Bon, ben voilà, je me lance. L'idée d'écrire ici me trottait depuis quelques temps déjà. Mais la dernière vidéo d'un vulgarisateur historique que j'apprécie (Herodot'com, que je salue s'il lit ces lignes, même si les chances sont infiniment nulles) m'a fait cogité sur pas mal de points. Et puisque j'ai besoin d'étirer mon raisonnement, autant commencer par le tout début.
Mais d'abord, je vais m'empresser de remercier le très cher lecteur de me lire, malgré mon style brouillon et probablement mauvais, et mes petites tirades opiniâtres que certains qualifieront sans aucun doute d'insupportable. Si j'oscille fréquemment entre le présent d'opinion ("je pense ...") et celui de vérité générale, c'est parce que j'essaie de formuler un avis à partir des faits que je connais. Mes connaissances sont, par définition, limitées, mais je mets un point d'honneur à vérifier, le plus rigoureusement possible, les sources lorsque cela vient d'une personne que je ne connais pas et/ou en qui je n'ai pas confiance. Et si, à un moment ou un autre, je me montre cassant ou offensant, sachez que très probablement parce que je m'exprime de cette manière si particulière. Tantôt je blesse sans le faire exprès, tantôt je ne blesse pas alors que telle était mon attention.
Avant, lorsque j'avais besoin de m'exprimer, je balançais tout, sans réelle structure, sur un réseau social. Notamment Twitter, avant le rachat par l'infâme milliardaire fasciste né dans une famille de l'apartheid que je ne nommerai pas, mais que le lecteur, s'il existe, reconnaitra assez aisément. Peut être que ce blog me permettra de m'exprimer de manière plus posée, efficace, en essayant de rester le plus vrai et vif possibles. Car j'en ressens de plus en plus le besoin, face à ce monde qui n'en finit plus de tourner dans le mauvais sens, face à ce sentiment d'être écrasé par la machine infernale qui est plus vieille que le plus ancien d'entre nous et qui a de bonnes chances de survivre au plus jeune de notre temps.
La vidéo que je cite dans mon petit préambule (2015-2025, Dix Ans de Vulgarisation d'Herodot'com) ressemble plus, selon les propres envies du créateur, à un foutoir organisé qu'à une véritable anthologie du travail qu'il a pu fournir jusqu'à maintenant. Travail qui, il faut le souligner, ne manque aucunement de précision, de rigueur et de qualité. (Je vous conseille sa série sur la plus probable histoire de Chingghis Khan, même si je vous préviens d'avance, elle risque de vous nouer le cerveau tant elle est intéressante.)
Mais elle présente tout de même quelque chose d'intéressant. Dans sa volonté de faire les choses bien, le vulgarisateur nous donne dans le même temps un rapide tour politique de ces dix dernières années. Et plusieurs choses, dans leurs complexes puretés, me frappent d'une manière qu'elles ne m'étaient jamais apparues auparavant.
Tout d'abord, le fait qu'il y a dix ans, la France était encore dans sa "gueule de bois" suite aux attentats du 18 Novembre 2015. J'avais 16 ans à l'époque. Un âge qui peut bien vous donner un ordre d'idée du nombre de conneries qui ont bien pu me passer par la tête à l'époque, et je ne m'étendrai pas sur une liste dont je serais bien incapable aujourd'hui de rigoureusement compléter. Mais il me reste encore des souvenirs, aussi brumeux qu'ils paraissent lointains, d'une époque où on se moquait de la malnommée Manif' pour Tous, où l'on pouvait encore rêver d'une puissance occidentale bienveillante, et l'on avait pas à écouter les élucubrations malhonnêtes d'une bourgeoisie médiatique qui ne sait plus quoi faire pour cacher son rapprochement avec le bruit des bottes brunes que ma regrettée grand-mère redoutait tant. Bref, d'une époque où le vernis capitaliste avait encore un certain charme pour la classe moyenne, qu'elle soit bien réelle ou non.
Évidemment, cette lecture est purement personnelle. Certains s'en étaient déjà aperçus bien avant moi. Mais il n'empêche que le glissement fascisant de ces dix dernières années est, lorsque l'on prend du recul, particulièrement terrifiant.
Peut-être cette vision est-elle due à ma lecture du moment : Le monde nazi 1919-1945 du trio d'historiens que je n'ai, je pense, pas besoin de présenter ici : Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin. Car la société allemande d'après-Grande Guerre qu'ils décrivent, avec les différences que je ne nie absolument pas, reste particulièrement proche de la nôtre d'un point de vue sociologique, philosophique et même culturel. Il existe tout un tas d'interviews sur les nouveaux médias qui ont émergés sur Internet ou même sur des chaînes plus "sérieuses" (ou du moins qui apparaissent comme telles et/ou se donnent un pareil vernis) comme l'interview très enrichissante de deux des trois auteurs sur la chaîne YouTube de la libraire Mollat. Car il y a à la fois une "fascisation" (si ce mot n'existe pas dans le dictionnaire, il faudrait songer à l'y ajouter) de l'espace public et médiatique et une libération des mœurs et de la société suite à la révolution de 1919. Et d'ailleurs, le score du KPD, le parti communiste de l'époque, n'est pas en reste face à celui du NSDAP lors des élections de 1932, sans parler du recul substantiel de ce dernier lors des élections de 1933. D'ailleurs, l'usage fait de la constitution de Weimar, qui inspirera par ailleurs celle de la Vème République, par le Président Hindenburg et de son petit cabinet de notables n'est pas sans rappeler la bêtise et le déni démocratique dont souffre aujourd'hui la France.
Je vais souligner une évidence : la pourriture que l'on voit en France ces dernières années est là depuis plus longtemps que l'on veut se l'avouer collectivement. Seulement, beaucoup d'entre nous, moi y compris, nous pincions le nez en espérant qu'ignorer le loup le fera passer sans qu'il nous remarque. Mais maintenant que le loup est dans la bergerie, bien installé par des élites bourgeoises, capitalistes et managériales, avec un appareil médiatique à leur totale disposition qui essaie de nous asphyxier en nous surplombant toujours plus, et un pouvoir exécutif qui n'a qu'une hâte : leur donner le pouvoir, j'en reviens à la question que je me pose depuis des années maintenant : Que faire ? Que faire demain ?
Évidemment, cette grande question invite autant de réponses qu'il existe de personnes. Certains se lèvent pour aider, soulager leur prochain, dans un effort on ne peut plus louable et que je ne questionne absolument pas, mais qui me paraît aussi dérisoire qu'une goutte d'eau dans un océan. Et je sais que, personnellement, cela ne fera pas disparaître l'anxiété qui m'habite face à un futur qui me paraît d'autant plus dystopique qu'il prend la forme d'un COGIP-Punk un peu nul et désolant, en reprenant l'expression d'un autre créateur d'Internet, Bolchegeek, que j'affectionne tout autant que le premier "vidéaste" cité.
Qu'est-ce que nous y pouvons, nous pauvres hères qui arpentons, bien malgré nous, un caillou qui se balade inlassablement dans l'espace, en suivant le même cours elliptique depuis la nuit des temps ?
Il y a encore quelque temps, j'aurais répondu sans hésiter : Je ne sais pas. Car, après tout, qui suis-je pour donner une réponse médiocrement personnelle à une question aussi universelle ? Mais aujourd'hui, une réponse me semble particulièrement indiquée face au malaise du temps présent et à la conjoncture des événements.
Cet été, j'ai eu une autre lecture. Moins technique et universitaire, mais tout aussi enrichissante : Les Révolutions de notre temps, que j'ai commandé via ma libraire locale suite à un article du journal auquel ce blog est attaché. Ce court essai, d'une force incroyable et d'une habileté si légère, aura fini par imposer l'idée que mon cerveau m'imposait jour après jour : une issue possible, et j'oserai même dire une issue enviable, à la situation est la Révolution. Révolution des idées, des corps, des mœurs, du système politique et médiatique, de nos modes de productions, de notre rapport à l'autre.
Bref, la fin du capitalisme et de la résignation qu'il nous impose. La décolonisation finale.
Les lendemains qui chantent nous paraissent peut-être niais, mais être cynique ne fait de quelqu'un un "gagnant" dans un contexte individualiste tel qu'il existe dans notre société. Alors peut-être cela fait-il particulièrement vaniteux de la part d'un jeune con coincé dans sa chambre qui ne fait que lire et jouer de ses journées, mais je pense que la situation, pour qu'elle soit bénéfique à notre pays, et à l'humanité entière, doit se régler de cette façon. Peu importe le moyen.
Nous vivons dans un monde qui a déjà basculé. Un monde où (presque) tous aimeraient que les choses se soient passer autrement. Mais comme le rappelait le sage qui arrivait toujours à l'heure précise où il devait arriver, cela n'est pas à nous d'en décider. Tout ce que nous pouvons faire, c'est choisir quoi faire avec le temps qui nous est donné. Et pour éviter que tout se joue sur une eucatastrophe, il faut se rappeler une image aussi évidente qu'elle est puissante : dans les moments les plus sombres, la moindre lueur d'espoir agit comme un phare éblouissant. Et ce phare doit être, selon moi, l'idéal révolutionnaire, le monde d'après.
Cependant, après cette envolée littéraire, dans le sens où je cite la littérature comme outil de commun au sein de la culture populaire, il reste que je ne suis qu'un humble chômeur, à peine capable de sortir de chez moi, vivotant au RSA, et comptant les jours jusqu'au prochain rendez-vous chez le psychiatre de l'hôpital. Je ne suis pas un militant chevronné, un historien aguerri ou un théoricien du monde d'après. Je ne suis rien de tout cela. Aussi, j'enjoins le lecteur à considérer ce bavardage pour ce qu'il est : une divagation d'un esprit pas assez sain pour ce monde, sans doute trop fluide pour le marché du travail, qui épilogue sur quelque chose qui, pour beaucoup de gens, est peut-être une évidence. Un cri dans une porte ouverte, si j'ose dire.
Mais si le lecteur a pu trouver ne serait-ce qu'un semblant de logique, une opportunité de mûrir une réflexion, ou s'est simplement amusé de ces lignes, alors je dirais, bien humblement, que ce petit texte est une réussite.
Je vous laisse ainsi, en vous souhaitant une bien belle année.