Serge Moati : "Respirer au rythme des politiques"

Une semaine après les élections municipales, le réalisateur livre son regard sur la campagne parisienne, dimanche sur France 5 (16h20 et 22h35). Une nouvelle fois, il a suivi au plus près ces candidats et candidates descendus dans l’arène pour le meilleur comme pour le pire. Il y a sept ans, La Bataille de Paris était à la hauteur de l’affrontement qui s’était joué et avait conduit à la défaite de Jean Tiberi. Cette fois, le combat était gagné d’avance pour un Bertrand Delanoë. Moati a pourtant réussi à tirer de ce cru 2008 un film savoureux (A l'assaut de Paris), une comédie humaine à déguster comme on dévore un roman. Rencontre avec le chantre de l’empathie journalistique : 

Une semaine après les élections municipales, le réalisateur livre son regard sur la campagne parisienne, dimanche sur France 5 (16h20 et 22h35). Une nouvelle fois, il a suivi au plus près ces candidats et candidates descendus dans l’arène pour le meilleur comme pour le pire. Il y a sept ans, La Bataille de Paris était à la hauteur de l’affrontement qui s’était joué et avait conduit à la défaite de Jean Tiberi. Cette fois, le combat était gagné d’avance pour un Bertrand Delanoë. Moati a pourtant réussi à tirer de ce cru 2008 un film savoureux (A l'assaut de Paris), une comédie humaine à déguster comme on dévore un roman. Rencontre avec le chantre de l’empathie journalistique :

 

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Dans votre film, Bertrand Delanoë est à la fois le grand absent et le grand vainqueur…

C’est vrai. Delanoë était très barricadé, il était quasiment impossible d’avoir accès à lui. Mais c’est logique, il était le maire sortant et voulait absolument mettre l’accent sur les candidats locaux. Sa stratégie de campagne était de ne surtout pas trop se montrer, l’Hôtel de Ville n’était donc pas un lieu où il était pertinent de se trouver pour le film.

 

A-t-il été plus dur de tourner qu’en 2001 ?

Le contexte a beaucoup évolué. Aujourd’hui, quasiment tout le monde a une petite caméra numérique, certains candidats vivent quasiment en permanence avec des gens en train de les filmer. Globalement, nous n’avons pas eu trop de problèmes, même si ça n’est jamais un exercice facile de se faire oublier. Concernant les exclusivités, une pratique que je n’aime pas, nous n’en avons pas négociées. Nous nous sommes bagarrés dans le même bain que les copains : en étant un peu partout, en se débrouillant, en rentrant quand même après s'être fait claquer la porte au nez. Le tout sans passe droit !

 

En même temps, le personnel politique sait très bien que votre film est toujours diffusé une fois connu le résultat du scrutin…

Oui, et du coup, ils ne peuvent pas faire campagne à travers moi, simplement dire ensuite : « regardez, je vous avais prévenus ». Si la chronique que nous tenons passait tous les soirs à 20h50 sur TF1, les politiques adoreraient. Mais ça changerait totalement les règles du jeu et je capterais une parole moins libre.

 

A droite, vous aviez quelques bons clients à votre disposition…

En plus, depuis le temps, je les connais assez bien : Goasguen, Lellouche, Panafieu ou même Cavada, ce sont de vrais personnages de fiction. Lellouche me sert d’ailleurs de trait d’union entre le film de 2001 et celui-ci.

 

A l’assaut de Paris commence en effet avec les dernières images de La Bataille de Paris

Pierre Lellouche lançant : « Halte au feu, morts aux cons », une formule qui s’est révélée une nouvelle fois valable à droite, un camp complètement déchiré dans la capitale. Homme de bons mots, Lellouche conclut aussi À l’assaut de Paris.

 

Avez-vous été déçu de l'absence de suspense quant à la réélection de Bertrand Delanoë ?

Pas à titre personnel, bien sûr, mais pas non plus sur le plan professionnel. C’est le syndrome Jeanne d’Arc : quand vous faites un film sur Jeanne d'Arc, vous savez comment l’histoire se termine, tout l’intérêt étant de la raconter comme si ça n’était pas le cas. C’est ce qui m’amuse en tant que conteur.

 

D’une manière générale, quelle impression vous a laissé cette campagne ?

A droite, l’élément déterminant a été l’impact du national sur ce scrutin local et donc le rapport à Sarkozy. Au départ, Françoise de Panafieu et toute la droite parisienne voulaient le soutien clair et explicite de Sarkozy. Dans le film, Panafieu confie à Pierre Charon, un très proche du Président, son besoin de se sentir aimée. Pendant ce temps-là Sarkozy donne des gages à Delanoë à propos du Grand Paris. Et quand il finit par déjeuner avec la candidate officielle de l’UMP dans la capitale, son soutien est devenu un boulet. Au même moment, jusque sur les marchés du 7e arrondissement, les électeurs de droite fustigent l’étalage de la vie privée du Président.

 

Dans le film, on découvre une Françoise de Panafieu très lucide à propos du Modem…

Quand ses conseillers la pressent de faire des appels du pied au Modem, je trouve qu’elle fait une bonne démonstration de flair politique : elle sait très tôt que Marielle de Sarnez n’appellera jamais à voter pour elle, elle le sent et ne s’est pas trompée.

 

A l’écran, la droite est omniprésente, alors que c’est la gauche qui a remporté l’élection…

Dans ce genre de film, il faut avoir un point de vue, ou plutôt un axe d'observation. Le nôtre était de nous placer du côté de ceux qui tentaient une opération reconquête à Paris. Même si celle-ci a très vite été vouée à l’échec. En 2001 nous avions fait l’inverse, il était cette fois plus intéressant de montrer des gens à l’assaut et non pas d’écrire la chronique de la réélection du maire sortant.

 

Vous faîtes ce genre de films depuis 1986, n’allez-vous pas finir par vous lasser ?

Non, la première fois en vidéo 8 (Chroniques de Mars) comme la dernière en date avec une mini caméra haute définition (À l’assaut de Paris), je prends toujours autant de plaisir à filmer des femmes et des hommes, dans une action qui s’appelle la politique. J’aime respirer à leur rythme, en respectant une dramatisation qui répond aux mêmes règles que celles de la fiction. La seule différence c’est que là tout est vrai.

 

Que disent les hommes politiques à propos de vos films dont ils sont les héros ?

Quand ils veulent être gentils, ils disent qu’en matière de film sur la politique, il y a eu un avant et un après Moati. Ca me flatte. Les autres considèrent que je veux les piéger en jouant les gentils. Quand ils veulent critiquer ma façon de procéder, ils disent que j’occulte totalement la dimension débat d’idées, programme, projet, etc. Ils ont 100% raison, mais ce n’est pas du tout mon propos, à l’inverse de ce que je fais dans Ripostes chaque semaine.

 

Interview

Jonathan Bouchet-Petersen

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