Le blues du Dolar argentin

 Comme expliqué dans le billet précédent, l'Argentine traverse depuis plusieurs années une crise économique qui se traduit par une inflation incontrôlée, notamment pour cause d'une dévaluation importante du peso. Face à cette dynamique mortifère, le salaire moyen étant à peine suffisant pour subvenir à l'ensemble de ces besoins, de nombreux argentins se sont organisés. En 2011, le « dolar blue » était né. Un cours parallèle de change du dolar argentin.

A l'origine de sa création, il y a les restrictions imposées par l'administration fiscales sous le mandat de Cristina Kirchner concernant l'échange de devises étrangères, notamment la grande demande argentine pour des dollars américains. Promettre aux touristes état-uniens un change aussi favorable permettait d'accroître exponentiellement la quantité de devise étrangère en circulation quand les banques argentines bloquaient l'échange. Très rapidement, le système s'est étendu aux autr devises transnationales dont l'euro. Aujourd'hui, si le cours officiel est de 1 euro pour 10.6 dolars argentins (ou pesos), le cours « blue » est de 1 euro pour 17 dolars argentins. Il existe par ailleurs un site web (http://www.dolarblue.net) dédié à cette monnaie, où le taux est actualisé chaque jour.

Il est relativement aisé de se procurer de la monnaie argentine au cours illégal durant un séjour à Buenos Aires. A l'abri de grandes artères comme l'avenue Florida, où la foule dense constitue le meilleur des camouflages, des « cambio, cambio » résonnent. Plusieurs dizaines de personnes dans chaque avenue hèlent le passant d'une façon qui rappelle nos marchés métropolitains, sauf que le bien proposé est de la monnaie locale à bas coût et que ce commerce illégal se fait dans la plus grande indifférence, la police restant contemplative et passive.

Une fois le contact établi et le montant à changer demandé, le « fixeur » vous amène dans une boutique (habituellement un établissement d'achat d'or ou une joaillerie) où le patron se charge de procéder à l'échange de devises. Il est essentiel de contrôler les billets argentins remis (le visage présent sur le billet devant être visible de chaque côté), des précédents de trafic de fausse monnaie existant.

 

Ce système parallèle ne peut être pérenne. Déjà parce que chaque début de mois, les salariés argentins échangent leur paye contre des dollars américains dans la limite de ce qu'autorise l'administration fiscale argentine, amenant le cours du « blue » à être paralysé pendant plusieurs jours. Ensuite parce que ce système, bien qu'il attire jusqu'aux vénézuéliens en goguette venant changer leur monnaie ici, ne durera que si l'Argentine reste dans une situation de crise monétaire importante. Il reste néanmoins le témoin d'une situation extrême en Argentine, où les habitants (à Buenos Aires majoritairement) accumulent le maximum de devises étrangères en l'attente de jours meilleurs et de la fin de la dévaluation.

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