Note à moi-même et aux autres qui passent les concours de la police

Petite aide de mise en situation

Vous le savez, les concours de la fonction publique sont laborieux.

Pour reprendre une idée de Bergson, je dirais qu'ils s'inscrivent plus dans le temps que dans la durée. En effet, la réussite aux concours n'est pas liée à un avant (un état de connaissance suffisant car cela dépend de la chance et du correcteur) et ne donne pas lieu à un après (elle donne un travail certes, mais qui peut être bien différent de l'intitulé du poste : ainsi, est-on gardien de la paix quand on garde une porte à longueur de journée ?). Passons.

Si vous arrivez un jour à l'oral du concours de gardien de la paix, d'officier de police ou de commissaire de police, il est possible que l'on vous pose des questions sur le code de déontologie et des questions qui touchent à votre propre morale.

Ainsi, on peut vous demander : vous êtes le commissaire responsable du maintien de l'ordre pendant les manifestations du premier mai. A. Benella, proche d'Emmanuel Macron et accessoirement chargé de mission pour l'Elysée et chapeauté par M. Delpuech décide d'aller casser du manifestant. Vous lui avez fourni au préalable un équipement de MO (maintien de l'ordre) pour éviter qu'il ne se blesse. Il frappe une jeune et un jeune devant vos yeux, que faites-vous ?

 

Réponse adaptée : je fais preuve de discernement (article R. 434-10 du code de déontologie de la police et de la gendarmerie nationale - inscrit dans le code de la sécurité intérieure) et je fais jouer le secret professionnel (article R. 434-8 du même code). Ainsi, je le laisse faire ce qu'il veut sans rien dire à personne (combinaison des deux articles précités). En effet, il s'agit d'un proche du chef de l'Etat, son comportement, en plus d'être utile, est tout à fait légitime. Il est dans les petits papiers de l'Elysée, il fait ce que bon lui semble et en frappant des gamins, il agit sous l'égide du pater familias, que l'on peut traduire par "bon père de famille" (que les juristes connaissent bien) dans la situation présente. En somme je ne fais rien et j'applaudis à deux mains.

Réponse inadaptée : c'est une infraction pénale, en tant que représentant de l'autorité hiérarchique et de l'Etat, je fais procéder à son interpellation, j'en avise le procureur de la République ainsi que ma hiérarchie, l'affaire pouvant devenir politique. Le policier, qui veille pour la patrie doit faire cesser l'infraction.

Bref, si vous arrivez devant le jury et qu'il vous dit vous arrêtez une personne qui grille un feu rouge, elle baisse la vitre et c'est votre mère, que faites-vous ? Répondez simplement : "je ne fais absolument rien, j'ai cru que c'était A. Benalla au volant, parfois je le confonds avec ma mère". Vous en serez félicité.

 

En espérant avoir pu en aider certains.

 

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