Vous avez mangé de la viande de rat ?

Vous avez mangé de la viande de rat ?
Moi, je ne sais pas.

La Commission Européenne vient de sortir son rapport d’analyse de tests ADN d’échantillons de viandes :
-          http://europa.eu/rapidpress-release_IP-13-331_fr.pdf
-          http://ec.europa.eu/food/food/horsemeat/tests_results_en.htm

Mais dans ces rapports, on ne parle que de tests pour savoir si c’est de la viande de cheval.

En passant, le coût est de 400€ par test, soit 2,5 millions d’euros pour toute l’opération, pour toute l’Europe. Ca coûte, mais c’est peut-être encore dérisoire ? Rien que Leclerc déclare qu’il « va consacrer 6 millions d'euros cette année pour analyser les produits qu'il commercialise et vérifier s'ils contiennent de la viande de cheval, a indiqué le patron ».

Interprétation citoyenne

-          On apprend que quasiment tous les pays de l’UE sont touchés par la viande de cheval, et que la France est la plus touchée avec 13% de viande de cheval dans le boeuf.

-          Mais dire qu’il y a 13% de cheval, ne veut pas dire qu’il reste 87% de bœuf !
A ce qu’on peut lire :

  • On n’a testé que la viande supposée être du bœuf (pas les autres : mouton, etc…).
  • On n’a pas fait de test pour savoir si c’est du bœuf, mais seulement des tests pour savoir si c’était du cheval, et uniquement du cheval.
  • On n’a donc pas utilisé un protocole élémentairement scientifique : d’abord chercher si c’est bien la viande attendue (du bœuf par exemple), puis si ce n’est pas le cas, chercher ce que c’est.

-          Comme la Commission Européenne savait qu’un peu partout dans le monde il ne s’agissait pas que de bœuf et de cheval, que le bœuf mais aussi d’autres viandes pouvaient être remplacés par du cheval mais aussi par d’autres viandes, … en tant que citoyen, on peut considérer qu’ils ne voulaient pas en arriver à publier des résultats sur les autres viandes. Pourtant ne pas les chercher, ce serait très grave. Les chercher plus tard ? plus le temps passe plus la viande en circulation aura changé.
Là encore ça fait un peu la répétition de « pris la main dans le sac, on efface les traces, et on nous dit, les yeux dans les yeux : Circulez, il n’y a rien à voir ».

-          On savait déjà qu’il pouvait y avoir plusieurs autres types de viande de remplacement (en Europe et jusqu’en Afrique du Sud) :
http://www.sudinfo.be/660990/article/actualite/consommation/2013-02-11/lasagnes-findus-au-cheval-une-partie-de-la-viande-pourrait-etre-de%E2%80%A6-l-ane
http://www.20minutes.fr/ledirect/1108355/viande-ane-chevre-hamburgers-afrique-sud

-          Mais dans certains cas, après plusieurs tests ADN on n’arrivait toujours pas à connaître la nature de la viande, à croire donc que ce n’est pas celle d’un animal « standard » (« ni du boeuf, ni du porc, ni du poulet, ni du cheval, ni de la chèvre… ») : du chien ? du chat ? de la souris ? du rat ?
http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/de-la-viande-de-chien-dans-un-curry-d-agneau-a-londres_1235526.html

-          Est-ce que ça va changer ? Pas sûr… un peu plus de contrôle on dirait, mais si on s’arrête à « des sanctions pécuniaires équivalentes au gain issu de la fraude », la fraude restera statistiquement rentable.
http://www.rtbf.be/info/societe/detail_tests-au-niveau-europeen-5-de-viande-de-cheval-dans-des-produits-au-boeuf?id=7973621

-          Et on paie la Commission Européenne pour ça ? Et on l’a payée avant pour en arriver là ?
Rappel du contexte. On paie la viande à son prix, mais ce n’est pas la bonne viande. On paie des tests bactériologiques pour vérifier que la viande qu'on mange est saine, mais ces tests ne sont pas adaptés à la viande supposée. On paie les projets de traçabilité de cette viande à l'échelle européenne et mondiale, mais en fait cette traçabilité n'existe pas, et il n'est même plus question de savoir d'où vient la viande, on ne sait même plus de quelle viande il s’agit, et il faut recourir aux tests ADN au hasard à réception pour tenter de savoir ce que ça peut être.

Pure spéculation citoyenne

Après l’interprétation, osons la pure spéculation :

Après tout, quand éclate ce scandale mondial sans nom sur le marché lucratif de la viande remplacée, il doit bien y avoir des gens actifs qui y ont participé, des « coupables ». Il ne s’agit pas d’une erreur de camions.

Pour dépenser moins, les revendeurs ont acheté des viandes différentes selon les caractéristiques des pays : mouton prohibée du Royaume Uni, cheval de Roumanie, etc. A notre époque où une mode veut qu’on profite de la production en Asie pour réduire les coûts et augmenter les bénéfices, peut-être quelqu’un a eu l’idée brillante (là est la spéculation) "et si on faisait pareil avec la viande d’Asie ?".
Là-bas, le bœuf de bonne qualité n’est pas la viande la moins chère. En Chine, on mange aussi du chien, de la souris, dans certaines régions du chat, du serpent, etc. Et dans des régions d’Asie, du rat, bien moins cher que le bœuf (il y a même eu une explosion du marché du rat à la frontière  Vietnam / Cambodge...).

Notre Français devenu célèbre avec Offshore Leaks, Jean-Jacques Augier, qui a créé des boucheries à Pékin, avec de l'agneau de Mongolie et du boeuf d'Hubei, nous explique lui que là-bas la traçabilité est parfois moyenne (chez nous aussi, comme on vient de le découvrir) et que la viande congelée est très utilisée (on imagine donc transportable sur de plus grandes distances) : http://chine.aujourdhuilemonde.com/la-boucherie-michel-de-la-viande-chinoise-un-savoir-faire-francais

Donc, vu le nombre d’acteurs dans l’alimentaire et la finance, et vu ces déficiences, on peut imaginer que quelqu’un l’a eu cette idée brillante.

Alors, de la souris dans nos assiettes ?
Ou du chien, du chat, du rat… ? Peut-être… ou pas… Les tests de la Commission Européenne ne semblent pas destinés à nous éclairer sur ce point. Derrière le choc que ça peut représenter (manger du chien quand on aime notre chien qui dort à côté de nous, ou  manger du rat si on aime les rats, ou si on ne les aime pas), que ce soit d’Europe ou d’Asie l’absence de contrôles sanitaires/bactériologiques adaptés est d’une gravité extrême.
Vision citoyenne : en tout cas, on ne dit pas merci à certains de « nos représentants » européens pour avoir détruit l’Europe à ce point.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.