Les cent ans du poète grec Odysseus Elytis

Il y a cent ans, le 2 novembre 1911, naissait le poète Odysseus Elytis, à Héraklion, en Crète – l’île, encore province du royaume ottoman, sera rattachée à la Grèce en 1912-1913 (ainsi que Chio, Samos et Lesbos, ville de la poétesse Sappho et des parents d’Elytis). En 1929, Odysseus Elytis découvre le surréalisme français et publie ses premiers poèmes. Il traduit Eluard, Jouve, Lautréamont, et livre son premier recueil en 1939, Orientations. Il publie, vingt ans plus tard, son recueil de poésie le plus connu, Axion Esti (traduit par Xavier Bordes et Robert Longueville, coll. Poésie/Gallimard), et reçoit le prix Nobel de littérature en 1979. Il quitte ce monde en 1996, le 18 mars.« Justice intelligible ô soleil (Cantique 6) » fait partie d’Axion Esti. J’en donne ici la traduction précitée, où retentit un vers particulièrement émouvant aujourd’hui : « Ah n’oubliez pas ma patrie ! » JUSTICE INTELLIGIBLE ô soleil mental et toi fervent myrte de la gloirenon je vous en supplie non ah n’oubliez pas ma patrie !Aquilin son profil est fait de monts altiers de volcans aux flancs de vignes striésde maisons plus blanches d’être au voisinage du ciel bleu !Qu’elle tienne à l’Asie par certain côté et soit à l’Europe un peu adosséel’éther reste son vrai lieu et la mer son seul horizon !Et l’on n’y a nul souci del’étranger ni pour son frère une once d’amitiérien que le deuil ah par- tout et la lumière sans pitié !Mes mains irritées des or- ties de la Foudre je les replonge en arrière du Tempsj’appelle aux anciens amis armés de terreurs et de sang !Mais le sang a blondi à force de coupage et les terreurs ah se sont pétrifiéeset c’est l’un dans l’autre à présent qu’en revanche se ruent les vents !Justice intelligible ô soleil mental et toi fervent myrte de la gloirenon je vous en supplie non ah n’oubliez pas ma patrie !

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