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Billet de blog 22 août 2021

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Aux plus petits d'entre nous — 4

Le ranch "Old Moss" — The Old Moss ranch

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

***

Le ranch « Old Moss »

Ce large trou sombre nourrissait les jours les plus maigres. Un puits
sec comme un caquet de sorcière. Je m'agenouille avec une prudence
païenne et contemple un autel de désolation. Si cette

gorge de pierre m’engloutit, elle deviendrait la tombe ouverte
qui m’attend depuis si longtemps. À mi-chemin de l'enfer, mes os pour l’éternité
pourraient parier avec mon esprit. Chaos de départs ratés.

Bouteilles brisées, promesses brisées. Tordus,
éclats de fer rouillés; éclats d'amour tordus et ombrés.
Planches flétries, yeux flétris. Du cœur à l’embuscade.

Du sol au sol. Jeunes élevés dans cette ferme,
Ethel et John, bien vivants et bénis, me firent des faveurs
en ville à cent miles et des années d’ici.

Ils étaient aux prises avec le soufre et le souvenir : la terre a brisé
les hommes avant que les hommes ne puissent briser la terre. Et les hommes
chargèrent leurs chariots de femmes et d’enfants et fuirent

le dépeuplé (ou le village/la ville fantôme). Je ne donne aucune légitimité à une voix qui se moque
de mes mots jaillissant du fond du puits. Je me lève pour fuir les fantômes et
l’épave qui me rappellent mon moi soudain.
Je ressuscite le passé

en guise de réparation, révisant avec conviction mon inepte

discours et faire triompher de maladroits scénarios.
Quel dommage de n’avoir droit qu’à un seul échec dans la vie. À l’instant

où nous apprenons ce qu’il ne faut pas faire, il est trop tard.

Un tel gaspillage de sagesse. Où commence la lune ?
Je suis ma propre douleur. Rentrer à la maison 

est la partie la plus amusante du voyage. Mais

où est-ce ? J'ai déchiré mon billet de retour à la
civilisation. C'est sauvage là-bas. Chacun
doit s’affirmer. Aucune femme
ne se souvient de mon nom. La vie est aussi juste que le débat

entre la flèche et la mitrailleuse Gatling. Je suis Pancho Villa
déguisé en clown. La pauvreté de la solitude est
être seul. Être conscience m'a mis à nu. Mon
gésier gît à la surface, s'efforçant d'avoir l'air courageux.

Ce balayage de futilité tient de l'imagination et

de la fantaisie. L'avenir est une condamnation
sans conditionnelle. Les ombres glissent sur une vallée facétieuse,
le long des organes vitaux des canyons, puis grimpent

aux crêtes pour s’opposer aux propositions de la nuit.

L'obscurité crée une nostalgie sans expression.
Je suis sûr que Dieu, si Elle existe vraiment, nous bénira
tous.

*
The Old Moss ranch

This broad, dark hole nourished leaner days. A well, dry as a witch’s cackle. I kneel with heathen caution and peer down into an altar of desolation. If this

stoney throat gobbles me, it would become my long-open, long grave. Halfway to hell, my bones for eternity could augur with my spirit. Departure-strewed chaos.

Shattered bottles, shattered promises. Twisted,
umbered shards of iron; twisted, umbered shards of love. Withered boards, withered eyes. From heart to ambush.

From earth to the earth. Youth raised on this homestead, Ethel and John, full-lived and blessed, gave me kindnesses in town a hundred miles and years and years from here.

They grappled with sulfur and recollection: the land broke the men before the men could break the land. And the men stuffed their wagons with wives and children and drove out

of the Despoblado. I don’t recognize a voice mocking my words from the well’s bottom. I rise to flee ghosts and wreckage that remind me of my sudden self.
 I resurrect the past

for amendment, revising with conviction my feckless

speech and turning blundered scenarios to triumph. It’s a pity we have only one fail at life. Just

about when we learn what not to do, it’s over.

Such a waste of wisdom. Where does the moon begin? I’m my own affliction. Going home
is the funnest part of journeying. But

where’s home? I’ve torn up my return ticket for civilization. It’s uncivilized there. Everyone needs to make his own difference. No woman remembers my name. Life’s as fair as the debate

between the arrow and the Gatling gun. I’m Pancho Villa dressed like a clown. The poverty of loneliness is being alone. Conscience turned me inside out. My gizzard lies on the surface laboring to look brave.

This sweep of futility holds like imagination and

fantasy. The future is a sentence I’m condemned to serve without parole. Shadows slide across a capered valley, along vital organs of the canyons, then up

ridges last to resist night’s proposition.

Darkness builds expressionless nostalgia.
I’m sure God, if indeed She does exist, will bless us all.

***

Pour mémoire : les poèmes que j'édite ici sont mes traductions des poèmes de Walt Stevens qui fut professeur de littérature anglo-saxonne et de philosophie dans quatre universités américaines jusqu'au début des années 1970. Le poème original est reproduit ci-dessus.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.