Johann Elbory
Abonné·e de Mediapart

15 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 juin 2013

Front National : les meilleurs serviteurs du système

Johann Elbory
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Vous devez certainement être déjà au courant dans la mesure où les médias vous le rabâchent depuis trente ans : le Front National, c'est le parti qui s'oppose au système. Le seul qui bouleverse les codes, qui fout la zone chez les bien-pensants. D'ailleurs les gens qui votent pour l'entreprise familiale Le Pen père et fille le font par contestation, pour gueuler contre le système qui les exploite, les opprime, leur supprime leur travail, etc... Mais le FN est l'alternative politique à quel système au juste ? A celui en vigueur certainement, ce capitalisme libéral qui produit toujours plus d'inégalités. Difficile à croire quand on se penche en détail sur le programme et les idées de Môrine et ses petits copains, et sur leur traitement médiatique. Le FN est-il réellement une alternative ou un leurre créé par le système lui-même ? La question a le mérite d'être posée, et quand elle est posée, les réponses sont évidentes...

Front National : un produit « made in système »

Le FN est un pur produit du libéralisme et des médias qui le servent. Dans les années 1980, c'est d'ailleurs ces médias qui ont fait monter le Front National afin de le transformer en outil électoral. Créer une peur du FN était alors un élément de stratégie comme un autre laissant poindre, déjà à l'époque, toutes les histoires de vote utile et de fronts républicains qui allaient éclore quelques années plus tard. Le père Le Pen, avec sa grande gueule, ses sorties de piste mal contrôlées et ses amis au physique de castagneurs, était alors le personnage sensé être le plus flippant du paysage politique. Un personnage et un rôle : celui d'un parti dangereux, rappelant les pires heures de notre histoire, avec lequel les partis du système ont cru intelligent de jouer.

Et puis patatra ! Le drame démocratique. Le 21 avril 2002, le FN arrive au second tour de l'élection présidentielle. Une aubaine pour certains qui, désormais, vont pouvoir développer l'idée de vote utile et ainsi renforcer un régime politique immuablement marqué par le bipartisme. La stratégie paye et, aux élections suivantes, le FN recule au profit des partis institutionnels qui se confortent malgré leurs politiques calamiteuses.

Avec le développement de la crise économique, le FN va toutefois se voir confier un nouveau job. Profitant du renouvellement de sa direction, le vieux Le Pen étant remplacé par sa fille, les partis du système et les médias vont faire tout leur possible pour sauver le Front de sa perte de vitesse. Nous savons tous que dans un contexte de crise économique, les partis de régime se voient discrédités par leurs politiques antisociales. Cela fait immanquablement naître un désir populaire d'alternative. Or, l'émergence d'une vraie alternative, capable de les renverser, n'est pas vu d'un très bon œil par nos chères élites. C'est qu'ils tiennent quand même beaucoup à leur fric et à leur pouvoir ! Une option s'ouvre alors à eux : créer eux-mêmes un leurre d'alternative, qui ne remettrait pas en cause leur place, qui la renforcerait même, et faire croire aux gens que s'ils veulent exprimer leur ras-le-bol, leur volonté de changement, leur dégoût du système, c'est vers cet épouvantail qu'il faut se tourner. Le Front National, qui n'a jamais remis en cause la hiérarchie sociale actuelle est le leurre adéquat. Radical dans le ton, n'ayant jamais exercé le pouvoir, il a toutes les caractéristiques pour séduire le peuple désabusé. Libéral, antisocial, attaché à la destruction de tous les droits et libertés populaires, il a tout pour plaire à l'oligarchie. Une alternative bidon mais crédible en façade, le piège à gogos parfait !

Imaginez deux secondes que votre coiffeur vous propose d'acheter une lotion censée stopper la pousse des cheveux. Un shampoing miracle qui vous permettrait de garder votre coupe intacte et qui vous éviterait ainsi de retourner, régulièrement, claquer votre blé chez lui. Qu'en penseriez vous ? Vous seriez sans doutes sceptiques et vous auriez raison. Quel intérêt votre coiffeur aurait-il à vous vendre un produit conduisant à sa propre disparition ? Aucun évidemment. Si un tel produit existait il aurait même plutôt intérêt à vous le cacher, ou à vous vanter tous ses défauts et risques.

Contentes de leur nouveau jouet, les élites se sont attelées, après l'élection de Marine le Pen à la tête du FN, de présenter ce parti comme le produit miracle capable d’entraîner leur propre perte. Le problème c'est que, contrairement au produit de votre coiffeur, les gens croient à celui-ci. A grand coup d'émissions de télé, d'articles de presse, de petits mots, d'attitudes complaisantes, les médias, chiens de garde du système actuel, se sont chargé de faire du FN un produit crédible. La gentille blonde a succédé au vilain borgne, et aurait modernisé son parti pour en faire un outil de pouvoir, virant les skinheads qui lui servaient de service d'ordre, devenant soit disant une force appréciée des ouvriers, une organisation démocratique dont on peut, ou on doit, se revendiquer de manière décomplexée. Le FN a changé, il est désormais l'alternative crédible à tous les maux de notre société. Si vous voulez vous révolter, votez pour lui !

Pourtant cette alternative est en toc. Une création médiatico-politique destinée à tromper le peuple légitimement révolté par le système actuel. A force de bourrage de crane journalistique, beaucoup finissent par tomber dans le panneau et par ainsi se faire récupérer dans les filets libéraux des Le Pen et de leurs amis oligarques.

Un programme taillé sur mesure pour les puissants

Si vous vous intéressez à la politique, vous avez sans doutes remarqué à quel point les programmes politiques manquent d'analyse dans les médias. Désormais, on s'en fout de ce que les gens veulent faire ou pensent. La manière dont ils l’expriment, leur attitude et leur capacité à commenter les petites phrases des autres l'emportent sur les idées. Cette posture politique des médias est assez arrangeante dans une période où les principaux partis de pouvoir ont plus ou moins la même chose à vendre.

La campagne électorale de 2012 a été particulièrement caricaturale. Du début à la fin, les médias n'ont pas commenté le débat, mais l'ont totalement dirigé afin de ne pas s'attarder trop longuement sur les idées. Marine Le Pen est passé pour la toute gentille, ou du moins la « moins méchante que papa », qui s'est « dédiabolisée » et a développé un programme social que les ouvriers adorent tandis que les autres candidats alternatifs au bipartisme, le monstre populiste Mélenchon, la has been bobo Joly, et le « je sais pas ce que je fous là » Poutou, ne faisaient que brailler et faire de la figuration. Avec un tel argumentaire il ne faut plus s'étonner de la progression du vote FN.

Penchons nous sur le programme social de Môrine. Ce programme, on en a beaucoup entendu parler, on nous en a vanté beaucoup de mérites sans jamais, ce qui est une prouesse, nous en donner le moindre exemple concret. Et pour cause : il faut chercher longtemps pour espérer trouver ! Le programme de Le Pen est tout le contraire d'un programme social. Il est parfaitement libéral, défend une société dans laquelle les élites appliquent des décisions que les travailleurs doivent accepter en baissant les yeux. D'ailleurs, ces derniers, par la restriction de leurs droits dans l'entreprise, notamment par la réduction à peau de chagrin des moyens d'expression syndicaux, n'ont plus de possibilités de l'ouvrir. Le FN ne dit rien sur les conditions de travail des salariés, sur une revalorisation salariale conséquente, sur la casse du régime de santé, etc... Le FN prévoit de baisser encore le nombre de fonctionnaires, de fliquer les chômeurs, de casser toutes les aides sociales, d'alléger le « coût du travail » grâce à des préconisations proches de celles du MEDEF, d'alléger la fiscalité des plus riches, de transformer l'école en un outil de propagande, etc... Le programme du FN, c'est celui dont rêve le patronat le plus libéral. Pas étonnant de voir que Parisot ne l'a pas beaucoup critiqué durant la campagne. C'est le programme d'une politique très favorable aux riches et anti-ouvrière. Un programme qui place le peuple au rang d'ennemi n°1 et qui cherche à le diviser tout en lui prenant ses maigres libertés.

Il semblerait que cet aspect du FN n’intéresse pas beaucoup le système médiatico-politique. Celui-ci aurait trop à perdre à dévoiler le vrai visage de Le Pen et sa bande. Sa roue de secours, au cas où la crise entraîne le régime politique dans l'impasse, se verrait alors automatiquement dégonflée. Son alternative bidon serait discréditée ouvrant grand la porte à des programmes s'opposant réellement au libéralisme. Le système couve donc son joujou, seul garde-fou à sa propre remise en cause par le peuple.

Ne tombez pas dans le panneau !

Vous qui, peut être, avez été tenté de tomber dans le piège de la Môrine et de ses potes de l'oligarchie en votant, peut-être un jour, pour cette alternative de pacotille, il n'est pas trop tard pour vous réveiller. Ne sombrez pas dans cette idée ridicule portée malhonnêtement par les élites qui tendrait à faire croire que l'ennemi se trouve à côté de vous, que c'est votre voisin arabe, votre beau-frère chômeur, où votre collègue homo. Le système use de beaucoup de subterfuges grotesques pour vous détourner des vrais alternatives. Marine Le Pen est un personnage de théâtre dressé au service des puissants. La balancer, elle et le système qu'elle défend, dans les poubelles de l'histoire, est le seul acte de contestation qui pourra réellement vous sauver !

Johann Elbory

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Agriculture
« Le recul démographique du monde agricole n’est pas une fatalité »
Moins 100 000 fermes en dix ans : c’est le résultat du recensement rendu public le mois dernier par le ministère de l’agriculture. Face à l’hémorragie, le retour à un pilotage par l’État et à des politiques publiques volontaristes est nécessaire, selon la sociologue Véronique Lucas.
par Amélie Poinssot
Journal — Europe
Dans leur bastion de l’Alentejo, les communistes portugais résistent au déclin
Lors des législatives anticipées qui se déroulent dimanche, le Parti communiste, tout juste centenaire, espère limiter la casse, malgré la poussée socialiste dans certains de ses bastions, dont l’Alentejo. En embuscade, l’extrême droite de Chega lorgne vers d’anciens électeurs du PCP.
par Ludovic Lamant
Journal
En Syrie, la plus grande prison au monde de djihadistes tombe aux mains… des djihadistes
L’État islamique s’est emparé pendant une semaine d’un centre de détention à Hassaké, obligeant l’armée américaine à intervenir. Des dizaines de prisonniers sont en fuite. Pour les Forces démocratiques syriennes, le retour du phénix djihadiste est une très mauvaise nouvelle.
par Jean-Pierre Perrin
Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
L'étrange éthique de la « primaire populaire »
La primaire populaire se pose en solution (unique) pour que la gauche gagne aux présidentielle de 2022. Si plusieurs éléments qui interpellent ont été soulignés, quelques détails posent problème et n'ont pas de place dans les média. Il faut une carte bancaire, un téléphone portable et une adresse e-mail pour participer. La CNIL est invoquée pour justifier l’exigence d'une carte bleue.
par Isola Delle Rose
Billet de blog
Pour en finir avec la Primaire populaire
[Archive] Allons ! Dans deux semaines aura lieu le vote de la Primaire populaire. On en aura fini d'un mauvais feuilleton qui parasite la campagne « à gauche » depuis plus d'un an. Bilan d'un projet mal mené qui pourrait bien tourner.
par Olivier Tonneau
Billet de blog
Pour la « primaire populaire »
[Archive] Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.
par Jean Baubérot
Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier