Maillot national - chiffon rouge des banlieues

Le comportement de certains joueurs de l’équipe de France, la défaite, la crise que vit l’équipe, donnent l’occasion à beaucoup d’internautes comme d’éditorialistes de débonder racisme et/ou haine sociale entremêlés: tout un édito d’Eric Zemmour sur RTL ce matin entonnant le refrain « ces gens là » (entendez : « Chez ces Bleus-là, la France est un pays de bouffons », caïds, banlieues, « convertis à l’islam », « les blacks qui ont viré les beurs puis les blancs »... écoutez l’émission c’est hallucinant http://www.rtl.fr/fiche/5943186285/eric-zemmour-chez-ces-bleus-la-la-france-est-un-pays-de-bouffons.html), Finkielkraut disant que Domenech vit ce que vivent chaque jour les enseignants des banlieues de France, les posts d’internautes sur le site du Monde ou de Libé font frémir (je ne suis même pas allée voir sur le site du Figaro) : « cette France qui les nourrit etc. », et même un billet de Médiapart intitulé « cette équipe qui n’a de France que le nom ».

 

Soit, que quelque chose qui s’appelle équipe de France perde, et de façon aussi moche qu’elle s’était qualifiée, amène finalement pas mal de monde à se ruer vers la question : de quoi « "de France" est-il le nom ? » pour y investir ses affects, inquiétudes, goûts et dégoûts. Mais si l’équipe de France est une métaphore de « la » France (je n’en suis pas sûre, elle pourrait tout autant être celle « du » capitalisme – et qu’est-ce qui nous oblige de toute façon à faire de tout microcosme un tableau général de ce qui le contient ?), c’est autant de la France sarkozyste qu’elle nous parle que de celle des banlieues, comme nous le rappellent d’autres internautes, plus minoritaires, jouant France d’en haut/d’en bas, bling bling/wesh wesh, voyous en col blanc/maillot bleu, Pezula Resort/Fouquet’s…

 

Et peut-être ne nous parle-t-elle de rien du tout, cette affaire, sinon de l’état dans lequel se trouve le débat public après des mois de laminage à coup d’identité nationale, d’Auvergnats trop nombreux et de contrôle au faciès, comme si retirer le maillot de la France à un joueur c’était, en plus facile, la même chose que souhaiter retirer la nationalité française à un polygame : dans les deux cas, les limites du dicible ont sacrément bougé.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.