DONALD TRUMP RÉVÈLE LE MONDE

Donald Trump a changé le monde. Tordons-nous la réalité en l’affirmant ainsi? Procédons.

Donald Trump a changé le monde.

Tordons-nous la réalité en l’affirmant ainsi?

Procédons.

Donald Trump fait partie de mon monde depuis qu’il a été élu Président des États-Unis.
Je connaissais son nom mais j’ignorais ce qu’il révélait d’une partie du monde.

J’ignorais sa capacité métabolique à transcender ses handicaps de classe.

Figure incandescente de l’ultra-riche, adepte du piétinement carabiné de toute personne placée sous son autorité?

Il devient mirage de ceux qui sont peu et n’ont rien.
L’horizon d’un tout-possible rassurant si nous éprouvions des difficultés à marcher sur, à piétiner, à enfoncer.
Nous ne le ferions que sur des victimes, des faibles, actant leurs responsabilités individuelles sur leurs déchéances qui se traduiraient par l’empreinte de nos godasses sur leurs visages.

Il reste le doudou de ceux qui, embarqués dans le navire concurrentiel, ne peuvent envisager leurs places qu’au dépend de celle des autres.

Il rassure ses pairs, voyant clignoter en lui l’enseigne lumineuse du maintien à tout prix de leurs acquis et du forage des océans de cupidité permettant encore plus d’engranger.

Donald Trump est irréel.
Ultra-riche, membre de l’élite mondiale, jouisseur de relations, de destinations exotiques, de l’opportunisme de ses privilèges de classe, il est un homme qui n’existe pas pour l’immense majorité d’entre-nous.
Ses congénères de classe contestent aussi son existence.
Il ne peut exister puisqu’en salissant leur image, il révèle l’artifice du mensonge, ciment de leur domination sociale et économique.
Et oui, Donald Trump n’est ni raffiné, ni élégant, ni cultivé, ni très intelligent.
Et le pire est qu’il n’essaie même pas de faire semblant.

Donald Trump est un jouisseur décomplexé qui ne perçoit pas l’intérêt de farder le processus qui lui a permis d’accéder aux différentes places qui sont les siennes.
Héritier, parvenu, spéculateur, il ne vise que le toujours plus.
Et ne voit pas l’intérêt de convaincre les foules qu’il règnerait derrière cet état de fait un mystérieux voile symbolique, démocratique, méritocratique qui s’appuierait sur des idées, héritage d’un lent processus civilisationnel et humaniste.

Donald Trump va droit au but et il perfore, depuis quatre ans, une brèche immense dans le pouvoir des idées.
Il scie la branche sur laquelle ces idées se paraient d’attributs inaccessibles à la plèbe.
Il les enserre, joue avec et fait voler en éclat les compromis et convenances parées à l’infini.

Donald Trump est un génie empirique.
Son plus beau fait d’arme demeure sa démonstration implacable de la réalité sociale comme une construction.
En se réfugiant derrière la fake-news dès qu’elle ne sert pas ses intérêts, il ne pouvait qu’irriter les fabricants d’actualité ainsi démasqués et subjuguer ceux qui entendent, au fond d’eux, leur dérangement face à une fabrique d’informations dont ils pressentent qu’elles ne peuvent être vierges d’orientations.

Donald Trump est une oeuvre philosophique.
Il éprouve la vérité, la subjectivité, la fraternité, la monstruosité et vient confirmer le caractère implacable de nos abandons.
À nous.
Humaine espèce.
Vaisseau occidental flottant vers des horizons drapés du toujours mieux, du toujours plus juste, du toujours plus démocratique, nous avons, au fil de nos siècles de ravages et de domination, appris à canaliser notre nausée, notre gêne et nos hauts-le-coeur.
Nous avons inventé le miroir sans reflet, masquant le sacrifice de nos idéaux au pragmatisme.
Traitement individuel de masse.
Approche quantitative.
Acceptation de populations oubliées puisque marge statistique.
Nous interdisons désormais ceux qui oseraient prétendre que nous n’existons, supposés libres, qu’au détriment de la liberté des autres.
En mitraillant à tout va à la fake news, Donald Trump a réduit les réseaux d’influence médiatique à leur nature qui était interdite d’expression au grand public.
Un simple canal.
Une voix parmi les voies.

Donald Trump est une ligne de failles.
En écartelant le sol, il engloutit et libère.
Il révèle ce que les idées, corrompues, réussissaient à canaliser en se fourvoyant dans la censure.
Notre révolution industrielle, capitalisée, financiarisée, mondialisée ne respecte pas l’harmonie.
Révoltes, misère, précarité, pauvreté, terrorisme, suicides, pharmacologisation traduisent la maladie de notre corps social.
Symptômes familiers, nous apercevons désormais la crête dont Donald Trump se révèle un puissant accélérateur.
Celle du combat fait à l’honneur.

Soupçonné de collusion, d’allégeance ou d’être victime d’un chantage de l’historique ennemi russe, Donald Trump est un homme qui ne vacillera pas.
S’il était vaincu, il ne laisserait pas sa place, hurlant être victime d’un trucage.
S’il était reconnu corrompu, il serait victime, d’un système, d’une élite qui le déteste et cherche à lui nuire.
Il mourrait, emprisonné ou exécuté.

Mais il ne succomberait pas.

Au déshonneur.

Il ne se suiciderait pas.

Il tonnerait jusqu’au bout, avoir été victime de ceux qui détiennent les pouvoirs, les contrôles, pouvoirs de contrôles qu’il n’aurait pas réussi à rapatrier.

Donald Trump vient révéler notre monde.
Le mépris des idées.
La compréhension par tous d’une organisation collective verrouillée et à réinventer.
La croissance exponentielle, fulgurante des déshumanisés voulant nous maîtriser avec méthode et efficacité.

Grâce à lui, ils n’ont plus, eux, à avancer masqués.

JH

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