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Billet de blog 3 déc. 2021

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Quand la campagne de vaccination vient cacher la crise de l'Hôpital Public

[Rediffusion] Que comptez-vous faire pour sauver l'Hôpital Public, Monsieur Le Ministre? Vous bornerez vous à « votre Ségur »? Le compte n'y est pas. Les soignants continuent de quitter l'Hôpital Public quand ils ne quittent pas simplement le métier de soignant.

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Depuis 10 jours, les médias se sont emparés de l'apparition de Omicron, de l'évolution du nombre de cas, de la vaccination urgente pour contrôler l'épidémie de Covid. Monsieur Veran se fend ce matin d' "être dans le faire" sur FranceInfo. Alors ce billet est pour vous, Monsieur Le Ministre des SOLIDARITES et de la SANTE.

Que comptez-vous faire pour sauver l'Hôpital Public, Monsieur Le Ministre? Vous bornerez vous à "votre Ségur"? Le compte n'y est pas, Monsieur Le Ministre. Les soignants continuent de quitter l'Hôpital Public quand ils ne quittent pas simplement le métier de soignant. Qu'ils soient plombier à l'hôpital ou professeur des universités et praticien hospitalier, le personnel de l'Hôpital Public s'en va.

Quel sera le résultat de cette perte d'attractivité de l'Hôpital Public? Les missions de cette institution sont multiples à l'échelle de la société française: soigner la population, éduquer les patients, les accompagner dans leur lutte contre la maladie ou leur permettre une fin de vie dans la dignité, mettre en place les politiques de prévention visant à améliorer la Santé Publique, enseigner aux futurs soignants leur métier, les accompagner dans leurs premières armes quand il s'agit pour bon nombre d'entre eux de leur première expérience professionnelle, développer la recherche et l'innovation en santé, ces vecteurs d'une société qui progresse. En abandonnant l'Hôpital Public, à qui transférera-t-on ces valeurs, ces tâches?

Monsieur Le Ministre, vous qui soutenez Monsieur Le Président Macron, vous semblez de plus en plus tourner le dos à l'Hôpital Public et ouvrir vos bras au secteur privé de la Santé. Je ne suis pas contre le secteur privé. Il est le complément utile au secteur public et inversement. Ces deux systèmes ne s'opposent pas, ils s'entraident s'ils coexistent. Toutefois, si le secteur privé devenait le seul acteur de la santé en France, à quoi devons-nous nous attendre?

Je me trompe peut-être mais j'ai bien peur que la disparition du secteur public dans la santé représente la porte ouverte à un énorme bouleversement de la société française. Quand la permanence de soins ne reposera plus sur le système public essentiellement, les acteurs privés de la santé en feront-ils encore une action vertueuse? Quand les plus pauvres (les patients aujourd'hui protégés par l'AME, la CMU, les citoyens touchant le RSA ou au chômage, les bas salaires) ne pourront pas se payer une protection de leur santé par les mutuelles, les actionnaires de ces groupes privés accepteront-ils de financer les soins de cette grande partie de notre société? Tous les groupes mutualistes ne se comportent pas comme des requins (et heureusement) mais certains commencent déjà à demander à leurs "clients" de chercher eux-mêmes les soins au coût le plus bas. Qu'en sera-t-il quand la santé privée sera la seule santé disponible?

La société française est-elle prête à accepter que les plus pauvres ne puissent plus se soigner? Est-elle prête à laisser sur le carreau les "sans dent" du Président Hollande? J'ose espérer que non mais, je l'avoue, j'ai peur que les actionnaires et les lobbies de la santé parviennent à leur fin au détriment des valeurs essentielles de la France, de sa Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, de sa devise... A l'heure où certains territoires français se révoltent contre l'abandon de l'Etat qu'ils subissent depuis des décennies, la menace semble planer: sommes-nous prêts à voir s'installer, bien au delà de la simple "lutte des classes", la violence qui surgirait de l'abandon de 20% de la société française? 

Monsieur Le Ministre, si vous faisiez partie de ces 20%, comment réagiriez-vous si l'Etat vous abandonnait? Si les groupes privés de la santé vous refusaient l'accès au soin parce que vous leur coûteriez plus que vous ne leur rapporteriez? Si vous ne pouviez offrir à vos enfants, à vos parents, des soins de qualité, des soins empreints d'humanité (comme ceux que l'Hôpital Public et le secteur privé actuel essaient encore d'apporter à tous aujourd'hui)? Ne pourriez-vous pas devenir violent? Monsieur Le Ministre, méfiez-vous. Je ne suis pas certains que les forces de l'Ordre seront assez nombreuses pour contenir la vague qui submergerait notre pays si les plus pauvres ne pouvaient plus se soigner, ces mêmes forces de l'Ordre qui manquent de moyens et qui elles aussi ont parfois l'impression d'un manque de sens de leur métier dans la gouvernance telle qu'elle est menée aujourd'hui.

Il faut réformer le système de santé, c'est certain, mais pas le détruire. Bienheureux celui qui parierait sur un monde meilleur et solidaire qui renaîtrait des cendres de l'Hôpital Public. 

Monsieur Le Ministre des SOLIDARITES et de la SANTE, il est temps d'agir. Qu'êtes-vous prêt à faire aujourd'hui pour réellement sauver le système de santé français, son Hôpital Public? Accueillerez-vous demain les soignants et les usagers qui veulent sauver l'Hôpital Public ou resterez-vous indifférent à leurs cris d'alarme? Des Français vous attendent, Monsieur Le Ministre. Serez-vous présent à ce rendez-vous avec l'Histoire?

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