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Billet de blog 27 novembre 2021

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VERBATIM de l’intervention d’Aurélien Barrau au Global Positive Forum 2019

Pourquoi un verbatim alors que Youtube distribue à grand renfort d’électricité la vidéo où s’exprime Aurélien Barrau ? Parce que les paroles s’envolent et que l’écrit demeure, parce qu’il est plus aisé d’y revenir, de le copier et le reproduire, parce qu’on peut l’imprimer et prendre le temps de le relire, d’y penser, de critiquer, de le faire sien et d’agir avec les certitudes nécessaires.

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Extrait de 4’58’’

https://www.youtube.com/watch?v=RFYMy1JQmCU

Présentateur • Vous êtes séduit par ce genre de stratégie, c’est-à-dire, arriver à regrouper 10, 15 % de pionniers, mais surtout changer la manière de voir, de compter, la manière de mettre les choses en théories.

AB — Oui, mais il faut quand même que nous prenions la mesure de l’enjeu, j’ai bien compris que vous vouliez que nous nous attelions aux solutions et non pas aux constats, mais la révolution qui est nécessaire ne peut être comprise qu’au regard précis du constat. Donnez-moi trente secondes : deux informations très récentes qui sont passées sous le radar médiatique et qui sont peut-être les plus importantes de ce siècle. 1/ Nous venons d’apprendre que dans la branche du vivant qui comportait, et de loin, le plus d’individus, et de loin le plus d’espèces, la biomasse a chuté de plus de 67 % en une décennie. C’est une catastrophe planétaire.

  • C’est surtout les insectes, la part des insectes ?

— C’est beaucoup plus que les insectes, c’est les arthropodes, c’est énorme. 2/ Le second point fondamental, c’est que nous venons d’apprendre il y a quelques jours, c’est que la moitié des points dits de basculement irréparable sont déjà atteints, beaucoup plus rapidement que ce qui avait été pris dans les pires scénarios des scientifiques. Donc nous sommes littéralement dans un état d’extermination massive de la vie sur Terre. Nous sommes en guerre totale.

  • Extinction, rébellion, si j’ose dire.

— Oui, mais nous sommes à la fois les auteurs de ce massacre et une partie des victimes de ce massacre. Et pour être tout à fait honnête et sans être trop vindicatif, je crois quand même que ce qui est l’essentiel de ce qui est proposé aujourd’hui relève de la bouffonnerie. Voilà. Nous sommes en conflit nucléaire et nous affutons nos lance-pierres. Ça peut effectivement amuser les enfants pendant quelques soirées, mais ça ne va pas faire illusion longtemps. Et permettez-moi d’être parfaitement clair, si vous voulez, je crois qu’il faut absolument, c’est le plus urgent au niveau de l’action concrète comme vous le voulez, que nous sortions de l’état d’hébétude, pour ne pas dire d’aliénation qui est actuellement le nôtre. Si vous voulez, le verrouillage systémique a fait en sorte qu’aujourd’hui, les gens qui préfèrent leur enfant à leur argent passent pour des radicalisés, les gens qui préfèrent sauver la vie plutôt qu’un point de croissance passent pour des doux dingues. Alors, je pense que la plupart des gens dans cette salle fréquentent beaucoup d’économistes et se disent : « Oui, mais il y a des réalités économiques ! » Si vous voulez, mais moi, je suis physicien et je puis vous assurer que les réalités économiques, elles sont contractuelles. Les réalités biologiques, c’est-à-dire les gens qui meurent, les réalités physiques, c’est-à-dire le crash du système planétaire qui est actuellement en train d’avoir lieu, ça, ce sont des réalités non contractuelles. Elles se rappellent à nous et il va être temps d’être un peu sérieux.

  • Aurélien Barrau, est-ce que vous pensez qu’on peut changer de modèle profondément, rapidement, radicalement en évitant la décroissance, c’est-à-dire en continuant à préserver pour les humains de demain un développement économique et social et plus de confort ?

— Ah non, mais la croissance, ça ne m’intéresse pas du tout. Ce qui est intéressant, c’est le progrès, c’est le bien vivre, c’est l’amour, c’est la créativité. La décroissance, je l’appelle de mes vœux. Elle ne doit pas faire peur. Le PIB, on s’en fiche complètement. Ce n’est pas ça qui est important dans nos vies ! Non, non, je m’inscris en faux par rapport à ce dogme qui relève de la pensée magique qui voudrait que la croissance soit quelque chose d’indépassable et de fondamentalement bon pour nos vies. Aujourd’hui, la corrélation entre la croissance du PIB et la dévastation écologique est un fait scientifique acté. Donc il va falloir qu’on revoie nos logiciels. Et je m’inscris un peu en faux par rapport à mon voisin qui me disait : « Bon, moi je suis un peu plus âgé que vous et donc j’entends tout ça de plein… (superposition de paroles indistinctes entre AB/P)

  • La sagesse…

— Ah, oui ! Mais précisément, précisément, les populations d’animaux sauvages ont disparu de 60 %. C’est une catastrophe. Ce n’est pas une peur de l’avenir, c’est un bilan du passé et quand vous dites qu’il faut être précis, c’est-à-dire effectivement ne pas tout mélanger parce que ce sont des questions complexes, je suis on ne peut plus d’accord, mais je ne comprends même pas pourquoi vous la rabattez sur le problème du carbone, ce que je viens d’évoquer tout à l’heure n’a strictement rien à voir avec le réchauffement climatique, ce n’est pas le réchauffement climatique qui à ce stade est responsable de l’extinction de la vie sur Terre, pas tu tout, ce sont les pesticides, la surpêche, ce sont la disparition des espaces de vie. Donc manifestement nous n’avons dans cette salle de personnes concernées, qui n’ont pas encore même compris quel était l’enjeu du problème. Donc, je crois vraiment…

  • En tout cas on n’arrive pas à relier entre eux les différents enjeux.

— Mais c’est notre manière d’habiter l’espace, l’enjeu ! Si vous voulez, le point maintenant, ce n’est pas de faire une chose d’énergie propre parce qu’avec un bulldozeur qui fonctionne à l’énergie solaire, on peut raser la forêt amazonienne. On n’aura pas émis de CO2, mais on aura quand même rasé la forêt. Ce qu’il faut maintenant, c’est comprendre que la vie vaut pour elle-même, c’est de cesser d’instrumentaliser et de financiariser des valeurs qui sont fondamentalement hétérogènes à ces atrophies et à ces réductions et ce qui est extraordinaire, quand même, c’est que dans le passé, on aurait dû le faire pour éviter le colonialisme, pour éviter des affronts sociaux absolument extraordinaires, on n’a pas su le faire parce que les “dominants”, les puissants n’avaient aucun intérêt à le faire, mais aujourd’hui, même ceux qui ont les rênes ont intérêt à le faire parce que cette activité de surprédation devient suicidaire. Donc, si même cette fois, nous échouons ça relève quand même littéralement d’une sorte de folie humaine.

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