26 mois plus tard, entendre enfin Liu Xia

Il a fallu 26 mois. Deux ans et deux mois entre les derniers propos à la presse de l'épouse du dissident Liu Xiaobo (notre interview à relire ici) et ceux recueillis par deux courageuses journalistes d'AP, ce midi (lire ici).

Il a fallu 26 mois. Deux ans et deux mois entre les derniers propos à la presse de l'épouse du dissident Liu Xiaobo (notre interview à relire ici) et ceux recueillis par deux courageuses journalistes d'AP, ce midi (lire ici).

Liu Xia est consignée à son domicile depuis que son mari, condamné à 11 ans de prison en 2009 pour "subversion au pouvoir de l'Etat", a recu le Prix Nobel de la Paix le 8 octobre 2010. Des gardiens surveillent l'entrée de sa résidence jour et nuit. Sauf ce jour-ci, où les journalistes ont pu profiter de leur inattention et pénétrer à l'intérieur de son appartement, au 1er étage d'un immeuble près du Musée National Militaire. (photo AP, ci-dessous).

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Tremblante, sanglotante, Liu Xia a décrit sa captivité comme étant "kafkaienne". Elle n'a plus accès ni à internet, ni au téléphone. Une fois par semaine, sous bonne garde, elle peut quitter son appartement mais uniquement pour rendre visite à ses parents et faire quelques provisions. Certains estiment que Liu Xia serait détenue simplement pour faire pression sur Liu Xiaobo, pour le pousser à accepter l'exil.

D'autres pensent que la consigner à domicile, même sans motif officiel, est un moyen imparable de l'écarter des médias et de l'attention du public le plus longtemps possible.

Par comparaison, même si son passeport lui est confisqué, l'artiste Ai Weiwei a encore le privilège de parler à la presse (il ne s'en prive pas...), de se promener à Pékin comme bon lui semble. Certains estiment que sa "people-isation" a contribué à marginaliser son combat.

Qu'il est loin le temps où Liu Xia offrait un visage radieux.

Pour l'hebdo La Vie, je l'avais interviewée une première fois, deux jours avant les résultats du prix Nobel, autour d'un bon repas. A l'époque, son mari Liu Xiaobo était déjà derrière les barreaux. Mais elle montrait de la force, de l'énergie, de la sérénité, une espérance même. Son attitude positive, pensait-elle, pouvait conditionner celle de son mari, qu'elle retrouvait au parloir. "Ma plus grande préoccupation, c’est de m’assurer que nos rendez-vous au parloir sont maintenus ou qu’il reçoit bien les livres et le courrier que je lui envoie".

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Le 12 octobre, soit quatre jours après l'annonce du Prix Nobel, nous l'avions au téléphone. Une dernière fois. Coincée dans son appartement, Liu Xia pensait que cette situation était seulement provisoire, le temps que la pression médiatique retombe.

Liu Xia revenait d'une visite chez son mari. Elle avait trouvé qu'il était mieux traité par ses geoliers, depuis le fameux Prix Nobel. Liu Xia était pleine d'espoir. Et pensait que les autorités chinoises allaient l'autoriser à s'envoler pour Oslo, pour la cérémonie, à la place de Xiaobo. " Et si je parviens à m'envoler pour la Norvège, me laissera-t-on retourner en Chine?" se demandait-elle, simplement.

Mais ce fut bien le début d'un long emprisonnement, ce qu'elle décrit à AP comme une torture mentale, absurde, incroyable. Pendant plus de deux ans, aucun journaliste n'a été en mesure d'approcher Liu Xia. Espèrons que cette interview puisse avoir un impact positif sur son sort.

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