Prostitution : mort de la femme honnête

L’Etat veut abolir la Prostitution. Il proposera ensuite l’abolition du Vol et du Crime, puis, pour couronner le grand-œuvre, l’éradication définitive du Mal. Beau programme. L’humanité attendait les socialistes français pour l’éclairer.
S’agissant de la prostitution, on s’était habitué, pourtant, à classer les femmes en deux catégories : les professionnelles et les autres. Or il faut bien constater qu’on ne peut se fier qu’aux premières, et ce pour plusieurs raisons toutes plus objectives l’une que l’autre.
La professionnelle a d’abord l’avantage d’afficher clairement ses tarifs avant toute transaction. On sait donc exactement ce que va coûter la prestation choisie.
Avec les amatrices, tarif et prestation restent fallacieusement opaques. On ne sait ni combien l’on devra payer, ni combien de temps, ni ce que l’on obtiendra en échange.
D’un simple dîner aux épousailles, d’un week-end à Venise aux vacances au bord d’un lagon, de l’achat d’une maison à l’engendrement de rejetons plus ou moins bornés, qu’il faudra nourrir, blanchir et dresser – tout se négocie au fil de l’eau, à demi-mot, de façon léonine et sournoise, le sentiment se vendant au prix fort de la liberté, la satisfaction des besoins hormonaux s’échangeant contre des biens et des services dont le prix reste toujours scrupuleusement tu – jusqu’au jour où se devront faire les comptes, souvent dans la fureur et le bruit.
S’agissant des prestations, c’est la même incertitude et la même inconstance. Fellation, cunilingus, coït, sodomie, triolisme, SM, échangisme : rien n’est exclu a priori du catalogue, mais, là encore, tout se négocie au prix fort d’un moment d’existence, au gré de pulsions rebaptisées sentiments, d’une hystérie maquillée en passion, de besoins érigés en désirs. La biologie est transfigurée en dessein de l’esprit, les humeurs en amours souveraines qu’il serait un péché, un crime, de contrarier, et le plaisir d’un soir se voit transformé en travail à plein temps non rémunéré, en habitude ingrate et dégénérative, en copropriété à faire fructifier, avec son règlement et ses lieux d’aisance.
Les prestations accordées sont d’ailleurs le plus souvent sans rapport avec le prix payé et ne présentent aucune garantie de qualité. La professionnelle a le souci du travail bien fait : elle veut, elle doit vous satisfaire et faire honneur à vos désirs, contre une rémunération à l’avance consentie et versée, sans remords ni regret.
L’amatrice se croit des droits, exige des contreparties, revendique sa rigueur, se fait gloire de son incompétence et de ses caprices, s’enorgueillit enfin de se donner sur le moment pour rien tout en œuvrant souterrainement à votre ruine – pas la ruine d’un instant ou d’un jour, mais celle, plus durable et profonde, d’un pan entier de votre vie.
En bref, avec la disparition de la professionnelle disparaîtra la possibilité même d’une relation sincère, honnête, avec une femme. Ne subsisteront plus que des rapports reposant sur le malentendu, la névrose, le mensonge, au mieux le non-dit, au pis l’instinct grégaire et la pulsion de mort.
Enfin, rappelons qu’avec la professionnelle, le dialogue est possible, et même l’amitié désintéressée.
Est-il nécessaire d’en dire plus ?

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