Qu'est-ce qu'un disque fou ? On pourrait à première vue penser à ces artistes mettant en scène un spectacle auditif se voulant délirant, telles les transes martiales de Magma, les transformations vocales d'un Tom Waits proposant un large panel de personnages borderline, ou encore la comédie grand-guignol de l'australien Foetus. Mais chez ce type d'artistes revient la nécessité de mettre en scène la folie. Or toute mise en scène exige une mise à distance de son sujet. Ainsi, si l'on ne remet pas en question l'effet cathartique de ce type de disques, on peut en revanche douter de l’authenticité de leur pathologie mentale. Car il s'agit alors de créateurs sains d'esprit proposant un catalogue de compositions conçues pour paraître folles. Un disque vraiment cinglé témoigne d'une démarche opposée : un créateur malade proposant un catalogue de compositions conçues pour paraître normales. Le décalage de ces albums avec le gros de la production musicale leur vaut souvent de finir dans les bacs à soldes -- avec des exceptions notables comme le There's A Riot Goin' On de Sly & the Family Stone (*). Avec son disque Oar,tristement célèbre pour avoir été la plus mauvaise vente de l'histoire de Columbia à l'époque (**), le canadien Alexander Lee Spence alias « Skip Spence » est un des plus beaux exemples d'esprits artistiques flingués. En suivant son parcours, on pourra assister à la naissance d'un de ces disques fous.