Le feu de tout bois

Penser les lignes de force de l'évolution sociale, culturelle et écologique actuelle à travers le pouvoir synthétique de la poésie :

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Le feu de tout bois

 

Nos dieux

Au ciel,

Il n'en reste plus beaucoup

Plus qu'un peut-être

Respirant avions, hélicoptères, neurones et satellites,

Là où la lumière réclame un nom.

 

 

La liberté….

Elle est toute définie : une propriété, un élan de désir, une marque déposée.

 

Violences soignées par des violences. 

 

Horizons abattus, traverses fermées et correspondances interrompues.

 

Discipline de la raideur, formes niant leurs fonds.

 

Épouvantails d'élevage et monstres alimentés pour mieux figer la peur.

 

 Et prouver par la preuve,

 

Que le bien et le mal sont définitifs.

 

Chaque chose à sa place. Notre bien cherche activement son meilleur mal, reproducteur.

 

Défense d’entrer-propriété privée. Un peu de repos de l’autre côté du mur.

 

 Le lac Léman noyé au fond d'un coffre.

 

Des chiffres ronds comme des colliers étincelants de zéros multiples

 

Masqués sous un loup bleu dans un bal charmant,

 

Cache-cash Ô îles caïmans.

 

Du potentiel concentré en sommeil fiscal, sous un petit parasol avec débris de glaçons sonores.

 

Ma banquise ainsi fond.

 

Font, font,  font,

 

Nos petites marionnettes.

 

 

Pratique pour la pratique.

 

L'ennemi est désigné : la nuance qui menace l'immuable.

 

Un immuable-pacotille, fantasmé, un petit univers modèle réduit,

 

Vapeurs qui se diffusent dans tout l'espace vide

 

Héritage des essences perdues.

 

Regardez ! Ces formes rapides, devenues plus pauvres et identiques qui s'élancent

 

Pur mouvement : celle de tous ces faibles qui réclament de la force.

 

 Alors on cultivera la force. Elle se nourrira d'elle-même.

 

 D'année en années.

 

Toujours plus grosse :

 

Futurs cadavres oubliés sur les champs de bataille de guerres absurdes et fratricides.

 

Puis la force implosera.


… !


Ce n'était qu'une énergie éprise d'elle-même, comblant son vide glacial par le feu de tout bois.

 

Holocauste au Tout-Puissant des absences.

 

L'homme (quel homme ?) transforme le monde à son image jusqu'à le dissoudre.

 

Il ne lui restera bientôt plus que des images...

 

Des images et des dollars qui se feront la course.

 

Des images rongées par des images.

 

L'homme appellera son propre monde, libre,

 

Aux abonné absents

 

Avec un forfait spécial.

 

Une grande facture universelle pleine de promesses.

 

Tout de suite après la pub... !

 

 En attendant le Messie, la Croissance, le tirage gagnant du loto, les princesses, les chevaux blancs, les hommes providentiels, les vaccins, la Révolution et la Finale de la coupe.

 

Mmm

 

 De quoi mon âme sera-t-elle faite ?

 

Une âme-mémoire ayant bouffé son monde ?

 

Une âme d'essences.

 

Oui.

 

Légère et essentielle. Avec quelques métaux lourds.

 

Quelques chiens en armures qui hurlent au fond des forêts où nous irons les promener.

 

Des essences et des formes petites et grandes avec de grands yeux qui regardent et qui réclament.

 

La plupart seront nées de parents inconnus au-delà du ciel visible et des drapeaux.

 

Souvenez-vous !

 

Gamines, encore avides d’amour et de caresses, elles venaient jouer jusque sous nos terrasses et quémander un nom.

 

Et… On leur a dit d’aller se faire foutre avec de petits riens.

 

;-)

 

On leur a donné les dénominations en boutique, sur l’autel de la caisse pour faciliter l’effet et la digestion.

 

Et elles ont commencé à nier, à vraiment nier.

 

Puis à traverser les images comme des déserts.

 

Et les éclairages de basse consommation partout se multiplièrent.

 

Mais désormais on les jette dans la bataille.

 

Dans les arènes des experts auto-désignés en maillons faibles

 

Pour le grand bonheur hiérarchique des forts en force.

 

Et ces petites colombes dansent, dansent et s’agitent, offrent leur cul, piétinent leur cœur palpitant.

 

Elles le piétinent jusqu’à ce qu’il transpire de transparences, de maquillage et d’endorphines,

 

Jusqu’à ce que le monde bombardé de lumières artificielles change les loups en caniches, aligne les arbres et détourne les fleuves.

 

Puis, désorientées, elles ne parviennent plus à atteindre ce qu’il y a derrière les choses.

 

Et ne se sentent même plus diverties.

 

Elles se cognent aux reflets de leurs collections de miroirs.

 

Elles deviennent nostalgiques des marbres dogmatiques, des âges d'or valeurs refuges et des prières aux images des origines

 

Comme un enfant malade appelle sa mère dans la nuit.

 

Mais les étoiles sont muettes ou bien l’oreille n’est plus habituée.

 

C’est pourquoi, elles ne cessent de danser.

 

Elles dansent sur le top des tops,

 

Satellites des pulsations du désir dérivé et des divins services organisés.

 

Puis, enfin, enveloppées dans leur mouvement, on les exporte.

 

Pétillantes et toutes consommées.

 

Achalandées sur des étalages d’amour en boîte et de sourires en tube.

 

(soupir)

 

Tous ces sourires à apprendre que l'on étire ,

conjugués par de lourds rayons de soleil

sur la carte de géographie

dans la salle de classe assoupie

 

(soupir)

 

Un jour, elles viendront s’échouer, toujours aussi perdues et non recyclables, dans le suc gastrique des dernières forêts primitives, denses, touffues.

 

J’ai entendu dire que des bêtes sauvages y vivent.

 

Des animaux rares avec des émetteurs sur le dos.

 

Bip !

 

Des modèles pour un suivi haut de gamme,

 

Bip !

 

Sponsorisés par des organisations à but non lucratif,

 

Bip !

 

Et partiellement couverts par des mousses et des limons.

 

Et des voix de crème nous apprennent à les protéger. Continuellement.

 

Sur un grand écran plat 3D en stéréo d’une définition parfaite.

 

Fabriqué par des enfants raisonnables dans l’autre hémisphère.

 

 Que l’on regarde, à bord d’un yacht royal avec des bulles précieuses et des anges en effervescence qui évacuent le stress avec du strass pour expédier des mAssages coquins aux générations futures (qui, apparemment, ne cessent d'exister).

 

Des générations enfermées dans de la compétence ferme, avec des papillons surentrainés. Et du bruit.

 

 Trainées à travers des réseaux de villages typiques,

 

 Filtrées par des troupeaux de bons parents

 

Qui soulèvent la poussière chaude des lendemains,

 

Et projettent sur les nuages toutes ces putains d’images

 

Parmi des baudruches multicolores au vent des grands rebonds électoraux

 

Sur la scène sécurisée

 

Où vous pouvez saluer la foule moderne

 

Qui synchronise sa marche de retour

 

Vers le synthétique bouillon primitif où tout à commencé

 

Et qui fait feu de tout bois

 

A la recherche d’un truc plus haut, plus inabordable,

 

du tout dernier Dieu,

 

désormais seul, rasé, unique

 

(Bien plus rapide et pratique)

 

Né de parents inconnus

 

Respirant les hélicoptères, les avions, les neurones et les satellites

 

Du ciel

 

 Où la lumière réclame un nom.

 


J. Mortensen

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