L'Argentine vue par Le Monde, quand l'opinion fait office d'information

En réponse à un billet de M. Paranagua, spécialiste pour Le Monde de l’Amérique du Sud, une amie m'envoie ce commentaire, où l'on reconnaît les "vrais journalistes" (ce qui veut dire bien rémunérés) des observateurs sérieux (dont les bourses de recherche sont toujours plus maigres)...

En réponse à un billet de M. Paranagua, spécialiste pour Le Monde de l’Amérique du Sud, une amie m'envoie ce commentaire, où l'on reconnaît les "vrais journalistes" (ce qui veut dire bien rémunérés) des observateurs sérieux (dont les bourses de recherche sont toujours plus maigres)...

 

Encore un article basique, partial et partiel sur l’Argentine dans la presse française ! M. Paranagua, au lieu de déballer vos opinions férocement subjectives, pourriez-vous faire votre travail de journaliste et nous fournir un bilan équilibré de la situation?

L’Argentine des Kirchner serait selon vous « la lanterne rouge de la corruption en Amérique latine, comme vient de le rappeler l’ONG Transparency International »

Commençons donc par inciter les lecteurs du Monde à aller voir sur le site de Transparency International pour vérifier eux-mêmes que la Bolivie où le Paraguay (entre autres) y sont qualifiés de beaucoup plus corrompus que l'Argentine. D'ailleurs quel crédit accorder à une ONG qui fonde ses mesures de la corruption uniquement à partir de sondages d'opinion sur la perception que telle ou telle population se fait de ses dirigeants? On conviendra que la méthodologie est discutable. Je ne nie pas qu'il puisse y avoir de la corruption en Argentine, mais n'érigeons pas les dires de n'importe quel organisme international en parole d'évangile.

On peut reprocher beaucoup de choses à la pratique politique de Nestor Kirchner, en particulier son style confrontatif, voir factieux (mais je suis une historienne argentine, et je peux vous dire que le factionnalisme est une caractéristique qui touche traditionnellement tous les partis argentins sans exception, depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours). Malgré cela, on ne peut passer outre son rôle fondamental en 2003, alors que la crise avait laissé le pays exsangue, ni les nombreuses mesures progressistes et intégratrices qu'il a mises en place. Quant à Cristina, c'est une femme extrêmement forte et intelligente qui ne mérite pas d'être résumée à une marionnette dont les fils auraient été manipulés dans l'hombre par Kirchner. Soyez plus subtile M. Paranagua, les choses sont toujours plus complexes qu’elles n’y paraissent dans les journaux (surtout ceux de la droite argentine, engagés dans une guerre larvée contre l’actuelle présidente).

On pourrait ajouter que le pays bénéficie d'une croissance sans précédents depuis 7 ans, d’une balance extérieure largement excédentaire, et que l'industrie automobile ne s'est jamais aussi bien portée. Autre élément d’importance : ni le gouvernement de Cristina, ni celui de Nestor Kirchner n'a jamais réprimé aucun mouvement social, même d'opposition (contrairement à leurs prédécesseurs).

Tout n'est bien sûr pas parfait, mériterait d'être nuancé, il ne s'agit pas de sanctifier ou d'idéaliser Nestor Kirchner. Les ombres au tableau existent : l'inflation, la non-démocratie syndicale, un équilibre entre l'exécutif et le législatif trop favorable au premier (cela dit, à ce sujet, les français ne sont pas en reste) …

On peut être pour ou contre le kirchnerisme, peu importe. Il reste que, quel que soit le point de vue depuis lequel on se place, le bilan à tirer est complexe et ne peut se résumer à quelques élucubrations. M. Paranagua, soyez à la hauteur, argumentez de façon approfondie et raisonnée, cela vous évitera de fournir aux lecteurs du Monde un ramassis de clichés dignes du Miami Herald !



Paloma

J'avais pour ma part déjà souligné le point de vu très particulier de M. Paranagua, "Monsieur Amérique du Sud du Journal de Référence français"
http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/johan-sebastien/240710/colombie-venezuela-le-probleme-de-fond

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