Guo Degang: léché, lynché, lâché

Il y a encore deux mois, Guo Degang était le champion du calembour télévisé, l'humoriste chinois le mieux payé et de loin le plus populaire chez les ménagères de plus de cinquante ans. Mais aujourd'hui, la Chine le maudit.

Il y a encore deux mois, Guo Degang était le champion du calembour télévisé, l'humoriste chinois le mieux payé et de loin le plus populaire chez les ménagères de plus de cinquante ans. Mais aujourd'hui, la Chine le maudit.

Le 11 juillet, un jeune reporter intrépide de Beijing TV se présente au domicile de Guo Degang. Le garçon demande tout de go pourquoi diable sa propriété empiète sur l'espace public. En guise d'accueil, son bras droit Li Hebiao lui met une droite et Zhou Wenfu le reporter en herbe se retrouve embarqué fissa dans le panier à salade.

Mais l'affaire fait grand bruit, des images de l'altercation ont été filmées et des extraits tronqués choisis se retrouvent diffusés sur internet puis sur Beijing TV.

On se dit qu'Internet est un outil formidable et que fort du buzz populaire, les médias ne vont pas se laisser humilier par cet énième affront fait aux journalistes et qu'ils obtiendront même des excuses de Guo Degang (réclamées officiellement par l'Association Nationale des Journalistes de Chine).

Mais Guo n'en a cure. Le dimanche 01 août, sur scène et devant son public, l'homme se lâche une nouvelle fois contre les médias chinois, qu'il juge pour la plupart obsédés par les célébrités, "préférant faire le tapin que d'enquêter sur les vrais sujets" et compare les journalistes à des prostituées. Pour lui, Li Hebiao n'est donc pas moins qu'un "héros national".

N'écoutant que son courage, le gouvernement central, officiellement en campagne contre la vulgarité cathodique, décide finalement de s'en mêler... à sa manière.

Résultat: la star Guo Degang est désormais interdite d'apparition télévisée, ses livres ont été retirés des principales bibliothèques et la licence d'exploitation de son théâtre a été annulée. Et le très officiel Quotidien du Peuple d'enfoncer le clou: "voyez comme notre gouvernement est aux côtés des journalistes et de la liberté de la presse".

Pas sûr que le quatrième pouvoir en ressorte grandi...

(billet édité le 18 août suite à la demande d'éclaircissement de Byzance)

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