TRÈS BIEN MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, APPELONS LA MAIRIE

Je vais confesser ma paresse. Le calendrier saisonnier m’oblige à me consacrer sur mes impératifs nourriciers. Alors, prié de prioriser, me voilà pris en train de m’adonner à l’écho du commentaire spectaculaire. Il faudra, de ce fait, me jeter la pierre.

Je vais confesser ma paresse.
Le calendrier saisonnier m’oblige à me concentrer sur mes impératifs nourriciers.
Alors, prié de prioriser, me voilà en train de m’adonner à l’écho du commentaire spectaculaire.
Il faudra, de ce fait, me jeter la pierre.
J’avais de la paille à emballoter hier alors je n’ai pas pris le temps de re-regarder Monsieur le Nouveau Premier Ministre s’adresser à nous, population, dans ce qui, malgré la vacuité indécente de son incarnation, continue à s’appeler la représentation nationale.

J’ai donc compris, au gré des analyses, brillamment uniformisées de nos vigies éditoriales que le nouvel hôte de la rue de Varenne avait la préoccupation de l’assise de son autorité et que par un, inutile?, ricochet il n’avait pu s’empêcher de manifester avec virilité son besoin immédiat d’autorité en déposant un gros caillou sous le talon du nouveau garde des sceaux qui avait, téméraire, justifié son vertige ministériel par une filiation présidentielle.

Des juges de proximité destinés à faire le boulot que font déjà des représentants du parquet, les délégués du Procureur?
Dans un environnement judiciaire exsangue, à bout de souffle d’une réorganisation à marche forcée et d’une juridicisation de nos comportements, nul doute que le nouveau Garde des Sceaux appréciera de devoir s’embarrasser d’un dispositif dont le sens échappe à ceux, qui chaque jour, font l’action judiciaire.
Le Ministre s’est présenté comme Ministre d’un gouvernement, il est servi.
Projeté de fait dans une défiance vis-à-vis du parquet, notre représentant ne l’oublions pas, il va devoir bidouiller un objet concurrentiel confié au siège magistral et devoir témoigner d’une confiance en une indépendance dont il questionne depuis toujours les déterminismes sociaux et les biais en découlant.

S’il souhaitait consacrer son énergie à des réformes fortes, emblématiques, difficiles puisque devant affronter le temps organisationnel et institutionnel en une douzaine de mois, il va devoir dès à présent composer avec un joujou premier-ministériel, qui, tout droit sorti d’un monde où tout doit être respecté au nom de la propriété, veut s’offusquer d’une signature au poska qui marque l’appropriation par un aspirant d’un territoire dont les tenanciers s’acharnent à ne pas vouloir le partager.

Se poser la question d‘un retour au vingtième siècle marquerait mon déni de ce que sont nos territoires, exhalés avec amour par le chef du gouvernement.
Non, il ne s’agit pas d’un retour en arrière, juste l’aveu, stupéfiant de sincérité de l’appréhension de notre réalité sociale par un héritier, qui se câlinant à la proximité, ne comprend pas notre monde en phase aigüe de dislocation.

En agitant le chiffon, à l’odeur indéterminée, des séparatismes, il joue un coup à deux bandes.
La première est, bien aidée par l’indifférence généralisée au sens, à la chose politique et démocratique si elle n’est pas formatée en support vidéo de 45 secondes, un sucre moisi à ceux qui ont peur des arabes, des noirs, des zadistes, des blacks blocks, des gilets jaunes.
Ces gens là sont dangereux alors ils seront traqués et punis.
La deuxième bande est un message intelligible à ceux qui contestent l’ordre établi.
Eux, les braqueurs-héritiers de notre délégation de l’organisation collective, comprennent très bien le danger encouru par ces forces qui s’organisent et ils préviennent.
Vous qui vous agitez, vous ne trouverez que le rapport de force et la domination en réaction.
Une fois de plus.
Et pour se faire, entre tenanciers des territoires dominants, les maîtres des territoires blancs et ruraux veulent faire alliance avec leur dominateur parisien pour tenir à distance populations reléguées, peu importent leurs implantations géographiques.

Et il nous faudrait croire au bon sens à l’œuvre au sein de ces territoires?
Monsieur le Premier Ministre, seriez-vous à ce point aveugle de votre condition?
Que se passe t’il au sein de ces territoires?
Et bien prospèrent, aidés par nos démissions collectives, les appétents, les aiguisés, les ambitieux, ceux qui consacrent leurs sensibilités aux jeux de pouvoirs et de domination de l’arrondissement et du pâté de maison.

Ce petit monde est soudé et grouille d’apprentis édiles en quête de reconnaissance.
Cadres moyens et supérieurs, directeurs d’écoles, présidents d’associations, métiers administratifs (est-ce vraiment un métier), chefs d’entreprises font converger leurs intérêts intériorisés et pas totalement conscientisés en les fardant d’un bon gros blush dégueulasse.
Celui de l’intérêt de la collectivité.

Alors on parle des autres.
De nous en fait, les administrés.
Bons à mettre un petit bulletin dans l’urne tous les 6 ans et ensuite à fermer sa bouche si notre demande se refuse à activer la corde du clientélisme banal et paternaliste d’une petite municipalité de bon sens, d’un territoire si gentiment administré.
On se sert de nous pour alimenter les conseils municipaux, intercommunaux où nous n’avons pas la parole et où notre simple présence suffira à attiser un intérêt qui, en fin de mandat, poussera notre pire ennemi à essayer de nous recruter.

On fait, dans les territoires de bon sens, de la démocratie représentative de la même façon qu’elle s’exerce dans notre centre parisien.
Les petits arrangements entre amis, avec la réglementation sont connus du correspondant local de la PQR qui aime les raconter lorsqu’il il a trop picolé mais qui ne jamais les écrira sur sa feuille de chou intronisé canard local.
On use dans les territoires de bon sens des mêmes barrières.
Ah non vous comprenez, il faut voir avec le Maire.
Ah non vous comprenez, un habitant comme ça ne peut pas être un acteur de développement, s’il n’est pas membre d’une association.
Ah non vous comprenez, on ne peut pas vous laisser récupérer de la pelouse coupée de bon matin, on ne sait jamais, s’il arrivait quelque chose.

Non Monsieur le Premier Ministre, rien n’est plus simple sur les territoires où l’abus de pouvoir, la tambouille, l’entre-soi électif tournent à plein régime.
Je crains même qu’ils ne soient un puissant moteur à séparatisme, écœurant des habitants qui voient, clair et dont certains vont continuer de vous dire non.

Non à ce monde qui bride la création.
Non à la représentation démocratique.
Non à ceux qui confondent places et fonctions.

Vous voulez inaugurer votre machine à nouveautés, Monsieur le Premier Ministre?
Chouette, je mets une pièce, ce sera la seule.

Et si.
Vous compreniez que c’est un changement d’idéal qui est attendu.
Pas à coups de milliards d’euros mais de convictions intimes et intérieures.
Que le risque encouru par l’aventure authentique doit être stimulé et sécurisé.
Qu’il vous faut combattre les chapelles, les territoires, les enclos de pouvoirs et compétences.
Que votre ennemi est ce mécanisme qui reproduit la société et non celui qui veut la séparer afin de la recomposer.

Et si vous réformiez les écoles, qu’elles qu’elles soient.
En introduisant en leurs seins, des musiques dissonantes ne cachant pas les déterminismes de leurs maïeuticiens.

Et si vous faisiez acte d’humilité, en encourageant ceux qui veulent contribuer à changer un ensemble dont les ravages les révoltent.
Alors peut-être vous n’auriez pas essayé de saborder votre ministre afin de sauvegarder votre pré carré, révélant votre nature profonde et déterminée.
Vous auriez compris l’ampleur de votre tâche et la noblesse de nos combats.
Vous auriez compris que face à ces horizons, il ne servira à rien d’appeler la mairie.

JH

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