John Ellyton
Éditeur bruxellois à la retraite
Abonné·e de Mediapart

23 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 nov. 2021

VERBATIM de l’intervention d’Aurélien Barrau au Global Positive Forum 2019

Pourquoi un verbatim alors que Youtube distribue à grand renfort d’électricité la vidéo où s’exprime Aurélien Barrau ? Parce que les paroles s’envolent et que l’écrit demeure, parce qu’il est plus aisé d’y revenir, de le copier et le reproduire, parce qu’on peut l’imprimer et prendre le temps de le relire, d’y penser, de critiquer, de le faire sien et d’agir avec les certitudes nécessaires.

John Ellyton
Éditeur bruxellois à la retraite
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Extrait de 4’58’’

https://www.youtube.com/watch?v=RFYMy1JQmCU

Présentateur • Vous êtes séduit par ce genre de stratégie, c’est-à-dire, arriver à regrouper 10, 15 % de pionniers, mais surtout changer la manière de voir, de compter, la manière de mettre les choses en théories.

AB — Oui, mais il faut quand même que nous prenions la mesure de l’enjeu, j’ai bien compris que vous vouliez que nous nous attelions aux solutions et non pas aux constats, mais la révolution qui est nécessaire ne peut être comprise qu’au regard précis du constat. Donnez-moi trente secondes : deux informations très récentes qui sont passées sous le radar médiatique et qui sont peut-être les plus importantes de ce siècle. 1/ Nous venons d’apprendre que dans la branche du vivant qui comportait, et de loin, le plus d’individus, et de loin le plus d’espèces, la biomasse a chuté de plus de 67 % en une décennie. C’est une catastrophe planétaire.

  • C’est surtout les insectes, la part des insectes ?

— C’est beaucoup plus que les insectes, c’est les arthropodes, c’est énorme. 2/ Le second point fondamental, c’est que nous venons d’apprendre il y a quelques jours, c’est que la moitié des points dits de basculement irréparable sont déjà atteints, beaucoup plus rapidement que ce qui avait été pris dans les pires scénarios des scientifiques. Donc nous sommes littéralement dans un état d’extermination massive de la vie sur Terre. Nous sommes en guerre totale.

  • Extinction, rébellion, si j’ose dire.

— Oui, mais nous sommes à la fois les auteurs de ce massacre et une partie des victimes de ce massacre. Et pour être tout à fait honnête et sans être trop vindicatif, je crois quand même que ce qui est l’essentiel de ce qui est proposé aujourd’hui relève de la bouffonnerie. Voilà. Nous sommes en conflit nucléaire et nous affutons nos lance-pierres. Ça peut effectivement amuser les enfants pendant quelques soirées, mais ça ne va pas faire illusion longtemps. Et permettez-moi d’être parfaitement clair, si vous voulez, je crois qu’il faut absolument, c’est le plus urgent au niveau de l’action concrète comme vous le voulez, que nous sortions de l’état d’hébétude, pour ne pas dire d’aliénation qui est actuellement le nôtre. Si vous voulez, le verrouillage systémique a fait en sorte qu’aujourd’hui, les gens qui préfèrent leur enfant à leur argent passent pour des radicalisés, les gens qui préfèrent sauver la vie plutôt qu’un point de croissance passent pour des doux dingues. Alors, je pense que la plupart des gens dans cette salle fréquentent beaucoup d’économistes et se disent : « Oui, mais il y a des réalités économiques ! » Si vous voulez, mais moi, je suis physicien et je puis vous assurer que les réalités économiques, elles sont contractuelles. Les réalités biologiques, c’est-à-dire les gens qui meurent, les réalités physiques, c’est-à-dire le crash du système planétaire qui est actuellement en train d’avoir lieu, ça, ce sont des réalités non contractuelles. Elles se rappellent à nous et il va être temps d’être un peu sérieux.

  • Aurélien Barrau, est-ce que vous pensez qu’on peut changer de modèle profondément, rapidement, radicalement en évitant la décroissance, c’est-à-dire en continuant à préserver pour les humains de demain un développement économique et social et plus de confort ?

— Ah non, mais la croissance, ça ne m’intéresse pas du tout. Ce qui est intéressant, c’est le progrès, c’est le bien vivre, c’est l’amour, c’est la créativité. La décroissance, je l’appelle de mes vœux. Elle ne doit pas faire peur. Le PIB, on s’en fiche complètement. Ce n’est pas ça qui est important dans nos vies ! Non, non, je m’inscris en faux par rapport à ce dogme qui relève de la pensée magique qui voudrait que la croissance soit quelque chose d’indépassable et de fondamentalement bon pour nos vies. Aujourd’hui, la corrélation entre la croissance du PIB et la dévastation écologique est un fait scientifique acté. Donc il va falloir qu’on revoie nos logiciels. Et je m’inscris un peu en faux par rapport à mon voisin qui me disait : « Bon, moi je suis un peu plus âgé que vous et donc j’entends tout ça de plein… (superposition de paroles indistinctes entre AB/P)

  • La sagesse…

— Ah, oui ! Mais précisément, précisément, les populations d’animaux sauvages ont disparu de 60 %. C’est une catastrophe. Ce n’est pas une peur de l’avenir, c’est un bilan du passé et quand vous dites qu’il faut être précis, c’est-à-dire effectivement ne pas tout mélanger parce que ce sont des questions complexes, je suis on ne peut plus d’accord, mais je ne comprends même pas pourquoi vous la rabattez sur le problème du carbone, ce que je viens d’évoquer tout à l’heure n’a strictement rien à voir avec le réchauffement climatique, ce n’est pas le réchauffement climatique qui à ce stade est responsable de l’extinction de la vie sur Terre, pas tu tout, ce sont les pesticides, la surpêche, ce sont la disparition des espaces de vie. Donc manifestement nous n’avons dans cette salle de personnes concernées, qui n’ont pas encore même compris quel était l’enjeu du problème. Donc, je crois vraiment…

  • En tout cas on n’arrive pas à relier entre eux les différents enjeux.

— Mais c’est notre manière d’habiter l’espace, l’enjeu ! Si vous voulez, le point maintenant, ce n’est pas de faire une chose d’énergie propre parce qu’avec un bulldozeur qui fonctionne à l’énergie solaire, on peut raser la forêt amazonienne. On n’aura pas émis de CO2, mais on aura quand même rasé la forêt. Ce qu’il faut maintenant, c’est comprendre que la vie vaut pour elle-même, c’est de cesser d’instrumentaliser et de financiariser des valeurs qui sont fondamentalement hétérogènes à ces atrophies et à ces réductions et ce qui est extraordinaire, quand même, c’est que dans le passé, on aurait dû le faire pour éviter le colonialisme, pour éviter des affronts sociaux absolument extraordinaires, on n’a pas su le faire parce que les “dominants”, les puissants n’avaient aucun intérêt à le faire, mais aujourd’hui, même ceux qui ont les rênes ont intérêt à le faire parce que cette activité de surprédation devient suicidaire. Donc, si même cette fois, nous échouons ça relève quand même littéralement d’une sorte de folie humaine.

+++

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Au sud de l’Espagne, ces Algériens qui risquent leur vie pour l’Europe
En 2021, les Algériens ont été nombreux à tenter la traversée pour rejoindre la péninsule Ibérique, parfois au péril de leur vie. Le CIPIMD, une ONG espagnole, aide à localiser les embarcations en mer en lien avec les sauveteurs et participe à l’identification des victimes de naufrages, pour « soulager les familles ». Reportage.
par Nejma Brahim
Journal
Covid-19 : lever les brevets, une solution mondiale ?
Vaccination générale, nouveaux médicaments contre le Covid-19 : les profits des laboratoires pharmaceutiques explosent. Est-il envisageable qu’ils lèvent un jour leurs brevets ? On en parle avec nos invités Isabelle Defourny, de MSF, Jérôme Martin, cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Rozenn Le Saint, journaliste santé à Mediapart.
par à l’air libre
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Gauche(s)
Les partis de gauche opposés à la Primaire populaire durcissent le ton
Alors que le vote d’investiture de la Primaire populaire, qui compte déjà 288 000 inscrits, a lieu entre le 27 et le 30 janvier, les coups pleuvent sur cette initiative citoyenne. 
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Quand l’archaïsme du système des parrainages s’ajoute à celui du présidentialisme
La question de la pertinence du système des 500 parrainages revient régulièrement au moment de l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir au système de l’anonymat des signatures, il serait préférable d’élargir le champ de la responsabilité de la sélection aux citoyens.
par Martine Chantecaille
Billet de blog
Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle
La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.
par Jean-Pierre Roche