du GATT à l'OMC = même combat !

Revenir aux sources du néolibéralisme pour mieux le combattre.

Pour comprendre la genèse des différentes réformes, qu'elles soient de notre sécurité sociale, ou de nos régimes de retraites par répartition, il nous paraît plus qu'utile et nécessaire de revenir aux sources du néolibéralisme parce que cette crise est aussi la sienne mais également parce que certains, et dans tous les camps, prennent un malin plaisir à tout mélanger ! Ce n’est pas innocent ! Il s’agit, en effet, en employant un mot pour un autre, apparemment proche, de masquer des divergences, de ratisser large, bref : de faire de l’électoralisme. Le summum, ce fut le NON « de gauche » de 2005 ! Au vrai, le NON de gauche représentait 35 % des électeurs qui avaient voté ! Et ça continue ! De Méluche en PCF et ailleurs ! On nous ressert de « l’antilibéral » !

LE NÉOLIBÉRALISME :

Peut-on dater sa naissance ? Oui ! En tout cas sa naissance officielle : c’était le 17 avril 1947 !Ce jour-là, la Société du Mont Pèlerin (SMP) se réunit en Suisse : dans un village surmontant Vevey.Lors d’une conférence organisée par Friedrich Hayek [1] au Mont Pèlerin. Elle est en partie financée par le haut patronat suisse.

Cette petite animation de « La route de la servitude » de Friedrich Hayek montre comment, au sortir de la guerre, il utilise le fascisme (déjà vaincu car ce livre est paru en 1944) et la planification bureaucratique pour vendre sa soupe néolibérale:

http://www.youtube.com/watch?v=nGARu7VVvqs

Trente-six personnalités participent à la conférence du Mont Pèlerin du 1er au 10 avril 1947 : Maurice Allais [2], Carlo Antoni, Hans Barth, Karl Brandt, Herbert Cornuelle, John Davenport, Stanley Dennison, Aaron Director, Walter Eucken [3], Erick Eyck, Milton Friedman [4], Harry Gideonse, Frank Graham, Friedrich Hayek, Henry Hazlitt [5], Floyd Harper, Trygve Hoff, Albert Hunold, Carl Iversen, John Jewkes [6], Bertrand de Jouvenel [7], Frank Knight [8], Fritz Machlup [9], Salvador de Madariaga [10], Henri de Lovinfosse, Loren Miller, Ludwig von Mises [11], Félix Morley, Michael Polanyi [12], Karl Popper, William Rappard [13], Leonard Read [14], George Révay, Lionel Robbins, Wilhelm Röpke [15], George Stigler [16], Herbert Tingsten, François Trevoux, Orval Watts, Cicely Wedgwood.

Figurent aussi à cette première réunion de la secte deux journaux :

- "Fortune" ! Normal !

- "Sélection du Reader’s digest" (SRD) ! Plus étonnant ??? Pas du tout ! Ce canard sera le relais de la propagande américaine durant des années. De plus, le saucissonnage de livres par SRD, n’est pas la torture initiale qu’il faut faire subir à une œuvre pour la rendre immédiatement ingérable, consommable !

Après cette première rencontre, les membres de la Société du Mont Pèlerin ont continué à se rencontrer, généralement en septembre de chaque année. La Société ne divulgue pas le nom de ses membres mais ceux-ci peuvent le faire. Pour devenir membre, il faut être invité par un adhérent puis être approuvé par le comité d’organisation. La Société va devenir une sorte d’Opus Dei économique et un lobby surpuissant : Huit adhérents passés et présents, dont Friedrich Hayek, Maurice Allais, Milton Friedman, George Stigler, James M. Buchanan, Gary Becker et Ronald Coase, ont reçu le Prix Nobel d’économie.

LE « SUCCÈS » !

Les thèses néolibérales inspireront les droites de partout ! En Allemagne, en Angleterre sous Thatcher, aux USA sous Reagan et Bush père et fils. Les néolibéraux au pouvoir en useront et en abuseront !

De nombreux membres ont créé des think tanks importants. Ainsi Edwin J. Feulner est cofondateur de la Heritage Foundation [17], dont la Société du Mont Pèlerin reçoit d’ailleurs le soutien financier pour organiser sa réunion annuelle. Pascal Salin, ancien président la Société estime que plus de 100 instituts libéraux ont été créés par des membres de la société. Pour Keith Dixon, elle « constitue en quelque sorte la maison mère des think tanks néolibéraux » ! Ha ! Ils sont jolis ces fanatiques de la « liberté » à tout crin et qui s’organisent en autocontrôle et en pompe à fric !!

Plus près de nous, ces thèses ont inspiré Aznar en Espagne avec l’Opus Dei en plus ; Berlusconi en Italie ; Sarkozy en France. En Tchéquie, Vaclav Klaus est membre de la SMP ! Tous les gouvernements réactionnaires du monde s’inspirent de que ce qu’ils ont essayé de faire : une pensée unique !! Bravo la liberté !!

L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce):

Elle fut, avec l’AGCS, avec les bras armés de type OCDE, le summum de la réussite néolibérale. Voici une série de citations sur l’OMC. Elles viennent toutes de la mouvance de l’ONU :

« L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), auquel a succédé l’OMC, était provisoire et ne s’appliquait qu’aux marchandises, l’accent étant pour l’essentiel placé durant la majeure partie de son existence sur les mesures aux frontières. Parmi les nouvelles questions prises en considération suite à la conclusion des négociations du Cycle d’Uruguay en 1994 figurent les services, les droits de propriété intellectuelle, les marchés publics, et les mesures concernant les investissements. L’incorporation de toutes ces questions dans le champ du régime commercial international contraignant a conféré à l’OMC un pouvoir énorme tout en soulevant plusieurs questions nouvelles touchant aux relations entre l’Organisation et les différents États, les grandes questions relatives aux droits de l’homme, et le clivage géopolitique Nord-Sud. »

Là, c’est la définition du pouvoir ; et après… ? Après, ça se corse….

« La vérité est en fait bien plus crue. Les hypothèses sur lesquelles reposent les règles de l’OMC sont en effet profondément iniques et même partiales. Ces règles sont en outre le reflet d’un ordre du jour qui ne sert qu’à promouvoir les intérêts de groupes corporatistes dominants qui monopolisent déjà la scène du commerce international. Ces règles supposent que tous les pays engagés dans le commerce disposent d’un pouvoir de négociation égal. Elles ont en outre été conçues en négligeant le fait que la majeure partie du commerce mondial est contrôlée par de puissantes entreprises transnationales.Dans un tel contexte, la notion de libre-échange sous-jacente à ces règles est une imposture. »

Vlan ! Ça décoiffe n'est-ce pas ? Mais, ce n’est pas tout ! C’est qu’ils en remettent une couche ces bougres d’onusiens ! On comprend pourquoi l’envoyé spécial de Dieu sur terre veut un tantinet leur peau (majoritairement bronzée au demeurant).

« À l’instar des autres institutions internationales s’occupant d’économie internationale, l’OMC pèche par certains problèmes touchant à son mode de fonctionnement aussi bien qu’au fond. À première vue, l’OMC peut passer pour une institution démocratique étant donné qu’elle applique le principe un membre /un vote, que ses décisions reposent ostensiblement sur le consensus, et que la conjonction de ces éléments est censée se traduire par des résultats plus équitables. Cette égalité de façade masque de profondes inégalités touchant aussi bien à l’apparence qu’à la réalité du pouvoir au sein de cette institution. »

Voilà le constat et ce dernier suppose, pour le moins, des recommandations. En voici quelques-unes, toujours de source ONU :

« L’OMC doit au minimum réformer ses procédures afin d’assurer une plus large participation à ses mécanismes de délibération et de permettre aux opinions divergentes (celles de la société civile en particulier) de se faire entendre. Plus fondamentalement toutefois, il lui faut réexaminer son approche de la question de fond pour laquelle elle est compétente, à savoir le libre-échange. »

Rien de moins ; mais ce n’est pas fini !

« Comme dans le cas de l’OCDE pour l’AMI, l’OMC doit foncièrement repenser ses mécanismes de fonctionnement, le rôle et la place aussi bien des pays en développement participants que des acteurs non étatiques, tels que les ONG, ainsi que ses relations avec l’ensemble du système des Nations Unies. En d’autres termes, ce qui s’impose n’est rien de moins qu’un réexamen radical de l’ensemble du système de libéralisation du commerce et une réflexion critique sur la mesure dans laquelle elle est véritablement équitable et porteuse d’avantages mutuels pour les pays riches et les pays pauvres. L’OMC doit tenir compte des nombreuses suggestions avancées tendant à améliorer l’accès à cette organisation et à en accroître la transparence, non seulement aux fins d’y renforcer la démocratie interne mais aussi dans le souci d’instaurer un système commercial international plus équitable et véritablement avantageux. »

NDLR: Vache ! Si nous avions écrit ça, cela nous ferait traiter de terroristes par dobbeulyou bouche, grand définisseur de l’Axe du Mal !

En clair, ce qui ressort de ces évaluations de l’O.N.U, c’est que l’O.M.C est l’organe de la mondialisation, qu’elle dispose d’un pouvoir énorme, qu’elle est tout sauf démocratique, qu’il faut « au minimum » la réformer, qu’il est rien moins que légitime de s’interroger sur le caractère équitable et avantageux de la mondialisation néolibérale.

C’est pourtant à ce système que l’Europe, notre Europe, collabore allègrement, y compris sa composante dite « socialiste » qui n’est que sociale libérale ; elle y est figure même en très bonne place et ce, d’autant qu’elle ne s’y entend pas si mal avec le négociateur américain.

Est-ce bien cette Europe là que tu souhaites, citoyen européen ?

ET LES FEMMES ?

Si, en plus, tu es citoyenne, voici des arguments complémentaires, toujours sous la plume de l’O.N.U. :

« Les femmes sont entrées en force sur le marché du travail dans les pays s’étant dotés d’une politique économique libérale. Selon une étude de l’ONU « il est à présent un fait largement admis que l’industrialisation dans le cadre dela mondialisation a pour moteur autant l’exportation que la main-d’œuvre féminine. Le taux d’activité global des femmes du groupe d’âge 20-54 ans approchait les 70 % en 1996. Le principal pourvoyeur d’emplois féminins est le secteur industriel à vocation exportatrice. C’est particulièrement le cas dans les zones franches industrielles et les zones économiques spéciales ainsi que dans les industries à forte intensité de main-d’œuvre transférées dans les pays en développement à la recherche d’une force de travail bon marché. Les investisseurs affichent une préférence pour la main-d’œuvre féminine dans des industries « légères » telles que la confection, la fabrication de chaussures et de jouets, le traitement des données et l’assemblage de semi-conducteurs, branches d’activité qui font appel à une main-d’œuvre non qualifiée ou semi qualifiée. Ces industries de main-d’œuvre ont de plus en commun d’être axées sur les services et de mal rémunérer leurs employés. La Women’s Environment and Development Organization (WEDO) constate ainsi que c’est sur les femmes que le joug de la mondialisation pèse le plus lourdement. »

Dites donc, les copines, quand on pense que Mao soi-même disait que nous portions « la moitié du ciel », on a la détestable impression qu’il a mesuré ça à la louche…et pas à notre avantage !

Et, pour être plus clairs encore :

« La libéralisation de l’économie a en outre induit une expansion phénoménale du secteur informel et une progression des effectifs féminins employés dans ledit secteur….Les raisons expliquant cette vision idyllique des femmes en tant que main-d’œuvre docile ne sont guère difficiles à cerner. Dans de nombreux pays, il est pratiquement impossible aux travailleurs des zones franches industrielles de se syndiquer ou d’engager des négociations collectives. Dans le cadre de la course à la « sous-enchère » visant à attirer les investissements étrangers directs, certains pays ont accepté que les dispositions du droit du travail tendant à protéger la main-d’œuvre nationale ne s’appliquent pas dans les zones franches industrielles ou bien qu’elles y soient assouplies. Un tel comportement constitue à l’évidence une violation flagrante des normes de l’Organisation internationale du Travail (OIT) consacrées par la Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail (1998). »

Voilà ! Pas besoin d’en faire des tonnes ! Si vous n’avez pas compris après ça …vous êtes mûrs pour demander votre adhésion à la Société du Mont Pèlerin !!

Ces fumistes, qui nous ont conduit là où nous sommes, qui sont à l’origine de la bulle spéculative de 2008, qui génèrent la deuxième crise économique, qui veulent nous faire payer leurs errements dans nos emplois, notre Sécurité Sociale, nos retraites par répartition, nos services publics,

CES FUMISTES n’abdiquent pas !

Ils mènent une GUERRE DES CLASSES, à leur manière, avec excès et sans pitié !

Ne nous laissons pas abuser par leurs discours lénifiants sur la liberté, la tolérance, les droits de l'homme, etc.! Avec les néolibéraux, on ne peut pas discuter, on ne peut pas débattre !

On ne peut que les écraser, dans les urnes, partout où c'est (encore) possible!

[1] Friedrich Hayek : philosophe et économiste de l’École autrichienne, promoteur du libéralisme, opposé au socialisme et à l’étatisme.[2] Maurice Allais : économiste français proche de l’école néoclassique. Il est connu pour ses contributions à la théorie des marchés efficients dans l’utilisation des ressources pour lesquels il a reçu le prix Nobel d’économie en 1988.

[3] Économiste allemand, père de l’ordolibéralisme et l’un des principaux inspirateurs de l’économie sociale de marché.

[4] Économiste américain : ardent défenseur du libéralisme. Il a travaillé sur des domaines de recherche théorique et appliquée. Il est à l’origine du courant monétariste ainsi que le fondateur de l’École monétariste de Chicago. Prix Nobel d’économie en 1976

[5] Philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain.[6] Économiste britannique. Proche de l’ordolibéralisme, il a écrit la préface d’un ouvrage de Walter Eucken. Il a présidé la Société du Mont Pèlerin de 1962 à 1964

[7] Écrivain et journaliste français, juriste, politologue et économiste. Penseur libéral, il est avec Gaston Berger, l’un des pionniers et théoriciens de la prospective en France. Il fonde la revue Futuribles, consacrée à la réflexion sur les futurs possibles. Il fut également un pionnier de l’écologie politique. Comme journaliste, il collabore (sic) à l’hebdomadaire Gringoire pour lequel il couvre en 1935 le Congrès du Parti nazi qui adopte les Lois de Nuremberg. Il fréquente les milieux royalistes et nationalistes et des intellectuels comme Henri De Man ou Pierre Drieu la Rochelle.

[8] Économiste : un des fondateurs de le la première École de Chicago. [9] Économiste autrichien. Fritz Machlup fut directeur du département (section) de finance internationale à l’université de Princeton de 1960 à 1971[10] Ingénieur, journaliste, diplomate, écrivain, homme d’État espagnol et pacifiste. Ministre de la République espagnole, il s’exile lorsque Franco prend le pouvoir et ne rentrera qu’après sa mort.[11] Économiste autrichien puis américain qui a eu une influence importante sur le mouvement libéral et libertarien moderne. Défend le capitalisme et le libéralisme classique, Il fut le maître de Friedrich Hayek. [12] Polymathe (qui a une connaissance variée et approfondie de différents de sujets)et épistémologue hongrois qui s’est intéressé à la chimie, la philosophie et à l’économie. [13] Professeur, recteur, diplomate suisse. Comme par hasard, l’OMC a son siège au Centre William Rappard !!!!

[14] professeur d’université anglais au département d’économie de la London School of Economics (L.S.E) de 1929 à 1961. En 1961 il devient directeur au Financial Times.

[15] Wilhelm Röpke est le fondateur de l’ordo libéralisme, avec Walter Eucken il est à l’origine de l’économie sociale de marché mise en œuvre par Ludwig Erhard, père du « miracle allemand ». Il succède à Friedrich von Hayek à la présidence de la Société du Mont Pèlerin(1961-1962) avant de donner le relais à John Jewkes.

[16] Économiste américain. Il reçut le prix Nobel d’économie en 1982. [17] La Fondation Heritage est un des plus importants think tank conservateur américain. Fondé en 1973, par le milliardaire Joseph Coors, il est basé à Washington. Il reçoit un important support financier du magnat de la presse Richard Mellon Scaife. Dans les années 1980 la fondation fut un des architectes et des soutiens les plus importants de la doctrine Reagan qui préconisait le support des mouvements anticommunistes en Afghanistan, en Angola, au Cambodge ou au Nicaragua. En partenariat avec le Wall Street Journal, la Fondation Heritage publie annuellement l’Index of Economic Freedom qui mesure la liberté d’un pays à l’aune du respect du droit de propriété et du niveau (le plus faible possible bien sûr) de régulation étatique.

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