L’affichage de l’affiche Mélenchon dans les rues de Paris et sa Banlieue soulève quelques interrogations. On rencontre à la pratique un ensemble de stratégies entravant l’affichage dit sauvage : aucun panneau de libre affichage à Paris (mairie "socialiste"), quelques-uns en banlieue, des murs passés régulièrement au jet haute pression et au badigeon, des claustras muraux pour jardins inexistants, des retours de vitrines au delà du magasin, des peintures à aspérités de surface : beaucoup est fait, il faut dire, pour dissuader l’image libre et conserver à l’espace urbain un cachet exclusivement touristique, muséal, commercial, ...bienséant. La vie sociale, la vie citoyenne ou culturelle dans tout cela doit s’effectuer avec autorisation et sous contrôle, dans des espaces (petits) dédiés (lesquels ?), avec des commissions, des subventions, des organigrammes impénétrables. À l’inverse, entendre le moteur des doubles panneaux publicitaires à caisson, véritable concentré de technologie, répartis par milliers sur le territoire de l’ile de France, changer à chaque instant les 3x4m du devant de la scène pour optimiser l’impact des messages publicitaires parfois des plus puérils, sexistes ou abrutissants adressés au public, ne semble visiblement pas procéder de la même délinquance que le petit colleur d’affiche. Pourtant, que de papier, d’électricité, de produits et d’intelligence humaine investis pour gonfler des profits de groupes financiers plus ou moins chacun dans la fraude (entente illicite, contournements de lois, recours systématique au précariat, accident du travail non déclaré, fonds publics finançant des délocalisations, …). C’est la loi de « qui a l’argent et paie ». L’espace d’expression public est entièrement dédié à ceux qui se le sont acheté. Renforçant par ces moyens disproportionnés et illégitimes de publicité leur emprise en capital symbolique sur l’opinion, ces puissants renforcent leur puissance, en excluant ou poursuivant comme dégradant l’espace public, les simples gens.
À cela j’oppose une possibilité de laisser aux citoyens et aux artistes des murs bien visibles, nombreux, bien situés, sur lesquels une confrontation des expressions pacifiques et des créations vivantes puisse vivre. En même temps, les publicités devraient entièrement faire l’objet d’un audit, pour évaluer leur véritable apport sociétal, en ces temps de surconsommation, surendettement, surexploitation des ressources planétaires. La part des messages publicitaires dans la vie sociale est probablement survalorisée, et cache un racket qui ne dit pas son nom. En fait la publicité commerciale est une autre façon de faire la manche, mais gagnante à chaque coup, contre les autres, c’est-à-dire à peu près (nous) tous.
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photographies Joël Auxenfans 2012