Mai 68 : Rotman connaît la chanson

C’est un film à écouter autant qu’à regarder. Les hymnes de Janis Joplin, Joan Baez, The Who ou Jimi Hendrix rythment 68*, le documentaire en forme d’opéra rock réalisé par Patrick Rotman, à l’époque étudiant à la Sorbonne.

C’est un film à écouter autant qu’à regarder. Les hymnes de Janis Joplin, Joan Baez, The Who ou Jimi Hendrix rythment 68*, le documentaire en forme d’opéra rock réalisé par Patrick Rotman, à l’époque étudiant à la Sorbonne.

Depuis des années, le réalisateur décortique les événements de Mai, en livres et en images, avec la minutie de l’historien et la passion de sa jeunesse envolée. Avec 68, produit par son grand frère Michel, de cinq ans son aîné et « plus politisé à l’époque », il signe une copie davantage évocatrice que pédagogique. « Le but n’était pas de faire un énième film historique ou d’analyse sociologique », assure-t-il.

 

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Son 68 est un documentaire à la fois sombre et flamboyant, qu’on achève de regarder avec le sentiment amer que cette année restera comme celle des rêves déçus et des illusions perdues. « On a cultivé la grande espérance messianique de changer le monde, mais il est toujours aussi injuste et inégalitaire », reconnaît Rotman, trotskyste devenu « bon social-démocrate au milieu des années 1970 ».

 

Le mois dernier, le soir de la projection du film dans le cadre symbolique du théâtre de l’Odéon, « occupé cette fois de son plein gré », ils étaient nombreux à avoir suivi le même itinéraire. Parmi les politiques, seuls le fabiusien Henri Weber et le jospinien Lionel Jospin étaient présents ce soir là.

 

Loin du simple hommage nombriliste réduisant Mai 68 à quelques échauffourées d’étudiants parisiens dans le Quartier latin, Patrick Rotman a pris le parti d’embrasser une période plus large, d’ouvrir le spectre. Sur fond de guerre du Vietnam, omniprésente, il met l’accent sur la dimension internationale du vent de contestation qui soufflait alors aux quatre coins du monde. Des événements commentés très sobrement par Vincent Lindon en voix off et illustrés par de fabuleuses archives (en couleur) souvent inédites.

 

De l’émergence soudaine de Dany le Rouge en France à la répression violente de manifestations estudiantines au Mexique, sans oublier les assassinats de Robert Kennedy ou Martin Luther King outre-Atlantique... Patrick Rotman a conçu son film comme « un torrent d’images, de lyrisme, de drames, de violence et de nostalgie ». Un torrent par lequel on se laisse emporter avec jubilation, le risque étant de finir noyé sous le flot des images tant on passe brusquement d’un coup de projecteur à un autre. Formidable film à voir, 68 n’est pas forcément le meilleur pour comprendre ce fameux mois de mai.

 

 

* 68, mardi, 20 h 50. France 2.

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