La Chine doit-elle avoir peur du AA+ ?

La baisse de la note par une agence et l'émoi qu'elle suscite à l'échelle mondiale montrent une confiance "mesurée" en l'économie américaine. Et la Chine, elle aussi, a de quoi s'inquiéter.
La baisse de la note par une agence et l'émoi qu'elle suscite à l'échelle mondiale montrent une confiance "mesurée" en l'économie américaine. Et la Chine, elle aussi, a de quoi s'inquiéter.

Car on le sait l'Etat chinois est le premier pays détenteur de la dette américaine. On parle de 1200 milliards $. Mais les autorités chinoises aiment aussi racheter ces dollars via des intermédiaires à Hong Kong, Londres ou ailleurs… sans compter les acquéreurs chinois non étatiques. Ce qui, d’après quelques économistes, ferait monter la note à 2000 milliards $.

Via ses médias officiels - les leaders sont encore silencieux- la Chine n'a donc pas hésité samedi à exiger que les Etats-Unis se serrent la ceinture et cessent de vivre au-dessus de leurs moyens. Quitte à se mêler de la politique intérieure américaine et prodiguer quelques conseils, comme commencer à fermer le robinet des dépenses militaires et des programmes sociaux. Car quand les Etats Unis repoussent encore plus le plafond de la dette, quand ils sortent à nouveau la planche à billets, la Chine frémit. Elle n'a aucune envie de voir la valeur du dollar baisser, puisqu'elle en possède tellement.

"La Chine, le plus gros créancier de la seule superpuissance mondiale,est tout à fait en droit désormais d'exiger que les Etats-Unis s'attaquent auproblème structurel de la dette et assurent la sécurité des avoirs en dollars de la Chine", a même osé l'agence officielle Chine Nouvelle(Xinhua), tout en fustigeant l'addiction aux dettes des américains.

Mais la Chine a-t-elle vraiment la posture d'un dealer face à une Amérique devenue toxicomane? Mark MacKinnon, correspondant d'un quotidien canadien à Pékin imagine plutôt deux individus ivres, titubant bras dessus bras dessous.

On le sait, l'économie chinoise est en surchauffe. Comme tout pays en développement touché par la grâce d'une croissance à deux chiffres, la Chine est confrontée à une inflation galopante. Mais aussi à un prix de l'immobilier neuf qui grimpe en flèche - tel un outil spéculatif- même si la demande réelle ne suit plus depuis belle lurette, provoquant la naissance de villes/quartiers résidentiels ou commerciaux fantômes. Et puis il y a les tensions sociales récurrentes liées à une corruption bureaucratique généralisée mais aussi à des expropriations systématiques et pertes de terres des paysans au profit de promoteurs et potentats locaux obsédés par l'urbanisation. Et l'économie chinoise, malgré des efforts de recentrage vers le marché intérieur et l'amélioration rapide du niveau de vie de ses habitants, dépend toujours très fortement du marché américain. Pas question par exemple de "suggérer" une hausse des impôts chez les Américains, ce qui réduirait leur pouvoir d'achat.

Cela dit, le yuan pourrait-il remplacer le dollar comme monnaie de référence internationale comme semble le souhaiter cet économiste, Sun Lijian, dans l'édition dominicale du Quotidien du Peuple? Difficile à concilier avec le modèle chinois de capitalisme autoritaire qui empêche notamment les mouvements financiers privés de la Chine vers l'extérieur, multiplie les embûches pour les investisseurs étrangers ou devient un modèle d'opacité (qui possède quoi) dès que l'une de ses sociétés entre en bourse.

 

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