Vaccination anti-Covid: un délitement de la confiance

En plein coeur de l’hiver où l’incertitude cristallise toutes les angoisses, la décision de tester le vaccin sur les personnes âgées en EHPAD voire à le rendre obligatoire inquiète, interroge et met en difficulté la politique vaccinale anti-Covid19.

Comment expliquer que les Français soient réticents à l’idée d’un vaccin obligatoire contre la COVID-19 ? Tout simplement, car nos concitoyens n’ont plus confiance ni envers les autorités publiques ni envers les scientifiques. Ce délitement entre le peuple et ses élites est le fruit de nombreuses années d’abandon où ont pu germer les théories complotistes et la perte de cohésion nationale. Il s’agit moins de s’allier aux anti-vaccins que de comprendre les réticences de la population à être vaccinée de force pour voir ce qu’il se passe après alors que le contexte global les incite guère à faire confiance aux « sachants ».

Le début du quinquennat a été marqué par le sceau de la vaccination lorsque Mme. Buzyn, alors ministre de la Santé, décide de passer de 3 à 11 vaccins obligatoires chez les enfants sans consultations les citoyens3. Cette décision à fait naître de vives inquiétudes chez les parents des jeunes enfants et des futurs parents, ainsi, que l’émergence du courant anti-vaccin et des vagues complotistes. Les autorités sanitaires sont restées étonnamment muettes pour rappeler l’histoire de la vaccination en France et dans le Monde, expliquer l’importance de la couverture vaccinale pour la protection de masse, ni même la résurgence de la rougeole ou de la rubéole qui risque d’entraîner la mort de nos plus jeunes. La seule création d’un site internet pro-vaccination: VaccinationInfoService.fr sera peu utile pour redonner le blason de l’innovation de Pasteur.

La parole gouvernementale ne parvient plus aux oreilles des Français qui se lassent de l’amateurisme et des contradictions constante. Les annonces de re-confinement par le Premier ministre, aussi appelé M. Déconfinement, qui s’appuie sur des chiffres de contamination erronés à cause de logiciels qui ne permettent pas la remontée efficace des tests positifs, l’amalgame entre les personnes COVID-19 positive et personnes en réanimation. Cet amateurisme a pour conséquence une absence de respect des règles sanitaires4 et une augmentation des cas déprimes et autres pathologies mentales5.

« J’ai eu le doyen de la faculté, enfin lui, il ne les avait plus ses facultés » disait Coluche, comment définir autrement ces experts des plateaux-télés ? Les scientifiques qui se battent en plateau car chacun prétend avoir la solution miracle, détenir la vérité ultime, prévoir des vagues de virus successives... Cependant, la question principale, « comment se transmet le virus ? » n’est toujours pas résolu. Comment expliquer le nombre de cas plus important pendant la seconde vague que lors de la première alors que nous avons des masques, que nous appliquons les gestes barrières et sommes soumis à des couvre-feu et confinement6. Si bien, que la moitié de la population serait prête à ne pas se faire vacciner si un vaccin était disponible7.

Pour le scientifique que je suis, les dernières découvertes pour produire le vaccin anti-COVID-19 sont extraordinaires et font preuve d’une maîtrise technique indéniable. Cependant, la main-mise des entreprises privées et cette volonté d’imposer la vaccination fait miroiter l’espoir d’un enrichissement des laboratoires et d’une économie de tests par une réalisation grandeur nature. Pouvons-nous oublier le procédé de Pasteur pour tester la Vaccination contre la Rage ? Pouvons- nous accepter d’employer une technologie qui n’a jamais été utilisée chez l’Homme ? Pouvons- nous oublier son temps de production court et les essais cliniques réduits au minimum ? Pouvons- nous oublier que des pays riches ont déjà réservés des doses alors qu’il devrait être universel ?

Les vaccins ont fait la preuve de leur efficacité : poliomyélite, rougeole, rubéole, BCG et d’autres encore sont incontestablement indispensables pour lutter contre les maladies, cependant, ce n’est pas leurs bienfaits qui sont mis en défaut, mais la manière dont les pouvoirs publics veulent mettre en place la vaccination contre la COVID-19. De faire naître l’espoir et de redonner confiance aux Français au risque de courir à des situations d’insurrection comme nous avons pu le voir dans des pays voisins.

Johnny Delort-Dedieu

1  https://www.ouest-france.fr/sante/vaccin/covid-19-la-premiere-phase-de-la-vaccination-pourrait-commencer-le-4- janvier-dans-les-ehpad-7074740

2  https://www.kantar.com/fr/inspirations/politique-et-opinion/2020-barometre-politique-decembre

3  https://www.rtl.fr/actu/politique/pourquoi-agnes-buzyn-a-fait-des-vaccins-obligatoires-une-priorite-du-quinquennat-7790587864

4  https://www.sudouest.fr/2020/11/12/reconfinement-60-des-francais-ont-transgresse-les-regles-8068873-11210.php

5  https://www.who.int/fr/news/item/05-10-2020-covid-19-disrupting-mental-health-services-in-most-countries-who-survey

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