Shanghai 2010: il faut sauver le pavillon français!

Sachons-le, la France jouit d'une énorme cote de popularité en Chine. Les Chinois associent la France à Paris et au romantisme. Avec de tels atouts, on se dit que le pavillon français, c'est dans la poche. Chouchou des médias et des visiteurs les premiers jours, sa fréquentation commence à chuter. A juste raison. Visite.

Sachons-le, la France jouit d'une énorme cote de popularité en Chine. Les Chinois associent la France à Paris et au romantisme. Avec de tels atouts, on se dit que le pavillon français, c'est dans la poche. Chouchou des médias et des visiteurs les premiers jours, sa fréquentation commence à chuter. A juste raison. Visite.

Dans un papier courageux, ma consoeur du Point Caroline Puel démine le terrain en expliquant pourquoi "la France a manqué son rdv avec les Chinois".

Pour ma part, rien à reprocher au design général. Moins audacieux que les Britanniques mais quand même esthétique, épuré et agréable, surtout la nuit, lorsqu'il s'illumine. Voilà pour le contenant. Pour le contenu, c'est une autre histoire.

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Après la visite, force est de constater qu'on n'en sait pas plus sur la France qu'avant d'arriver ! En dévalant les 4 niveaux, aux côtés de visiteurs chinois excités comme une puce de pouvoir mettre un pied en France, pas moyen de grapiller la moindre information, la moindre image sur les industries, productions françaises artisanales ou high-tech, rien sur l'agriculture, pas un mot sur la cuisine, ses fromages, son vin, son pain, son histoire, rien sur la diversité des paysages, des régions, encore moins sur ses habitants, ses savants, ses écrivains, ses athlètes, ses artistes, rien sur le cinéma actuel (ou au moins "en couleurs"), sur la culture contemporaine même si plusieurs oeuvres majestueuses prêtées par le Musée d'Orsay forment l'attraction majeure du pavillon (d'ailleurs pourquoi ne pas expliquer le choix d'accueillir une toile de Vincent Van Gogh, tout ce qu'il a apporté à la France, à sa culture, à son patrimoine, pour les visiteurs qui l'attendaient dans le pavillon hollandais). Dommage enfin qu'il faille s'agenouiller et sortir sa loupe pour lire un descriptif de chaque oeuvre ou connaitre le nom du peintre.

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Et surtout aucun Français à l'horizon. Juste de sympathiques volontaires chinois en petite salopette tricolore quand sur les murs, des mini-clips vidéos rediffusent en boucle et sans explication une façade d'un immeuble parisien sous la pluie, une Brigitte Bardot sous prozac, un gros plan sur la table d'un bistro parisien, des plans fixes sur le parc des Buttes Chaumont ou un quai de Seine puis, à plusieurs reprises, une plage bondée et pas très jolie du sud de la France ambiance "Camping 2". Je n'espérais pas le portrait géant de Ribery mais quand même un peu plus qu'une animation féerique "Louis Vuitton" ! Malgré lui, le pavillon français donne à voir une image caricaturale d'un bon goût parisien chic et inaccessible face aux ploucs de province, pour résumer.

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Dans cet océan de tristesse, accentué par une série de (mais célèbres chez les amateurs d'art contemporain) portraits de poupons chinois qu'on croirait torturés, une touche d'insolite: "Jean Germain maire de Tours vous souhaite la bienvenue!" annonce un énorme panneau. Le maire de Tours mettra bientôt sa casquette de G.O. pour "marier" sur place 2010 couples chinois. Il faut dire que Jean Germain est devenu le spécialiste du genre, via un partenariat entre les municipalités de Tianjin et Tours. Dans le showroom annonçant l'opération, les visiteurs se photographient devant un tapis de roses fraiches, une robe de mariée habillant un mannequin en plastique. Sur un grand écran lcd, passe en boucle un reportage du jt de Jean Pierre Pernaut sur les fameuses cérémonies tourangelles.

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Plus loin, plusieurs isoloirs sont censés diffuser des odeurs. Ils sont en panne mais rien n'est expliqué. Le visiteur chinois entre dedans et ressort dubitatif. La ville "sensuelle" se passera donc de l'odorat. Un espace est dédié au toucher: de fait, des petits carrés d'ardoise, de bitume, de parpaing ou de tuile sont collés aux murs pour comprendre ce qu'est une ville française... en somme pas trop différente d'une ville chinoise. Pour le goût? les visiteurs salivent devant plusieurs écrans de télé qui retransmettent en direct ce qui se passe dans la cuisine des Frères Pourcel au sommet. De la cuisine vip à 620 yuans le plat.

Voici plusieurs témoignages recueillis sur place:

Une jeune travailleuse, qui a étudié un an en France:

"La balade est sympa mais il n'y a pas de Francais dans le pavillon, sauf un accordéoniste en bas qui a joué 3 minutes la chanson d'Amélie Poulain avant de partir sans dire aurevoir. Même pas un français pour tamponner nos passeports de l'Expo !"

Un photographe chinois:

"Ce n'est pas comme au Pavillon des Etats-Unis, où nous étions guidés par de jeunes Américains souriant et qui parlaient tous chinois. Ils répondaient à nos questions sur leur pays, leur culture, leur niveau de vie. Ici, on ne voit personne sauf des images sur les murs.

Une mère de famille

"Aujourdhui, le restaurant est fermé pour les visiteurs dès l'après-midi... les Chinois ne mangent pourtant pas aux même heures que chez vous".

Un professeur:

"Le pavillon francais ferme trop tôt alors que le pavillon espagnol était encore ouvert après 21h. Rien à voir avec le pavillon australien. On apprend sur l'histoire du pays et sur les gens qui y vivent aujourdhui. Là-bas j'ai appris qu'une Chinoise avait réussi sa vie professionnelle et sentimentale".

A la limite, on pourrait dire que le pavillon de Monaco - à côté de la Serbie- est meilleur puisqu'il remplit sa mission: informer et séduire le visiteur. Après avoir serré la paluche au directeur monégasque du pavillon, le visiteur chinois est invité à pénétrer dans l'auditorium. Démarre alors un court film d'animation qui présente à gros traits l'histoire de Monaco depuis la conquête du Rocher au XIIe siècle jusqu'à un futur de science-fiction lorsqu'il faudra construire dans le ciel pour étendre la principauté. Le film s'achève. C'est l'heure de la promenade à l'intérieur du pavillon. Un arrêt au stand du Grand Prix de Formule1 où l'on s'extasie devant un monoplace Ferrari. Quelques mètres plus loin, les tenues d'apparats de famille royale, les photos de mariage de Grace Kelly puis un immense mur multimédia et pédagogique sur la fondation écolo d'Albert II. En revanche, Monaco ne s'enquiquine pas avec son côté "paradis fiscal".

Et pour ne pas être taxé de rabat-joie, voici en photo quelques idées, à la fois grand public et instructives, dénichées sur les autres pavillons et dont nous pourrions encore nous inspirer, puisque l'Expo dure 6 mois:

Dans les ruelles de Bologne, pour une visite en vélib':

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Un film pour présenter le pays, avec des effets à la Luc Besson, comme ici chez les Australiens:

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Des dégustations de produits locaux, comme la bière et les frites sur le pavillon belge:

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Des portraits bilingues d'habitants, comme ici chez les Australiens:

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Des panneaux sur le savoir faire tricolore comme au pavillon Alsace:

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La mise en valeur d'exemples de pratiques urbaines à suivre puisque c'est bien le thème de l'Expo, comme sur le stand de Montréal:

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Une animation "mode" où les visiteurs se photographieraient en vêtements de créateurs/couturiers, comme ici avec les keffieh jordaniens:

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Un peu de bonne humeur (suisse ou angolaise):

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Des isoloirs pour s'essayer au vote...

Et pour palier l'étonnante absence de Français dans le pavillon tricolore, pourquoi ne pas s'inspirer du pavillon Rhône- Alpes en zone "Puxi", qui en compte une bonne vingtaine? Il y a sans doute beaucoup de jeunes francais parlant chinois qui auraient rêver de travailler, même bénévolement, au sein de notre pavillon "sensuel".

 

Edit: phrase sur Van Gogh éditée le 23 mai suite à la réaction d'un internaute découverte sur un forum. Non, je ne trouve pas que le peintre n'a pas sa place. Parce qu'il a passé sa vie en France et apporté tellement à notre culture, ça méritait simplement d'être expliqué aux visiteurs.

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