Bruno Gaccio frictionne la fiction

Pour la Nouvelle Trilogie de Canal+, l’ancien auteur des Guignols développe et produit des mini-séries atypiques. Hard, la plus aboutie pour l’instant, vient d’être doublement primée au Festival Roma Fiction.

Pour la Nouvelle Trilogie de Canal+, l’ancien auteur des Guignols développe et produit des mini-séries atypiques. Hard, la plus aboutie pour l’instant, vient d’être doublement primée au Festival Roma Fiction.

 

 

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« En matière de fiction, ce ne sont pas les talents qui manquent mais les points de chute pour les diffuser. » Pour la Nouvelle Trilogie, la case dans laquelle Canal+ diffuse le lundi en prime time des mini-séries innovantes réalisés par des réalisateurs débutants, Bruno Gaccio (La Fabrique) et son acolyte Gilles Gallud (La Parisienne d’images) jouent les dénicheurs de talents autant que les défricheurs de sujets. Neuf projets ont déjà vu le jour à l’initiative de ce duo : tous au format 3x26 minutes à l’exception de Hard, qui a eu droit à six épisodes.

 

«TF1 : des héros de 80 ans et des héroïnes de 80 centimètres…»

 

Comédie romantique se déroulant dans l’univers du porno, Hard a été doublement primée la semaine dernière lors du Festival Roma Fiction (meilleure réalisation plus une mention spéciale à Natacha Lindinger, qui tient le rôle principal). « Nous n’étions même pas à la cérémonie, c’est dire si on s’y attendait, confie Gaccio. Mais on est fous de joie et on va fêter ça avec la réalisatrice Cathy Vernet ». Avant même ces récompenses, une deuxième saison de Hard avait déjà été mise en chantier. « J’ai reçu cette semaine les premiers pitchs des douze nouveaux épisodes, ça a l’air top ! », s’enthousiasme l’ancien auteur des Guignols.

 

Hier, En attendant demain a à son tour fait son apparition à l’antenne de Canal+. « Il s’agit d’un vaudeville se déroulant dans une cité de la région bordelaise avec seulement deux acteurs pros au générique », explique Bruno Gaccio. Emballé par les trois créateurs de cette fiction, il travaille actuellement avec eux à l’écriture d’un long métrage. « A chaque fois que nous lançons un projet, l’objectif est de trouver de nouvelles façons de filmer ou de raconter des histoires, mais aussi d’aborder des thèmes inédits, détaille le producteur. C’est un vrai luxe par rapport à TF1, dont la priorité est de scotcher un maximum de monde en même temps sur le même programme ». Autant de contraintes qui ne poussent pas à être original : « A force de ne rien vouloir tenter, on finit par avoir des héros qui s’essoufflent. En même temps, avec des héros flics ou juges de 80 ans et des héroïnes de 80 centimètres, pas étonnant qu’il y ait une crise de la fiction. »

 

« La première série d’action à pied »

 

Sur Canal+, Turbulences avait ainsi été l’occasion de faire six plans séquences de 15 minutes, tandis que Hard traite d’un sujet inédit et original. Même logique pour Les vieux, une fiction d’anticipation, ou Doom-doom, dont les héros sont deux tueurs à gages. Pour la saison 4 de la Nouvelle Trilogie, qui sera à l’antenne à la rentrée, Gaccio annonce « la première série d’action à pied, un truc fabuleux dont le rythme est aussi intense que celui de 24h chrono, mais aussi Sweet dream, traitant sans concessions de l’adolescence, ainsi qu’une comédie « sino romantique » se déroulant dans le quartier chinois parisien ». Tenter, innover, créer, telles sont aujourd’hui les trois mamelles de la fiction à la sauce Gaccio : « Les téléspectateurs de Canal+ ne nous en veulent jamais quand on se plante, mais ils ne nous pardonneraient pas de ne pas essayer de nouvelles écritures. »

 

Très épanoui par sa nouvelle vie, même s’il ne pensait pas que « lire des pitchs, des synopsis ou des scénarii nécessitait autant de boulot », l’ancien papa spirituel des Guignols voit même une logique dans son parcours : « Les bons observateurs des Guignols avaient bien remarqué qu’il s’agissait d’un feuilleton quotidien et que nous n’étions pas des observateurs politiques mais des observateurs du caractère d’hommes politiques, d’artistes, de personnalités ou de sportifs. A l’époque déjà, « (mon) objectif était de créer des personnages que nous pouvions faire évoluer dans la durée ». « Chirac versus Balladur en 1995, c’est rien de moins qu’un drame Shakespearien. » Et en ce moment, à quoi assistons-nous ? « A une tragédie », tranche Gaccio sans hésiter.

 

Jonathan Bouchet-Petersen

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