Da Vinci, le «Made in Italy» fabriqué en Chine

En Chine, les nouveaux riches aiment le tape-à-l'oeil hors de prix. Et encore plus s'il vient d'Europe. Un fabricant de meubles a tout compris. Un peu trop même...

En Chine, les nouveaux riches aiment le tape-à-l'oeil hors de prix. Et encore plus s'il vient d'Europe. Un fabricant de meubles a tout compris. Un peu trop même...

Da Vinci, c'est l'Ikea des riches, un repère pour millionnaires chinois, adeptes du bling bling, des dorures et des marques de luxe occidentales. Une chaîne de 7 magasins en Chine proposant meubles et décoration d'intérieur "Made in Italy" et portant le nom des plus grandes marques de prêt à porter.

Résultat: Da Vinci est une succession de lits à baldaquin "Ralph Lauren" tape-à-l'oeil, de commodes "Diesel" clinquantes, de fauteuil dorés "Armani"... à des prix exorbitants. Comptez 11 000 euros pour un lit griffé Ralph Lauren, 840 euros pour une lampe de chevet en plastique Diesel et une petite fortune pour un vase de cristal vert fluo.

Comme dans un Ikea chinois, on déambule avec plaisir entre les salles témoin: on commence par le salon "Cerruti" avant de faire un crochet par la chambre à coucher "Versace". Mais gare à celui qui s'allonge pour piquer un somme ou s'y faire photographier (lire un ancien billet "un dimanche peinard à Ikea" http://bit.ly/oBHKuC ). Souriantes comme des gardiens de prison de Guantanamo, les vendeuses avec oreillette et toutes de noir vêtues, suivent quiconque à la trace. Elles communiquent par talkie walkie à chaque fois qu'un client potentiel franchit la porte du magasin.

Au fil de la visite, grisé par tant de grâce et de dorure, on serait curieux de connaître la région d'origine, voir même la ville italienne où sont fabriquées artisanalement ces magnifiques pièces. Toscane, Sicile, Calabre? "C'est véritablement fabriqué en Italie, après je n'en sais rien", répond la vendeuse impassible. Et apparemment, les clients s'en moquent comme de leur dernier verre de baijiu (alcool de riz).

Mais pas les journalistes chinois. Dimanche 10 juillet, la télévision d'Etat CCTV découvre que les meubles Da Vinci seraient en réalité "Made In China". Puis exportés vers la Italie, avant d'être ré-expédiés vers la Chine avec la précieuse étiquette "Made in Italy" !

Pire certains meubles ne sont pas en bois "italien" mais en contreplaqué. 10 000 euros pour de la vulgaire cagette à poisson broyée et maquillée en essence rare? Mmmh.

Mercredi 13 juillet, lors d'une conférence de presse vite transformée en séance d'humiliation publique, la patronne accompagnée de deux Italiens en costume-cravate, fondait en larmes devant les journalistes chinois. Après avoir fortement démenti, madame Panzhuang Xiuhua a finalement procédé à son autocritique et admis que "certains" de ses meubles étaient, effectivement, "Made In China".

Mais alors à quoi bon se faire plumer chez Da Vinci se demanderont les consommateurs chinois? Car autant commander sa contrefaçon chinoise sur internet, probablement issue de la même usine.

Le site de Da Vinci furniture: http://www.davincichina.com/cn.asp

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A Pékin, Da Vinci est installé sur Jianguomen, l'avenue qui mène jusqu'à la place Tiananmen, dans les locaux d'un ancien centre commercial de l'amitié, ces magasins socialistes jadis surveillés militairement et réservés aux visiteurs étrangers et à la nomenklatura. Da Vinci possède des boutiques à Shanghai, Chongqing et Chengdu. (Photo J.P)

 

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Surfant sur le succès, Da Vinci se décline aussi en Doris Vinci, une marque de joaillerie "prestige" pour le marché asiatique.

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