Han Han n'est pas «SOS détresse» !

Han Han n'est pas un intellectuel mais ce n'est pas juste un beau gosse. Ce jeune écrivain shanghaien pour midinettes, qui s'apprête à lancer son propre magazine, est devenu le blogueur le plus lu en Chine et chacun de ses billets se fait plus virulent. Voici le dernier, ici en français, et intitulé "Ces lettres d'inconnus".

Han Han n'est pas un intellectuel mais ce n'est pas juste un beau gosse. Ce jeune écrivain shanghaien pour midinettes, qui s'apprête à lancer son propre magazine, est devenu le blogueur le plus lu en Chine et chacun de ses billets se fait plus virulent. Voici le dernier, ici en français, et intitulé "Ces lettres d'inconnus".

"Beaucoup de gens ayant souffert d’une injustice font appel à moi. Parmi les articles et les lettres que nous recevons au magazine chaque jour, nombreux sont ceux qui espèrent que je pourrais leur rendre justice en relayant leur difficultés, afin que les médias officiels se penchent sur leur cas. Je lis chaque lettre scrupuleusement, mais je me sens vraiment inutile. Ces choses sont un lourd fardeau pour vos familles mais sachez que les médias, qui ont perdu leur capacité à informer, ne s’intéresseront guère à vous.

Pour qu’un problème puisse être résolu, l’aide de plusieurs médias traditionnels est souvent salutaire. En réaction, un chef du partis’affichera, dira qu’il se préoccupe du peuple et fera de ce cas urgent une affaire personnelle. La plupart des courriers qui me parviennent relève soit de nouveaux logements dont la qualité est scandaleuse ou parce qu’ils se retrouvent encerclés par une décharge ou une centrale électrique. Les autres courriers concernent des démolitions forcées. Si vous avez été victime d’une démolition, sachez que ce n’est pas de l’info. C’est la vie. Si vous ne vous êtes pas immolé en public, si vous pouvez encore envoyer ou recevoir du courrier, si toute votrefamille est en vie, c’est la définition du bonheur. Vous devriez donc remercierl’Etat pour cela.

La pire des lettres que j’ai reçues est d’un camarade quivit à l’extérieur de Shanghai. Il avait joint de nombreux documents à samissive. Il s’agissait d’une procédure de démolition de la maison de famille, durant laquelle ses parents ont été blessés. Ils sont montés à Pékin pour déposer une pétition. Leur pétition a été renvoyée au gouvernement local. Le gouvernement local a renvoyé la pétition à la municipalité. La municipalité l’a renvoyée au village et le village l’a renvoyé à un responsable du quartier. Désormais, à chaque fête nationale, toute la famille se retrouve sous surveillance policière pour leur enlever l'envie de gâcher l’harmonie ambiante. Finalement, ils ont porté l’affaire jusqu’au tribunal. Et bingo, letribunal s’est déclaré compétent pour traiter l’affaire ! Mais le tribunal n’est il pas un organe du gouvernement? Allait-il donner suite ? J’étais impatient de tourner la feuille. Sur l’autre page, mon camarade explique qu’ilont rendu leur verdict immédiatement. Le gouvernement devait dédommager lesvictimes à raison de 100 000 yuans et non plus 200 000 yuans comme ce qui avaitété proposé dès le départ. Merde.

Une autre raison importante qui m’empêche de relayer toutesces lettres reçues est que je ne les ai pas vérifiées. Je n’ai pas lapossibilité de vérifier la véracité de chacune d’elle. Même si je pense que lagrande majorité de ces courriers sont véridiques, si ne c’est pas la totalité.Evidemment, beaucoup rajoutent dans le pathos mais cela ne change rien à l’affaire. Au final, les trous du cul sont toujours dans le camps d’en face.

Biensur, ces personnes n’espèrent pas vraiment que je vaisles sortir du pétrin. Ils saisissent juste toutes les possibilités à leurportée. Biensur, ceux qui souffrent le plus ne seront pas capables de monter une pétition. Et les autres qui montent à Pékin pour adresser leur fameuse pétition aux cadres, réalisent que finalement ils ne doivent tous leurs malheurs qu'à ces cadres. Alors ils adressent leurs pétitions à des ong… puis ils découvrent que ces ong sont composées elles aussi de cadres. Au moins, lorsqu’ils montent à Pékin, au service des plaintes, cela permet à la police de les identifier et deles garder à l’œil. Et quand ils se retrouvent au tribunal, ils doivent encore payer les frais de justice. Dans ce zigzag, tous ceux qu’ils croiseront sont les soldats de l’ennemi.

Finalement, ils cherchent une alternative et s’adressent aux médias. Mais ils comprennent qu’ilsne sont pas les seules victimes et que leurs souffrances ne sont pas assez grandes pour en faire de l’info. Alors ils se tournent vers le web. Mais ils constatent que trop de malheureux sont déjà en ligne et que leur malheur n’est pas assez original pourse retrouver en tête de page. Alors que leur reste-t-il ? Dites-moi"

Le billet de Han Han: http://blog.sina.com.cn/s/blog_4701280b0100hrm2.html

Mis en ligne ce 5 avril, il a déjà reçu à minuit 945 commentaires.

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