Joelle Marelli
Abonné·e de Mediapart

13 Billets

1 Éditions

Billet de blog 10 mai 2022

Joelle Marelli
Abonné·e de Mediapart

Réflexions sur la pluie

À propos d'une tribune parue hier sur Mediapart

Joelle Marelli
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On fait avec l’antisémitisme. C’est ce qu’on fait. On fait ça. Tout le temps. Tout le temps on essaie de voir où est le curseur. Tout le temps on dit, ça il va falloir vivre avec. Ça, non, ça ne va pas être possible. Tout le temps on décide : ça je l’accepte, je le négocie, ça je fais signe, je lance un signe que ce n’est pas acceptable, ça je le refuse tout net et je m’en vais. Tout le temps on fait ça.

Je pense que quand on est noire, ou quand on est musulmane, ou arabe, on fait ça aussi. On fait la même chose. On voit des choses qu’on fait semblant de ne pas voir. On entend des choses qu’on fait semblant de ne pas entendre.

Il y a un proverbe juif qui dit : quand on te crache dessus, ne dis pas qu’il pleut.

On passe son temps à se demander s’il pleut. On passe son temps à dire : il ne pleut pas.

On passe son temps à dire : il pleut.

On passe son temps à s’essuyer, à se demander si on a rêvé, si on a bien vu, si on a bien entendu.

Si on a eu la berlue.

Parfois, on passe son temps à dire : On m’a craché dessus !

Certains passent leur temps à dire : On m’a craché dessus !

On ne peut pas leur jeter la pierre.

Mais

depuis quelques décennies on dit beaucoup : On m’a craché dessus !

Il y en a qui disent beaucoup ça.

Depuis quelques décennies on crie beaucoup : On m’a craché dessus !

Il y en a qui crient beaucoup ça.

Il n’y a plus autant qu’avant le calcul

là oui là non

ou plutôt le calcul

s’appuie sur d’autres critères

il me semble

qu’avant

Certaines personnes crient ça. D’autres disent : qui t’a craché dessus ? regarde, personne ne t’a craché dessus. D’autres encore disent : oui, on t’a craché dessus. Nous aussi on nous crache dessus. Faisons quelque chose ensemble. 

Et là on leur répond : non. Il y a crachat et crachat. Et il y a pluie et pluie.

Alors là tu vois c’est compliqué.

Tu vois que c'est compliqué.

Des fois on dit : on t’a craché dessus, là, tu n’as pas vu ? Tu n’as rien senti ?

Des fois tu dis : regarde, là, on t’a craché dessus !

Et des fois on te répond : Ben non, j’ai rien senti, tu as rêvé.

Des fois tu dis : et là, on t’a craché dessus, c’était très clair. D’ailleurs on m’a craché dessus aussi. Je ne peux pas faire comme si. Tu ne peux pas faire comme si.

Et on te répond : ah bien non, là c’était pas un crachat. C’était la pluie.

C’est un tri, alors : quand ça vient de par là, c’est la pluie. Quand ça vient de par là, c’est un crachat.

Tout le monde fait ça, sinon ce ne serait pas vivable. Ce n’est pas vivable.

Tout le monde fait ça un peu. Presque tout le monde fait ça.

Mais tout le monde ne dit pas : il y a crachat et crachat. Et il y a pluie et pluie.

Quand on est noire ou musulmane c’est la même chose, on voit des choses qu’on fait semblant de ne pas voir. Sinon ce ne serait pas vivable. Ce n’est pas vivable.

Et quand on est noire ou musulmane je suis sûre que c’est la même chose, on se demande si on a eu la berlue.

Quand on est noire ou musulmane on sait qu’on n’a pas eu la berlue.

Je le vois bien : je reconnais le regard de celle qui sait qu’elle n’a pas eu la berlue, et qui ne sait pas si elle va avoir envie de faire le travail qu’il faut faire, là tout de suite, pour convaincre quelqu’un d’autre qu’elle n’a pas eu la berlue.

Des fois elle se dit : oh laisse tomber.

Elle calcule : dire ou ne rien dire.

Souvent elle se dit qu’il vaut mieux ne rien dire.

Sinon ce ne serait pas vivable.

Ce n’est pas vivable.

Elle n’a pas forcément raison.

Et elle n’a pas forcément tort.

On se fatigue d’être branchée en direct sur l’inconscient des gens.

On se fatigue de ça.

D’être aussi sensible à la pluie. 

D’user parapluie après parapluie.

On s’en fatigue.

On se fatigue d’avoir à faire à des gens dont l’inconscient parle si fort

et si politique

et qui ont assez d’énergie pour dire encore et encore que le temps est au beau fixe et que leur bonne éducation garantit des manières impeccables

tout le monde ne peut pas en dire autant

cracher quelle idée

ce sont des manières de sauvages

personne ici ne fait ça

en tous cas pas nous

nous n’avons pas appris à faire ça

nous ne saurions même pas comment faire

Chez vous en revanche

Là d’où vous venez

Ce n’est pas parce que nous faisons semblant de ne pas savoir

d’où vous venez

Tout le monde fait semblant

mais on ne peut pas faire ça tout le temps

ni avec tout le monde

c’est beaucoup d’effort

beaucoup trop d’effort

pour nous

Et là tu dis :

Je ne sais pas si vous savez ce qu’est une métaphore ? 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Comment le gouvernement veut rattraper le retard français
Dans un contexte de risque élevé de tension sur le réseau électrique cet hiver, l’Assemblée nationale examine, à partir du lundi 5 décembre, le projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire en France.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Dans les Cévennes, les femmes promises à la misère obstétricale
Le 20 décembre, la maternité de Ganges suspendra son activité jusqu’à nouvel ordre, faute de médecins en nombre suffisant. Une centaine de femmes enceintes, dont certaines résident à plus de deux heures de la prochaine maternité, se retrouvent sur le carreau.
par Prisca Borrel
Journal
Affaire Sarkozy-Bismuth : les enjeux d’un second procès à hauts risques
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert seront rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant