Partis-pris

L’exemple Cahuzac révèle des comportements malhonnêtes dont l’origine psychologique reste à expliquer (si cela n’a  pas déjà été fait). En admettant que les socio-libéraux rivalisent sur ce type de dérive avec la droite dure, on verra là le signe  que les cadres des partis- classiques-de-l’alternance-pour-la-perpétuation-du-système portent en eux des ambitions purement carriéristes ;…S’il existe au PS des militants sincères et honnêtes, gens de conviction, il faudrait les encourager à tirer des conséquences plus objectives des désaveux constants que la réalité de leur parti d’attachement oppose à leurs engagements personnels. L’exemple de Gérard Filoche http://www.youtube.com/watch?v=qmuy85NC8Lo , qui publie régulièrement dans le journal l’Humanité une remarquable rubrique tirée de son expérience d’inspecteur du travail, est ici représentatif , de même que celui du défunt Stéphane Hessel, l’ « indigné », qui a soutenu le candidat Hollande malgré un évident décalage entre sa propre histoire passée et récente et les engagements chancelants de ce dernier pour une politique vaguement de gauche, engagements qui se sont aussitôt volatilisés dès la prise de fonction présidentielle.

 Pédagogiquement, puisque ce mot est à la mode au plus haut des cieux de l’État, ce doit être -  c’est ma conviction -  des frustrations dues à une éducation conventionnelle, empêchant par exemple un enfant de trois ans de manger la tête dans son assiette et la bouche en avant sans couverts un pétrissage fait main de miettes de fromage bleu d’Auvergne et d’autres miettes de chèvres sec, qui conduisent un homme à devenir un escroc. Puisqu’il n’a pu assouvir à l’âge où cela était inoffensif, des expériences de pur plaisir enfantin et d’expérimentations sensorielles, le voilà quelques décennies plus tard, se gavant en parfaite illégalité, mentant comme on respire. Des textes de Nadia Montessori ou de Janusz Korczak montrent l’évidence d’un abus généralisé des critères conventionnels des points de vue adultes et dominateurs dans l’éducation des enfants comme cause de beaucoup des dérèglements du monde.

 C’est ainsi que Nadia Montessori a pensé une éducation qui n’est nulle  part mise en application à grande échelle dans les systèmes scolaires des États dits démocratiques. Et pour cause, car cela promettrait une population autrement plus responsabilisée et sûre d’elle-même qu’elle ne l’est aujourd’hui. Et donc, pour conserver « dans le formol » le monde capitaliste en l’état, on a d’une part contrôlé la télévision, ses programmes et ses « experts », et d’autre part l’éducation, maintenue sur des fondations parfaitement archaïques. Korczak énonce quant à lui que : « (…) Les brimades entraineront le dédain, la complaisance éveillera le mépris et la révolte, la suspicion engendrera la conspiration. » (Le droit de l’enfant au respect, éditions Fabert Paris 2009, p 30). C’est lui l’initiateur de la Convention des Nations Unies relatives aux droits de l’enfant, dite aussi Convention Internationale des Droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989 et entrée en vigueur le 2 septembre 1990.

 Cela n’explique toutefois pas, pour revenir à l’ami Filoche et à tant d’autres, comment le parti pris peut à ce point opérer une atrophie des capacités critiques d’un individu au demeurant très intelligent et honnête. La chose est d’ailleurs valable en partie aussi à droite, si tant est qu’il y ait une discontinuité entre cette partie et cette autre de l’échiquier : un homme de droite peut être honnête et courageux, comme Étienne Pinte, l’ancien député maire de Versailles, prenant des positions à contre courant sur les sans papiers ou sur le logement ; le problème vient de ce que cela soit si rare de rencontrer un individu se disant de droite qui en face d’un problème donné (par exemple le chômage, ou la montée des inégalités sociales, ou encore la désindustrialisation par l’effet des choix financiers des multinationales), ne se lance dans une défense absurde autant qu’aveugle du système en place, procédant par simplification, mensonge, trucage de chiffres, etc.

Le parti communiste a eu longtemps le monopole de l’image historiquement symbolique du parti pris aveuglément obéissant à une ligne officielle, même lorsque celle-ci était plus que sujette à caution, ou à discussion. On dirait toutefois aujourd’hui que ce n’est plus tant de ce côté que se concentrent ces comportements, mais plutôt en face – je dis bien en face – du côté des défenseurs, pour être actuel, de l’austérité et de la dérégulation.

Nier des évidences, répondre par des arguments polémiques, dévier le sujet, user de la langue de bois … Ces procédés existent partout, et il doit bien arriver à chacun de nous d’en faire usage à l’occasion.

 Comment ne pas voir pourtant que c’est là l’origine de beaucoup de temps perdu pour avancer ensemble ? Essayez donc d’entamer une discussion politique avec un militant socialiste aujourd’hui. Ce sera peine perdue, car il vous ressortira une sorte de réponse de consistance « molle – ferme » : molle dans le fond (absence de réelle volonté de s’opposer aux appétits financiers des multinationales), mais ferme dans l’opposition à toute réflexion critique ou un tant soit peu créative eu égard aux dogmes libéraux en vigueur chez les socio-libéraux. Ne parlons par d’un militant UMP distribuant sa prose Sarkozyste, alors que tout ; absolument tout, montre au mieux, un bilan délibérément hostile à la population en général, une évidence complicité permanente avec les milieux les plus nantis qui pilotent le système, et des orientations ouvertement axées vers les idéaux racistes et violemment anti démocratiques de cette droite qui a toujours voulu la peau du peuple en se servant de lui et de ses souffrances.

 Une personne rencontrée me disait « détester les conflits ». Visiblement, c’est qu’elle préférait gastronomiquement – espérant sans doute rester coq en pâte - les confits. Ceci alors que malheureusement, tout porte à croire qu’elle fait partie comme nous tous de la farce des dindons de cette longue histoire du capitalisme. Mais cette politique de l’autruche ne mène nulle part.

 C’est Sidney Lumet, dans 12 hommes en colère (1954) qui délivre une vraie leçon d’éducation civique. On découvre dans son film que non seulement le conflit est la source de la vérité la plus approchée, la plus nuancée. Mais encore que l’homme n’est pas lui-même tant qu’il ne partage pas avec ses contemporains le conflit (et le confit, je ne suis pas contre ) pour avancer ensemble un monde vivable, partageable. Une leçon de non intégrisme, à laquelle l’école publique a tout le rôle à jouer que l’on devrait lui donner. Puisque ce  n’est QUE par la mise en œuvre des capacités de jugement de chacun, avec son expérience, son point de vue, sa culture et sa sensibilité, que peuvent être élaborées les formes originales d’un jugement commun viable, d’un projet de vie soutenable.

 Or il n’est question aujourd’hui que de cela : il  y a urgence à prendre de notre temps à parler, à apprendre à se disputer respectueusement, pour trouver ensemble le monde qui convienne le plus possible à tous.   

 

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