La cité des fourmis bulldozée

Le 7 mai, le journal de Mediapart publiait un reportage multimédia sur la Cité des Fourmis de Tangjialing, un bidonville à la périphérie de la capitale pour les jeunes diplômés rêvant de faire carrière à Pékin. A l'époque, le maire souhaitait s'en débarrasser. La démolition a commencé ce weekend.

Le 7 mai, le journal de Mediapart publiait un reportage multimédia sur la Cité des Fourmis de Tangjialing, un bidonville à la périphérie de la capitale pour les jeunes diplômés rêvant de faire carrière à Pékin. A l'époque, le maire souhaitait s'en débarrasser. La démolition a commencé ce weekend.

Tanjialing est un village "urbain", c'est à dire encerclé par la ville, en l'occurence la zone high-tech de Shangdi où se sont implantées les stars de l'informatique ou du web chinois: Lenovo, Baidu, RenRen ou Youku. De quoi faire saliver des milliers de jeunes ingénieurs informatiques migrants. A l'époque, nous avions rencontré plusieurs jeunes et un sociologue de Tsinghua university. Fils et filles de paysans ou de petits fonctionnaires de toute la Chine, ils caressent le rêve de briller dans cette silicon valley chinoise. Et d'accepter toutes les galères qui se présenteront à eux, comme autant d'étapes initiatiques vers la réussite.

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Parce que les candidats sont nombreux, le salaire d'entrée dans ces boites web est au raz des pâquerettes... 2200 yuans, à peine plus qu'un bon mingong des usines du Guangdong. Alors, quand on n'a pas des parents pékinois pour nous héberger, la bien-nommée "Cité des Fourmis" à Pékin est incontournable. Sur le papier, il s'agit d'un village paisible de 4000 paysans. Officieusement, 50 000 habitants cloitrés dans des chambrées de 10 mètres carrés, à 40 ou 70 euros par mois. Une vraie cité dortoir. Le hic, c'est que ces austères barres de béton ont été construites illégalement sur les champs des paysans, devenus rentiers. Pendant 5 ans le maire n'a rien trouvé à redire; plutôt satisfait du développement économique rapide de sa commune. Puis le discours a changé, totalement. En avril, le maire a dévoilé un plan d'urbanisme démentiel, avec des parcs et immeubles de standings à tire-larigot. La semaine dernière, les "fourmis" de Tangjialing en ont appris davantage, à grands coup d'affiches et de tags sur les murs du village. En bref, ils ont jusqu'à la fin du mois pour déguerpir. Spéculation oblige, les terrains utilisés par les paysans vaudront bientôt de l'or. S'ils jouent le jeu, les paysans auront des appartements confortables et les locataires un bon coup de pied au cul. Ceux rencontrés dimanche n'ont qu'une vague idée de leur prochaine terre d'accueil. Qu'ils se rassurent, des marchands de sommeil ont déjà installé leurs petites banderoles dans les rues poussiérieuses de Tanjialing. Et ces coquins font monter les prix: 50 euros pour 1 personne, 100 euros pour deux, dans une zone encore plus éloignée de Pékin.

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(photos JP) Pour faire ce follow-up, il nous a fallu 4h30 de bus/métro au total + une énorme averse !

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