Les prisons noires de Pékin: mythe ou réalité

Avez vous entendu parler des prisons noires de Pékin? Ce sont des hôtels dont certaines chambres sont louées par la police de la ville. Elles servent de prisons secrètes destinées aux Chinois venus à la capitale pour exprimer leur mécontentement. Parce que la détention sans procès est interdite par la loi, ces prisons sont clandestines.

Avez vous entendu parler des prisons noires de Pékin? Ce sont des hôtels dont certaines chambres sont louées par la police de la ville. Elles servent de prisons secrètes destinées aux Chinois venus à la capitale pour exprimer leur mécontentement. Parce que la détention sans procès est interdite par la loi, ces prisons sont clandestines.

 

Elles servent surtout au gouvernement central comme moyen de pression auprès des gouvernements de provinces, afin qu'ils surveillent leurs ouailles de plus près. D'après Xu Zhi Yong, avocat de GongMeng que j'ai rencontré pour une autre affaire, les Chinois qui viennent à Pékin déposer leurs pétitions ou faire part d'un gros litige peuvent être arrêtés et détenus plusieurs jours le temps que des policiers de leurs province d'origine viennent les chercher pour un rapatriement. Certains n'ont pas les moyens de rentrer par leur propres moyens et tentent de gagner leur vie en ville. Xu Zhi a raconté ses quatre visites d'une prison noire de Pékin sur son blog: http://blog.sina.com.c/xuzhiyong

 

Il y a un mois, une équipe de Channel 4, la chaine télévisée britannique, s'est rendue sur les lieux. Le journaliste raconte son expérience dans l'hebdomadaire The Spectator: l'équipe s'est faite molester et leur caméra a été jetée violemment à terre

 

Je suis moi aussi allé voir cette prison de plus près, à deux reprises. La première fois, mon ami chinois Zhou Shuguang avait peur de se faire taper. Il en a parlé très tôt sur son blog, s'est photographé devant l'entrée surveillée par deux gardiens et se voyait déjà "tricard" dans le quartier. Nous sommes restés à la porte de ce quartier: des camarades contactés sur facebook et censés le rejoindre pour renforcer les rangs ne sont jamais venus. Le lendemain, sans le prévenir, je suis allé seul. J'ai pénétré par l'entrée Est du quartier. Plusieurs choses m'ont intrigué. Comme ce jeune homme en haut d'une échelle, affairé à installé une puissante caméra de surveillance. Une de ces vidéos caméras modernes que l'on peut faire pivoter à distance, en manipulant un joystick. Une technologie qui contraste avec le décor: des vieilles échopes, un cordonnier, un boucher qui découpe son cochon sur le trottoir. Je m'enfonce dans les ruelles à la recherche de cette fameuse black jail ou prison noire. Je tombe nez-à-nez avec cet hôtel prison: deux hommes à la réception me scrutent mais ne bougent pas. Je prend quelques photos de mauvaise qualité, avec mon compact numérique. A l'extérieur, à travers les fenêtres grillagées d'une des chambres d'hotel donnant sur la rue, j'observe un couple qui regarde paisiblement la télévision, à l'heure du diner. Idem pour la chambre voisine. Je regrette le degré de dramatisation et de mise en scène qui a été ajoutée à cette affaire, visant peut-être à glorifier davantage le courage du reporter. Ainsi, un homme qui les observe derrière des lunettes de soleil et il s'agit forcément un policier en civil. De nombreux journalistes sont effrayés à l'idée-même de s'approcher de cette prison et de saisir des informations plus précises. Installé à Pékin, un collaborateur d'ITN me demande de l'accompagner. Ce que Channel 4 ne montre pas: c'est le poste de police à quelques mètres ou la sortie de collègiens juste en face, préférant donner à cette prison un caractère terrifiant voir irréel.

 

Plus d'informations sur les prisons noires de Pékin:

http://www.channel4.com/video/unreported-world/series-13/episode-16/chinas-black-jails_p_1.html

http://www.spectator.co.uk/the-magazine/features/247856/the-terrible-secrets-of-beijings-black-jails.thtml

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