Eloge du loup solitaire

Le loup solitaire n’est pas un tueur.

Il ne se nourrit que pour apaiser sa faim.

Il n’attaque pas ses semblables.

Le loup solitaire fuit la société des siens, car il en connaît la bêtise et la férocité.

Il fuit les prêtres et les pasteurs, et méprise les troupeaux qui les suivent, bêlants et béats, un sourire haineux sur les lèvres.

Il entend, au loin, les aboyeurs à théories et à programmes, acclamés par des foules sans tête, des plèbes sans visage, prêtes à brûler un jour ce qu’elles ont adoré un autre, et se tourne d’un autre côté.

Le loup solitaire n’aime pas les chiens qui montrent les dents ou se couchent au signal, pantins pavloviens qui n’ont pas même la fierté de ne pas quémander leur pain, qui n’ont pas même la dignité de remercier celui qui le leur donne.

Le loup solitaire n’ignore pas ses faiblesses, mais il ne compte que sur ses forces.

Sans mépriser l’adversité, il n’en exagère pas le poids : il sait qu’aucun destin ne l’appelle et que l’histoire n’a pas plus d’envers que d’endroit.

Le loup solitaire n’a pas besoin de bible, de coran, de missel ou de manifeste. Il méprise les mots d’ordre, les arguments, les prêches – tous ces crachats souillant la gratuité du monde.

Le loup solitaire a de l’amitié pour lui-même, il ne s’adore pas.

Il n’est au centre de rien, pas même de lui-même.

Le loup solitaire ne connaît pas la foi ni le ressentiment.

Il sait que le bien n’est pas séparé du mal, ni l’amour de la haine.

Il se méfie des professeurs de vertu, des verseuses de bons sentiments et des éducateurs du peuple.

Il croit que deux et deux font quatre, et que quatre et quatre font huit.

Le vide des espaces infinis ne l’effraie pas.

Il aime le sommeil et la veille, le jour et la nuit, le poème du temps, l’immobilité de la vie qui passe.

Le sang baignant son âme est son vrai nom.

Il garde le cœur ouvert et sage.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.